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10/09/2008

Mise en lumière

jbenameur3.jpgLaver les ombres
Jeanne Benameur

Actes Sud, 2008

 

(par Madeline Roth)

 

Laver les ombres, c’est d’abord un très beau titre. « Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ». Deux récits en parallèle, pour deux vies qui se rejoignent forcément. Lea est danseuse et chorégraphe. Elle tente de laisser son corps vivre cette histoire d’amour naissante avec un peintre, Bruno. Mais quelque chose empêche, et ce quelque chose, Lea va aller le chercher dans la parole de sa mère, Romilda. Un soir de tempête, Lea prend la route sans prévenir et roule des heures, les Suites de Bach en boucle, jusqu’à la petite ville près de l’océan. Ce soir Romilda lui dira ce qu’elle a tu pendant des années.


« On croit qu’il suffit d’aimer pour faire corps avec le reste. C’est faux. Dans la lumière rasante de cette fin de journée, il apprend qu’il aime et que cela ne suffit pas ».

 

Les chapitres, Jeanne Benameur les nomme « tableaux ». Elle donne un récit serré, coupant, comme un bout de vie auquel il manque des pages. Pour qui connait son œuvre (et avant tout Les demeurées, paru en 2000 aux éditions Denoël), l’écriture est là, sonore, toute en images, en sensations. Une écriture sensuelle qui s’attarde sur les mots et qui travaille la langue au pinceau. L’effleurant.

 

 

L’idée est très belle, certaines phrases se relisent dix fois (« elle est un mot étranger jeté dans une langue »), mais il reste pourtant, en refermant le livre, comme un goût d’inachevé. Le rythme du récit est celui d’un temps mort, avec des paragraphes très courts et beaucoup de questions, et si la langue est ciselée, élaguée, l’histoire s’efface presque et finit par manquer.

Dans le récit, le personnage de Lea lit un très beau livre d’Erri de Luca, Tu, mio (Rivages, 1998). Comme si l’écrivain donnait au lecteur l’une des ficelles qui tient debout ses personnages. Jeanne Benameur, comme Erri de Luca, aime à creuser la vie. Se pencher un instant – très court – sur une femme et tenter de dire en peu de mots (et beaucoup de questions) ce qui interroge chaque femme, son corps, sa capacité à aimer, en dedans et en dehors de ce corps, et ce qui la lie à son présent, l’histoire de sa mère et donc de sa vie à elle, qu’elle porte dans son sang.

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