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  • Miel amer d'Ouzbekistan

    mahmoudov3.jpgLa Montagne éternelle
    Mamadali Mahmoudov
    traduit de l'ouzbek par Philippe Frison
    Editions de L'Aube, 2008

    (par Françoise Genevray)

    La liste de personnages qui ouvre le roman fait-elle craindre au lecteur de s'égarer dans une généalogie touffue ? Qu'il ne se laisse pas intimider : elle aide à s'orienter dans une fresque ambitieuse, chatoyante, mais dont la structure s'avère finalement assez simple. La Montagne éternelle déroule sous nos yeux le quotidien des petites gens d'Ouzbekistan (artisans, bergers, femmes d'intérieur, étudiants), la nature somptueuse qui façonne l'âme du pays, et aussi tout un pan de son histoire riche de valeureux guerriers, de mystiques, de lettrés, de savants. Trois protagonistes masculins se détachent, dont la stature archétypique rappelle et prolonge la riche tradition épique d'Asie centrale. Au premier rang figure Rahmat le charpentier, l'homme de la forêt profonde : fier, puissant, taciturne, le patriarche incarne la continuité familiale et les traditions ancestrales de son peuple.

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  • J'ai un truc

    truc.jpgMoi, mon truc

    M. Lisa et D. Perret
    L’Atelier du poisson soluble / musée du Louvre, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Un titre du Poisson soluble à classer, une fois encore, parmi les inclassables et autres curiosités… D’abord, la couverture astucieuse de ce petit ouvrage souple offre la possibilité de l’envoyer tel quel par la poste ; mais on insistera davantage sur ce qu’il contient : une énumération de situations où l’on se sent en position d’infériorité, par la faute de petits détails en réalité bien anodins ; des situations qui sentent assurément le vécu et qui partent d’un postulat commun à nombre d’entre nous (« Quand je ne peux plus me voir en peinture… », d’où l’une des raisons du partenariat éditorial avec le Louvres). Les auteures nous offre une petite solution simple mais efficace pour s’accepter tel que l’on est – encore fallait-il y penser.


    http://www.poissonsoluble.com/main.html

  • L’Eau et le Feu

    jchauvire3.jpgLa Terre et la Guerre
    Jacques Chauviré

    Le temps qu’il fait, 2008

    (par Jean-Pierre Longre)

    Certains romanciers assaisonnés à la sauce médiatique actuelle devraient lire le discret docteur Jacques Chauviré (1915-2005), et particulièrement La Terre et La Guerre. Ils y verraient peut-être, s’ils en sont capables, comment un récit de fiction peut à la fois traduire et transfigurer la réalité, comment l’écriture peut investir événements et personnages, comment un vrai roman doit être une somme susceptible de planter dans l’esprit du lecteur les bouleversements du monde et des individus, et ainsi de bouleverser le lecteur lui-même.

    La famille Calvière vit dans les Dombes, près de la Saône que l’auteur a bien connue et si bien évoquée dans d’autres livres. Du début à la fin de la guerre de 14-18, Jérôme et sa femme Lucie, leurs enfants Laurence, Jean et Amélie vont connaître et subir ce qu’ont connu et subi bien des familles françaises durant cette période : départs pour la guerre, blessures morales et physiques, deuils, changements imperceptibles ou éclatants dans la manière d’appréhender la vie.

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  • Miraculeux ? Assurément.

    edouard.jpgLe miraculeux voyage d’Édouard Tulane
    Kate DiCamillo

    illustrations de Bagram Ibatoulline, traduit par Sidonie Van Den Dries, Tourbillon, 2007

     

    (par B. Longre)

