31.07.2008

A travers le regard d’Aung Kyaw Kyaw

dcytryn.jpgL’enfant et le buffle

Muriel Carminati et Daniela Cytryn

Le Sorbier, coll. « Les Ethniques », en partenariat avec Amnesty International, 2008

 

(par B. Longre)

 

Après une collaboration avec Jocelyne Sauvard pour Aïssata et Tatihou, Daniela Cytryn illustre avec un même soin un nouvel album aux éditions du Sorbier, dans une collection qui prône l’ouverture sur le monde en proposant des récits qui sensibilisent le lecteur à des situations ou des événements qui ne lui sont pas toujours familiers. Un pays africain en guerre pour Aïssata et Tatihou, la Birmanie pour Cet Enfant et le buffle, un pays où il ne fait pas bon vivre si l’on tient compte du mépris des dirigeants pour la population qu’ils maltraitent, emprisonnent ou laissent mourir. La Birmanie, que l’on découvre à travers le regard d’Aung Kyaw Kyaw, jeune garçon très attaché au buffle que son père a pourtant décidé de vendre. Il s’enfuit, part à la recherche de l’animal et revient bredouille pour trouver son village vidé de ses habitants, «réquisitionnés» pour construire une route. Au-delà de la difficulté de vivre sous un régime dictatorial évoquée ici, une certaine plénitude préside malgré tout à l’ensemble, peut-être discernable dans l’attitude résignée des adultes, que l’auteure ne se permet pas de juger, et dans la beauté des images.

 

Daniela Cytryn

 

Amnesty International

30.07.2008

Rose et Valentin Brû

vbru.jpgAu feu les pompiers j’ai le cœur qui brûle

Christine Beigel et Élise Mansot

Gautier-Languereau, 2008

 

(par B. Longre)

 

Quand Rose, une sage vieille dame, aperçoit Isidore Valentin Brû, pompier de son état, dans le poste de télévision, c’est le coup de foudre. Comment rencontrer ce héros ? Rose n’hésite pas une seconde et, prétextant avoir perdu son chat, appelle les pompiers… Isidore intervient mais semble plutôt intimidé et ému par cette dame qui a demandé à ce que ce soit lui et pas un autre qui vienne lui porter secours. Quand il s’en va, Rose se met à l’attendre… vainement, semble-t-il.

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29.07.2008

Gare aux morsures

molosse.jpgMolosse

Olivier Morel

Ed. courtes et longues, 2007

 dès 3 ans

 

(par C. Scandale)

 

Molosse, le chien de Jojo, porte bien son nom. Sous le regard amusé de son maître, il terrorise les matous et les enfants, défèque sur les pâtés de sable et pourchasse le facteur… Puis un jour Molosse ne fait qu’une seule bouchée d’un petit caniche à sa maman. C’est la goutte qui fait déborder le vase, la fourrière intervient et l’embarque. Peu de temps après, le petit garçon le remplace par un poisson rouge dénommé Tiburon. Mais au bout de quelques jours l’animal inoffensif devient piranha. A travers de jolies illustrations enfantines, Olivier Morel nous amène à réfléchir sur le mal et la responsabilité humaine. Il pose ouvertement la question suivante : qui du maître ou de l’animal est réellement le plus mauvais ?

L'éditeur

27.07.2008

En rouge, noir et blanc

emily.jpgEmily the Strange, Voir c’est décevoir

de Rob Reger

Seuil jeunesse, 2008

 

(par B. Longre)

 

La très gothique Emily revient dans un petit album intelligent, en rouge, noir et blanc, comme à l’accoutumée, et dont l’atmosphère forcément strange et troublante doit cependant beaucoup au thème abordé : la vision, qu’elle passe par le regard (un mécanisme complexe présenté avec cocasserie) ou les miroirs (aux reflets mouvants…), modifiée par l’ombre et/ou la lumière, par divers déplacements ou changements de perspective. Il n’y pas de trame narrative à proprement parler, seulement une succession de saynètes ponctuées d’adages qui posent d’intéressantes questions («Emily voit les yeux fermés », « l’étrangeté est dans le regard », « Exister c’est croire »…) où Emily, philosophe en herbe, se met en scène pour illustrer de diverses manières à quel point la vision subjective est forcément illusoire et fluctuante.

26.07.2008

Balades urbaines

baladesparis3.jpgDrôles de balades dans Paris
de Claude Combet et Thierry Lefèvre, illustrations Magali Le Huche

Actes Sud Junior 2008

Le Dico de Paris
Marie Vendittelli-Latombe

illustrations Lolo Wagner
De la Martinière jeunesse 2008

 (par B. Longre)

Après Destination Paris, la même équipe (Claude Combet et Thierry Lefèvre à la plume et Magali Le Huche aux crayons) récidive et propose un nouveau guide parisien à l’usage des enfants mais pas seulement… Ces « drôles de balades » donnent à voir la ville autrement, de long en large, du nord au sud, d'un quartier à l'autre, en proposant quelques incontournables, certes (la bonne vieille tour Eiffel, Notre Dame ou les Champs-Élysées) mais aussi et surtout des coins insolites ou des endroits qui ne viennent pas forcément à l’esprit quand on se demande quoi visiter d’innovant… Monuments, espaces verts (la Coulée verte du 12e ou le parc de Bercy), boutiques et musées, ponts (37 au total, pas moins), tramway, etc.

