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06/10/2008

Carrousel des beuveries romantiques

fantasio_cb.jpgFantasio

Alfred de Musset

Mise en scène de Denis Podalydès

Comédie-Française, salle Richelieu

En alternance du 18 septembre au 15 mars 2008

 

(par Nicolas Cavaillès)

 

Comédie en deux actes d’Alfred de Musset, Fantasio est une sorte de Lorenzaccio des tavernes de Bavière, un jeune homme trop doué pour faire quoi que ce soit de sa vie à part la boire, chanter ses malheurs et pleurer son ivresse – à l’instar de Musset lui-même, comme on sait.


C’est avec la légèreté d’un lever de coude que se dessine ici le désenchantement des petits génies romantiques trop sensibles pour leur siècle déchu, siècle commerçant, mercantile et guerrier qui n’offre qu’amertume ; vibrante esquisse de Lorenzaccio (Musset en écrira la pièce peu après), Fantasio baigne les aigreurs autocritiques de son esprit brillant dans les lueurs vertes de l’alcool, et laisse à peine ressusciter en parole ou en bouffonerie ses pitoyables rêves irréalisés.

Assez loin du politique, on rit ici dans un second degré, dans le regret consommé de ne prendre réellement part au conte fantastique tissant la trame. C’est ce rire amusé, c’est ce regret flatté qui font la réussite de la mise en scène de Denis Podalydès (sa seconde à la Comédie-Française). Le fond est sombre, les éclairages faibles, les ombres signifiantes ; le comique est d’autrefois, l’humour humble et bouffon. Au cynisme mordant et à la dynamique insouciance de cette pièce traversant les couches sociales avec la même lassitude distante, répond la fragilité alcoolisée d’un personnage central offert à une comédienne, Cécile Brune (comme on fait souvent jouer Lorenzaccio par une femme, avec toutefois plus de raison peut-être : en deux actes, Fantasio n’a pas réellement la place de révéler une complexité, notamment sexuelle, qu’on lui prête d’après son successeur florentin). Enfin, au sein d’un déchaînement virulent de désillusions théâtrales et d’ironie mordante, le spectacle renoue avec la poésie dont tous les personnages portent d’une manière ou d’une autr le deuil : le metteur en scène enivre son monde dans un carrousel ludique et mélancolique, porté par une très belle partition de Grégoire Hetzel, offrant d’intenses instants de grâce décadente.

 

Nicolas Cavaillès, septembre 2008

 

http://www.comedie-francaise.fr/dev/index.php

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