    Ce roman illustré, aux allures de beau-livre, réserve d’insoupçonnables ravissements au lecteur. Littérature « jeunesse » ? Pas vraiment. Éminemment picaresque, et pourtant bâtie comme un conte qui s’inspirerait de nombreux autres tout en demeurant unique, l’histoire d’Édouard, lapin de porcelaine narcissique et superficiel, recèle tant de niveaux de lecture que chacun est susceptible d’y trouver son compte. Malmené par de multiples événements, balloté par les éléments ou les humains qui croisent sa route, Édouard est un héros au prime abord peu sympathique, qui évolue bien malgré lui, de la déchéance à la rédemption : il s’humanise peu à peu, se métamorphosant au fil des ans, tandis qu'il se découvre un cœur et des sentiments. Le raffinement des illustrations à l’ancienne rappelle par instants la précision d’un Norman Rockwell et ajoute à l’ensemble un charme désuet qui s’accorde à la perfection à ce roman sans âge, qui a déjà tout d’un classique.

  • « le bonheur du lecteur »

    restif.jpgL’Anti-Justine
    Restif De La Bretonne
    La Musardine, Collection « Lectures amoureuses de JJ Pauvert »

     

    (par F. Saenen)

     

    C’est en 1798, soit sept ans après la publication de Justine ou les malheurs de la vertu, que Restif réplique à l’œuvre «infâme» de Sade, avec son Anti-Justine. L’ouvrage ne fut initialement tiré qu’à cinq exemplaires et, bien qu’inachevé, il donne une bonne idée du projet que nourrissait Monsieur Nicolas à l’encontre du Divin Marquis : produire un livre «plus savoureux que le sien », point tant morbide, attaché à dépeindre les délices de l’amour plutôt qu’à encourager au bafouage des bonnes moeurs. La cohérence narrative passe donc très largement au second plan, au profit d’une exubérance permanente, doublée d’une increvable inventivité langagière. L’on s’amusera donc des ébats de Melle Convelouté, des « conilleries » de Vitnègre – qui coucha avec sa filleule, femme d’un espion de police – des dépucelages et gamahuchages en tous genres… De quoi contribuer au but que Restif assignait à tout auteur digne de ce nom : « le bonheur du lecteur ».

     

    http://www.lamusardine.com/BOU2/bin/accueil.cgi

  • Sujet piégé

    bgobille3.jpgMai 68
    Boris Gobille

    La Découverte, coll. « Repères, 2008

    (par Olivier Orain)

    Dans la déferlante d’ouvrages publiés pour les quarante ans des « événements » de Mai 68, il est sans doute difficile de s’y retrouver, entre les gros volumes collectifs, les livres d’images, les rééditions, les essais et pamphlets…

    Le sujet est piégé, tant il continue de susciter les passions — négatives le plus souvent. Il s’est d’ailleurs écrit un nombre considérable d’ouvrages d’opinion, pauvres en informations fiables mais riches en jugements, et souvent écrits à l’emporte-pièce. Autre genre prisé : la chronique centrée sur les vedettes du mouvement, qui a donné le livre à succès Génération d’Hervé Hamon et Patrick Rotman.

    Pourtant, à côté de ces entreprises éminemment médiatiques, existe depuis au moins deux décennies tout un champ de recherches dans lequel se mêlent historiens, sociologues, politistes et autres praticiens des sciences sociales. Ils essaient de dépasser la posture militante au profit d’enquêtes solides et cherchent à en finir avec les clichés — ceux-là mêmes qui nous sont resservis jusque dans les campagnes présidentielles…

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  • Lisbonne brûle-t-elle ?

    fvallejo3.jpgL’incendie du Chiado
    François Vallejo
    Viviane Hamy, 2008

    (par Frédéric Saenen)

    En août 1988, François Vallejo est témoin, depuis sa chambre d’hôtel, de l’incendie qui ravagea l’un des quartiers les plus populaires de Lisbonne, le Chiado. Quelque vingt après, cette catastrophe lui inspire un roman improbable, dans lequel il met en scène quatre figures égarées, en quête de destin.

