Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L’infidélité a du bon

honaker4.jpgLes survivants de Troie, vol.1, Le prince sans couronne
Michel Honaker

Flammarion, 2008

 

(par Anne-Marie Mercier)

 

Après l’Odyssée, voici l’Énéide en trilogie (c’est le premier tome), revue par Michel Honaker, dans un volume très bien présenté (belle maquette, belle illustration de couverture de Laurent Beauvallet, fidèle à ce qu’on trouvera dans le livre : l’accent mis sur un jeune héros et une troupe hétéroclite et errante). On ne reviendra pas sur la déception, l’agacement causé par la première série, bien loin de l’esprit de l’épopée. Ne s’attendant à rien d’autre on pourra savourer ce gros roman plein d’événements, de bruit et de fureur, moins tragique cependant que ses illustres modèles. La prise de Troie et le massacre des habitants sont évoqués rapidement et avec discrétion – par volonté d’épargner les jeunes lecteurs ?

Le lecteur adulte s’amusera même de tous les anachronismes et invraisemblances qui parsèment le récit : on s’y indigne du massacre des « populations civiles », Éole s’ennuie en attendant le retour de ses enfants et Zeus, très, trop humain, a des conversations avec son frère Hadès ou avec son épouse qui relèvent du dialogue de la tragi-comédie familiale. Il parcourt enfin ses domaines comme un propriétaire, pas toujours heureux de la tournure des événements qu’il ne découvre que tardivement. On trouve même ici une annonce d’un «crépuscule des dieux» assez inattendu, la remplaçante de Troie (Rome) devant causer leur chute.
Les apparitions des dieux et des spectres ponctuent le récit, lui donnant une touche de sombre fantastique. Très belle présentation du royaume des morts et de son souverain. L’île des Harpies où les fuyards manquent de se faire massacrer est repoussante à souhait. Chez Honaker, Héra est terrifiante et son personnage ajoute une pointe de lascivité à cette chaste histoire : les services qu’on lui rend sont payés par de belles femmes ou de beaux rêves lascifs. Le monde des héros est tout petit : s’ils échappent de peu à Circé c’est pour y envoyer Ulysse, rencontré par hasard au milieu de l’océan…

Cela dit, la perspective du récit qui se focalise sur le couple que forment Énée et son fils Ascagne donne aux événements un attrait particulier. Ascagne, demi-muet mais possédant une vue plus perçante que quiconque, Énée, inconsolable de la perte de sa femme et s’inquiétant d’avoir négligé son fils pendant les années de guerre, Anchise un peu en retrait mais atténuant les différends entre le général et ses hommes, notamment Misène l’acariâtre dont on attend la triste fin, tous ces personnages sont attachants. Les souffrances endurées par les éternelles victimes de la colère d’Héra sont pathétiques et l’on suit leurs péripéties avec intérêt, chaque chapitre promettant de l’inattendu. L’infidélité au texte d’origine a du bon !

 

L'éditeur

Les commentaires sont fermés.