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25.07.2008

Vampires

carmilla2.jpgCarmilla
Sofia Terzo

traduit de l’italien par Catherine Siné
Vertige Graphic, 2008

 

(par B. Longre)

 

Directement inspiré du roman du même nom de Joseph Sheridan Le Fanu, publié en 1872 (texte qui aurait en partie inspiré son Dracula à Bram Stoker), l’adaptation bédéesque de Sofia Terzo ne manquera pas d’éveiller la curiosité des amateurs de «oupirs» (ou «vampires»), tout en interpellant ceux qui apprécient généralement le travail de Milo Manara - tant le trait de l’auteure s’apparente à celui du précédent. Tous les ingrédients de la littérature vampirique (dévoration, fascination et répulsion mêlées, transgression, immortalité, etc.) sont là, qui seront maintes fois exploités par des écrivains en mal d’inspiration, et le texte de Sheridan Le Fanu, déjà subversif (dans son évocation de désirs lesbiens et dans l’accent mis sur une héroïne puissante, maléfique et déterminée), est ici interprété avec finesse, même si Sofia Terzo amplifie la thématique sexuelle et se concentre avant tout sur la relation que Carmilla la brune entretient avec une douce jeune fille, une oie blanche dont l’inquiétude va grandissant, face à cette « amie » si atypique. Une réalisation soignée qui incitera, on l’espère, à se pencher sur le texte original.

23.07.2008

Pour ceux qui en rêvent...

merenpoemes.jpgMer en poèmes

de Michelle Daufresne

Seuil jeunesse, 2008

(par Myriam Gallot)

 

Des collages de matériaux divers peints à l’aquarelle sur un beau papier mat épais créent de changeants effets de matière et de lumière. Chaque double page illustre et définit un mot de la mer (grève, falaises, jeux de plage, oiseaux de mer, etc.), assorti d’un ou plusieurs courts poèmes marins qui correspondent au mot. Aimé Césaire, Baudelaire, Blaise Cendrars et bien d’autres – dont l’auteur elle-même - prêtent leur plume à cet album propice à l’imagination, qui compose une belle initiation au pouvoir d’évocation des mots et à la poésie. « C’est la mer pour la mer/ et pour ceux qui en rêvent » (Supervielle).

22.07.2008

Lecture en herbe

vlydie.jpg24 heures dans la vie de Théo
Virginie Lydie, ill. Yann Hamonic
Balivernes, 2008, dès 6 ans

 

(par C. Scandale)

 

24 heures dans la vie de Théo nous plonge au cœur d’une journée riche en rebondissements, où tout bascule dans sa vie. Sa maman ne va pas bien du tout. Sur le trottoir, à côté des galeries Farfouinettes, elle a posé un petit carton, à côté d’elle, à même le sol. Elle n’aurait jamais fait ça si elle n’était pas malade, mais la poudre blanche coute cher. Théo doit faire quelque chose pour la sauver. Ce petit roman réaliste traite avec sensibilité d’un sujet délicat, rarement évoqué dans des livres pour petits. Il rend compte de la souffrance d’un petit garçon face à une maman toxicomane et sans le sou. Destiné à des lecteurs en herbe, il est résolument optimiste et se clôt sur une note d’espoir. Ses jolies illustrations, son thème moderne et son écriture dynamique font de ce court roman un excellent petit objet littéraire qui ne prend pas les enfants pour des bébés.


L'éditeur

21.07.2008

Beau livre

jjeanne.jpgJean et Jeanne
Yves Pinguilly et Aurélie Blanz

Vilo jeunesse, 2008, à partir de 6 ans

 

(par Myriam Gallot)

 

Un album grand format aux superbes illustrations oniriques très colorées. Une jeune fille prisonnière d’une vilaine sorcière maléfique qui l’a transformée en oiseau. Un jeune amoureux bien décidé à la délivrer. Tels sont les ingrédients de ce bel album qui propose une adaptation d’un conte des frères Grimm (« Jorinde et Joringel »). L’histoire ne brille certes pas par son originalité, puisqu’elle suit le schéma le plus commun des contes de fées, mais les dessins pétillants, qui proposent un univers tendre et fleuri, d’un romantisme non dénué d’humour, font toute la beauté de cet album.

 
http://www.vilo-groupe.com/

20.07.2008

La Grèce, toujours

ccogne.jpgToute une nuit au Pirée

Christian Cogné

 L’Age d’Homme, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Une femme étrange veut retrouver « l’homme qui voulait devenir écrivain », et dans ce but engage un détective qui doit aller le rechercher jusqu’en Grèce. Que lui veut-elle ? Elle l’attend, rien de plus. Simultanément, l’écrivain tente de rattraper le temps perdu en déroulant cinq nouvelles réunies par quelques fils conducteurs communs : le mystère, la tonalité fantastique, la Grèce, toujours, à un moment ou à un autre. Par-dessus tout, comme l’ombre de la mort, comme un fatal avertissement, plane le vol d’animaux fabuleux, « oiseau non identifié » ou papillons énigmatiques… Mise en abyme de la création littéraire, Toute une nuit au Pirée est aussi une plongée dans les secrets insondables de la destinée humaine.

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