    Les protagonistes – un Français, un photographe de presse, une femme qui a perdu sa fille et un gardien de nuit – se font en effet « prisonniers volontaires » des ruines encore fumantes. Ainsi chacun d’entre eux, au cœur de ce paysage apocalyptique, compte-t-il retrouver à sa façon le sens de son passé ou de sa vie. Pour les assister dans ce dévoilement, un certain Juvenal, émergeant comme par miracle du brouillard cendreux dans un costume impeccable, jouera, pour leurs aveux respectifs, le rôle de Deus ex machina. Et sa présence sur les lieux se révèlera loin d’être anodine…

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  • Une couronne méritée

    dinah3.jpgDinah Washington
    La Reine – The Queen 1943-1957

    Direction artistique, texte livret (24 pages) et discographie: Jean Buzelin
    (double CD Frémeaux & Associés FA 5209 ; distribution Nocturne
    )

    (Par Jacques Chesnel)

    Dinah Washington (Ruth Lee Jones, 1924 – 1963) a sa place au panthéon des grandes vocalistes de jazz aux côtés de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Carmen McRae, Sarah Vaughan, Nina Simone, Betty Carter, Abbey Lincoln, Shirley Horn (sans oublier Anita O’Day), toutes nées au cours du siècle dernier. Elle fut sans conteste celle qui fut la plus attachée à s’appuyer sur les racines du gospel et surtout du blues (n’en fut-elle pas surnommée La Reine) ce qui la distingue principalement de ses consœurs, tout en étant, souligne Jean Buzelin, "une musicienne capable de chanter, ave un égal résultat, blues, ballades, pop songs, jazz, standards de Broadway… elle déclarait elle-même : « je peux tout chanter » " ; elle le démontre admirablement tout au long de ce coffret.
    Sa voix : légèrement acidulée, vibrato de grande flexibilité, parfaite justesse. " Elle possédait une diction parfaite, un sens de la nuance toute en subtilités et une « sophistication naturelle », n’appuyant jamais ses effets, ne cherchant pas à travailler une voix légèrement nasillarde qui conservera toujours la fraîcheur mutine de sa jeunesse" (J.B).

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  • Nos morts

    lgaude3.jpgLa porte des enfers
    Laurent Gaudé

    Actes Sud, 2008

    (par Madeline Roth)

     

    Ne pas lire les quatrièmes de couverture. Règle d’or. L’entrée dans le dernier roman de Laurent Gaudé se fait peut-être à cette condition. Les premiers chapitres glacent et embarquent, torturent le ventre. Raconter les premières scènes – et même, tenter de « résumer » le livre m’apparaît assez impossible depuis quelques jours, depuis que traînent en moi les rues de Naples et la voix de Matteo.

    « Tout ça, ce sont des histoires pour enfants, dit Matteo en regardant le sol avec dureté. Les morts ne remontent pas, professore.
    - Non, effectivement, répondit le professore avec un calme égal. Mais vous pouvez descendre, vous. »

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  • Ballade glissée

    oldmariner.jpgLa Ballade du vieux marin
    Samuel Taylor Coleridge

    Mise en scène de Jean-Baptiste Sastre
    Avec Jean-Marie Patte
    Théâtre de Chaillot, du 17 septembre au 11 octobre 2008

    (par Nicolas Cavaillès)

    Seul en scène dans un hangar délabré – le studio – sous Chaillot, Jean-Marie Patte déroule avec humilité et brio la Ballade du vieux marin de Coleridge, traversée des océans les plus houleux de la conscience, gorgée de visions et de révélations auxquelles le comédien se livre avec une placidité somme toute haletante. La diction sobre et parfaite suit l’extraordinaire traduction libre faite par Alfred Jarry de ce texte hallucinant, et le petit bonhomme usé qui tient mal en place glisse sur la scène déserte, théâtralement simple, simplement théâtrale, sans décor ni éclairage particulier, le lecteur précautionneux livre une partition sensible et subtile, calme et retirée. En vieux marin, il distille son alcool avec une régularité rare, précise et d’autant plus troublante – loin des virulentes volutes romantiques auxquelles on associe d’ordinaire ce célèbre poème de Coleridge : que l’on se souvienne par exemple de Denis Lavant dans un récent Burroughs surpris en possession du Chant du vieux marin, impressionnant dans un tout autre genre, cette diversité même des lectures étant bien sûr une autre preuve éclatante de la richesse du texte. Ici, dans un silence assourdissant et une lumière crue, les mots découlent en discontinu, mais sans écarts de voix, et font toujours mouche, les images s’impriment et les pauses résonnent – et l’albatros, et l’arbalète, comme une sorte de lecture tolstoïenne d’un fragment dostoïevskien, ou valéryenne du Bateau ivre. Preuve encore que les poèmes ont plus d’une vie.

