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Le Restif du XIXe siècle

houssaye3.jpgDu danger de vivre en artiste quand on n’est que millionnaire
Arsène Houssaye
illustré par Anne Carreil

postface d’Éric Vauthier
Éditions de l’arbre vengeur, 2008

(par Frédéric Saenen)

 

 

La postérité a retenu bien peu de choses d’Arsène Houssaye (1815-1896). Pourtant, celui dont certains se souviennent parce qu’il fut le dédicataire du Spleen de Paris de Baudelaire en 1869 a laissé derrière lui nombre de poèmes, de romans, de nouvelles, d’articles de critique ou encore de pièces de théâtre. Bref, un auteur qui mérite d’être redécouvert, moins pour l’importance quantitative de sa production que pour le style de ses récits finement ciselés.

Il faut en effet opérer un tri parmi les milliers de pages signées Houssaye. Les Mille et une nuits parisiennes illustrent bien le caractère polygraphique de son écriture mais, c’est immanquable, une telle pléthore d’histoires comporte des inégalités. Réunis en quatre volumes chez Dentu en 1875, ces croquis – parfois, Houssaye semble plus caricaturiste qu’homme des lettres – offrent le pendant dix-neuviémiste de ce que tenta Restif de la Bretonne un siècle plus tôt, lorsqu’il s’attachait à livrer un panorama nocturne et vicié des humeurs de la capitale.

Houssaye, lui, s’introduit dans les salons du Second Empire et de la Troisième République. Flanqué du lecteur, il se penche par-dessus l’épaule des mondains, semi ou doubles, et des bohèmes, vrais ou faux. Ce sont alors des secrets, des bassesses, des jalousies, des perversions, qui remontent, en bulles lentes à crever, à la surface de ce marécage humain. À maints égards, l’aspect le plus succulent de cette noire sociologie réside dans les portraits de femmes vampiriques qui en émaillent les pages ; voir à cet effet le baiser voluptueusement cruel de la Duchesse sur lequel s’éteint Le Grain de beauté.

La nouvelle Du danger de vivre en artiste quand on n’est que millionnaire synthétise à elle seule l’art à la pointe sèche de Houssaye. Envieux du train de vie insouciant que mène un jeune homme de ses connaissances, « riche mais sans fortune », le bourgeois bien nanti Brocheton décide de s’encanailler socialement à son tour, en devenant l’ami des muses. Rencontrant par hasard quelque dix ans après son modèle, il doit lui avouer que sa fortune n’aurait pas tenu le coup longtemps au petit jeu du dandysme. La liste des dépenses qu’il dresse, en la confrontant aux effets plus bénéfiques du parasitisme de son jeune ami, est un joli morceau de comptabilité appliquée à la littérature...

Houssaye, parti dans la carrière des lettres avec des proses qui relevaient du « romantisme frénétique », mourra octogénaire. Il compte parmi les rares écrivains à faire un pont entre la génération de 1830 et celle des décadents de la fin du siècle. Sans rien perdre en chemin de son talent ni de son mordant, pour notre plus délectable plaisir.

http://www.arbre-vengeur.fr/

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