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Révolution française de l'intérieur

jay3.jpgL’Inconnu de la Bastille
Annie Jay et Micheline Jeanjean

Livre de poche jeunesse, 2008

 

(par Jean-Pierre Tusseau)

 

Certains romans peuvent parfois nous permettre, mieux que les livres d’histoire, de saisir l’ambiance d’une époque. C’est le cas de L’Inconnu de la Bastille, écrit à quatre mains par Annie Jay et Micheline Jeanjean qui nous fait vivre de l’intérieur la Révolution française en suivant les aventures parisiennes de la jeune Flore de Dalzin.

 

Arrivant à Paris en plein 14 juillet 1789, après la mort de sa mère, cousine de M. de Launay, gouverneur de la Bastille, celle-ci apprend qu’on ne garde plus, dans cette forteresse, que sept prisonniers « deux fous, quatre faussaires et un condamné pour mauvaises mœurs » et que la garnison se limite à « quatre-vingts invalides, des vétérans et des infirmes ».

Et ainsi jusqu’en 1794, le lecteur se familiarise avec les changements qu’entraîne cette révolution qui est aussi culturelle : adoption d’un nouveau calendrier ( le second chapitre a pour titre « Sextidi 26 nivôse, an II de la République»), changement du nom des mois mais aussi remplacement de la semaine de sept jours par la décade, le passage au système métrique pour les mesures, les transformations des rapports sociaux marquées par la généralisation du tutoiement et le remplacement de « monsieur » par « citoyen », l’organisation de repas fraternels dans les rues avec « soupe à la cocarde », l’abandon des prénoms chrétiens dont s’indignent certains : « On n’a plus de saints…On appelle une fille Chaise, Brouette ou Campagne, comme chez les Sauvages d’Amérique ! » Ceux-là nous amusent mais on s’apitoie sur le vieux Louis Vandanjon qui a bien du mal à comprendre tous ces changements que son petit-fils tente de lui expliquer.

 

D’abord, cette révolution, comme beaucoup d’autres, suscite de grands espoirs : « Avant les nobles et les prêtres ne payaient pas d’impôts alors qu’ils possédaient les deux tiers du pays. » Et les tribuns peuvent s’enorgueillir de résultats obtenus : «Les sourds et les aveugles sont devenus pupilles de l’Etat. Les orphelins sont adoptés par la Patrie. Les mal mariés peuvent divorcer. L’esclavage va bientôt être aboli. L’instruction gratuite est désormais décrétée. »
Mais bientôt, sur fond de campagne de presse où s’opposent Le Père Duchesne, brûlot de Hébert qui prône une révolution violente et Le Vieux Cordelier, modéré, de Desmoulins, s’instaure la Terreur. En même temps, s’organise une résistance clandestine qui dénonce : « La Révolution, un mot noble auquel nous croyions, est devenue comme le dieu Saturne : elle dévore ses propres enfants. »

 

Tout est vécu de près par la jeune héroïne qui est justement engagée pour garder les enfants de Desmoulins. Le tout, loin d’être ennuyeusement didactique est rondement mené au rythme d’un roman d’aventure où l’on évoque les difficultés des exilés à Londres, des nobles qui se terrent comme le comte de Lambiel, des espions comme Jules Bentignac, qualifiés de « mouches », des messages secrets , des enlèvements en fiacre, des tentatives de viol, des chantages, des trahisons, des meurtres, des procès et des exécutions et, bien sûr, un bel inconnu, celui de la Bastille que nous annonçait le titre.
L’ouvrage étant un peu long, des enseignants de collège pourront se référer aux vingt et un premiers chapitres évoquant la période allant de la Révolution à l’instauration de la Terreur et donner en lecture personnelle la dernière partie plus spécifiquement romanesque, essentiellement consacrée à l’emprisonnement de l’héroïne et à son histoire d’amour avec l’inconnu de la bastille. Un livre tonique, sérieusement documenté, bien écrit, qui nous permet d’en apprendre beaucoup sur ce qu’a réellement été cette période essentielle de notre culture républicaine.

 

 

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