    http://www.theatre-chaillot.fr/

  • Le Guide suprême

    dict.jpgLe Guide suprême
    Patrick Boman – Bruno Fuligni – Dr Lichic, Stéphane Mahieu – Pascal Varejka
    Gingko, Collection « Idées fixes », 2008

     

    (par F. Saenen)

     

    Un « petit dictionnaire des dictateurs »… Il fallait y penser. Les voici tous alignés, de la Chine aux Balkans, comme pour la parade. Les tortionnaires et les putschistes ; les anthropophages présumés ou avérés ; les mégalos et les tordus ; les increvables et les éphémères. Chacune des notices se lit sur un mode léger, et c’est là le plus grand travers de ce référentiel sans prétention. Car si, pour moraliser, l’on ambitionne de mener grand tapage en frappant sur les statues creuses des Conducators, encore faut-il se garder de susciter la sympathie à leur égard, par le biais de l’humour, même à froid. Or, c’est le sentiment qui naît immanquablement au vu de certaines anecdotes relatives à ces puissants et à leurs mortifères lubies. L’espace réservé à chaque figure ne permettant guère l’approfondissement, c’est la petite (voire la médiocre) histoire qui se voit privilégiée. Un ouvrage qui ne joue pas franc jeu, sinon à se voir rehausser d’une bandelette : « Pour bien rire devant les charniers ».

     

     

    http://www.ginkgo-editeur.fr/

  • Révolution française de l'intérieur

    jay3.jpgL’Inconnu de la Bastille
    Annie Jay et Micheline Jeanjean

    Livre de poche jeunesse, 2008

     

    (par Jean-Pierre Tusseau)

     

    Certains romans peuvent parfois nous permettre, mieux que les livres d’histoire, de saisir l’ambiance d’une époque. C’est le cas de L’Inconnu de la Bastille, écrit à quatre mains par Annie Jay et Micheline Jeanjean qui nous fait vivre de l’intérieur la Révolution française en suivant les aventures parisiennes de la jeune Flore de Dalzin.

     

    Arrivant à Paris en plein 14 juillet 1789, après la mort de sa mère, cousine de M. de Launay, gouverneur de la Bastille, celle-ci apprend qu’on ne garde plus, dans cette forteresse, que sept prisonniers « deux fous, quatre faussaires et un condamné pour mauvaises mœurs » et que la garnison se limite à « quatre-vingts invalides, des vétérans et des infirmes ».

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  • SF écolo

    soon.jpgApocalypse Maya

    Frédérique Lorient

     Syros, collection Soon, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Une nouvelle collection a vu le jour aux éditions Syros : dirigé par Denis Guiot, Soon entend proposer des romans de SF intelligents, ouverts sur l’ailleurs – une façon comme une autre d’inciter à réfléchir à l’ici et au maintenant, mais aussi de divertir le lecteur. Des caractéristiques habilement conjuguées dans Apocalypse Maya, qui peut se lire de diverses manières – comme un roman d’apprentissage relatant l’éveil d’une conscience sociale et environnementale ; comme une fable qui rappellerait que l’Histoire est composée de situations cycliques et d’atrocités (il est ici question de deux génocides, à des décennies de distance) vouées à se répéter à moins d’agir pour en atténuer l’ampleur ; comme une illustration de ce qui ne manque pas d’arriver si on laisse la rentabilité l’emporter sur l’humain, sur l’éthique et sur l’équilibre naturel (le fameux « science sans conscience »…) ; ou encore comme une aventure plutôt bien menée et écrite, qui réserve nombre de rebondissements. Certaines « leçons » écologiques ou historiques sont parfois amenées de manière très explicite (trop, peut-être), mais on lit d’une traite l’histoire du jeune Jové, du vieil Indien qui le convertit à ses valeurs et de l’étonnant peuple des Suris (leur langage, en particulier, fascine, tout comme leur propension artistique), confrontés à l’organisation toute-puissante qui a colonisé la planète Maya.

    http://www.syros.fr/nouveautes.asp

  • Tragédie historique, tragédie humaine

    dgeorget3.jpgUne passion hongroise
    Danièle Georget

    Plon, 2008

    (Par Jean-Pierre Longre)

    Les murs sont tombés, les frontières se sont ouvertes, mais on n’a pas oublié les sanglantes tentatives de libération du passé, notamment celle du peuple hongrois en 1956. Danièle Georget, qui après Goodbye Mister President (Plon, 2007) semble se plaire dans le roman historique, s’appuie sur ces événements pour raconter à la fois l’histoire collective et une histoire individuelle – les deux ayant pour point d’intersection la passion et la violence.

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  • Retenez ce titre...

    apercin3.jpgL'âge d'ange

    Anne Percin

    L'école des loisirs, Médium, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Retenez ce titre : L'âge d'ange. Un roman dont il est bien difficile de parler, pour diverses raisons dont certaines n'apparaissent qu'au fil de la lecture... Disons simplement qu’il s'agit d'une rencontre inattendue autour d'un livre fascinant (d’abord adoré, puis désacralisé, et pour finir inoubliable), de l'éveil d'une conscience et d’un corps, d’une émancipation et, surtout, du bouleversement intime (« Le choc fut si violent que, des années plus tard, alors que j’écris ces lignes, je tremble. ») qu’éprouve un ange solitaire, au contact d’un autre ange, peut-être : « A la limite, on pouvait presque lui trouver une tête romaine. Un peu comme Marlon Brando, du temps de sa splendeur. » L’histoire, d’une grande justesse, est teintée de nostalgie mais aussi de fatum, et l’intrigue emprunte nécessairement à la tragédie grecque, entre terreur et pitié, violence et tension (mais il faut le lire pour comprendre). L’ensemble va bien au-delà du très conventionnel roman d’apprentissage et le regard rétrospectif de la narration confère une richesse certaine au récit, qui navigue entre impressions et sensations passées et souvenirs au présent de ces moments d’une rare intensité.

    http://www.ecoledesloisirs.fr

  • La peau et le cœur des livres

    alzamora3.jpgLa fleur de peau
    Sébastià Alzamora
    traduit du catalan par Cathy Ytak
    Métailié, 2007

    Lire aussi, en fin d'article, l'entretien avec Cathy Ytak et le point de vue de Sébastià Alzamora.

     

    « Il est important que nous les laissions nous protéger, il est très important que notre peau mortelle se laisse imprégner par ce qu’il y a d’éternel dans la peau des livres. »

    Quels liens complexes et incertains peuvent s’échafauder entre Puppa, un vieil homme énigmatique, ancien héros devenu relieur, un tailleur de pierre unijambiste, une religieuse versée dans les livres, une gitane ensorcelante qui cherche un « progéniteur », une princesse, « personnification de la beauté pure », une reine nymphomane, un rabbin célèbre pour avoir accompli l’impensable ? Entre le treizième chant de l’Odyssée, les rivalités religieuses et les sombres manœuvres politiques qui agitent la ville de Prague à la veille de la guerre de Trente ans ? Au lecteur de démêler peu à peu cet enchevêtrement fascinant, proprement irracontable, à la limite du conte et de la mascarade théâtrale, oscillant entre fantasmagorie et onirisme, tout en se laissant porter par l’épopée de Puppa, récit qui nous est rapporté par un autre conteur, installé dans une taverne un soir de tempête...

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  • Grand et petit

    hmeunier2.jpgGrand et petit
    Henri Meunier et Joanna Concejo

    L’atelier du poisson soluble, 2008

     

    (par M. Gallot)

    « Grand et petit », c’est l’histoire d’une amitié inattendue entre un petit garçon et son alter ego géant, né le même jour que lui, et dont la taille va diminuer jusqu’à disparition, à mesure que le petit garçon deviendra grand à son tour. Le récit, dont on peut faire bien des lectures symbolistes, est empreint de merveilleux et de grâce poétique, de beauté et de silences. Les dessins crayonnés sur du papier jauni, à la manière d’un vieux carnet au charme sépia, ajoutent encore en émotion et délicatesse à la mystérieuse amitié de grand et petit. Cet album, particulièrement soigné, sait convoquer d’une manière originale l’imagination et la sensibilité du jeune lecteur.

  • Quand Je se fait Tu

    marietfemme.jpgMari et femme
    de Régis de Sa Moreira

    Diable Vauvert, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Le postulat de départ intrigue d’emblée : un homme, dont le couple bat de l’aile, se réveille un matin dans le corps de sa femme… et vice-versa. D’abord terrifiés par leur nouvelle apparence, mari et femme, contraints et forcés, vont peu à peu découvrir le corps de l’autre, un univers à la fois connu et inconnu, puis s’accoutumer à cette nouvelle enveloppe en passant par différentes phases émotionnelles et situations sociales qui, peut-être, les amèneront à repenser leur relation et le sens à donner à leur vie.

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  • Père et fils

    dkeene.jpgL’apprenti
    Daniel Keene
    Editions Théâtrales jeunesse, 2008

     

    (par Madeline Roth)

     

    Julien aborde Pascal à la terrasse d’un café. L’homme est d’abord étonné de ce petit garçon qui semble le connaître. Julien habite en face, et il observe Pascal depuis longtemps. Aujourd’hui il l’aborde et il a une drôle d’idée en tête. Pour Julien, chacun devrait avoir la possibilité de choisir son père.
    La pièce se déroule en treize scènes, sur une année. D’un mois d’avril à l’autre, la relation étrange qui se noue entre l’adulte et l’enfant bouge, se tord, et dans leurs discussions, Pascal et Julien questionnent le monde. L’apprenti est une pièce très courte qui convoque énormément de choses. Dans ses « Notes pour la mise en scène » (L’apprenti a notamment été joué lors du festival Off d’Avignon 2008), Daniel Keene précise qu’on « ne devra en aucun cas essayer de créer un environnement réaliste ». Il y a des choses universelles – la famille, le lien, l’amour – qui ne se donnent peut-être que dans le dénuement ou le vide autour. Devant l’amour de Julien, Pascal est forcé d’interroger ce qui le lie lui à son père. Non, on ne choisit pas sa famille, mais l’amour peut changer des choses, celles-là même qu’on croyait figées l’instant d’avant.

     

    L'éditeur

  • Mise en lumière

    jbenameur3.jpgLaver les ombres
    Jeanne Benameur

    Actes Sud, 2008

     

    (par Madeline Roth)

     

    Laver les ombres, c’est d’abord un très beau titre. « Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ». Deux récits en parallèle, pour deux vies qui se rejoignent forcément. Lea est danseuse et chorégraphe. Elle tente de laisser son corps vivre cette histoire d’amour naissante avec un peintre, Bruno. Mais quelque chose empêche, et ce quelque chose, Lea va aller le chercher dans la parole de sa mère, Romilda. Un soir de tempête, Lea prend la route sans prévenir et roule des heures, les Suites de Bach en boucle, jusqu’à la petite ville près de l’océan. Ce soir Romilda lui dira ce qu’elle a tu pendant des années.

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