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Élémentaire, mon Chesterton !

chesterton3.jpgLes Enquêtes du Père Brown
Gilbert Keith Chesterton

Édtion présentée par Francis Lacassin

Omnibus, 2008

 

(par Frédéric Saenen)

 

Un détective, c’est avant tout une silhouette, reconnaissable entre mille. Celle de l’inénarrable Miss Marple, menue et portant beau son élégance acidulée ; celle de Sherlock Holmes, l’œil grossi par la loupe, et affublé d’une indévissable casquette à carreaux ; celle de Maigret, engoncé dans son imperméable, avec aux dents une pipe dont la fumée flatte les oracles de la déduction…

 

Parmi cette galerie, il est une personnalité d’importance, hélas trop souvent omise : il s’agit du Père Brown, sorti tout droit de l’esprit so british de Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Les Éditions Omnibus rendent enfin la place revenant de droit à cet auteur prolifique, qui avait compris mieux qu’aucun de ses contemporains que le récit policier est « la première et unique forme de littérature populaire à donner un sens poétique à la vie moderne ».

Mais revenons donc à sa créature en col blanc. S’il est une figure qui détonerait aujourd’hui dans le paysage de la criminalistique, c’est ce prêtre catholique, rondouillard, savoureusement maladroit, myope comme une taupe et maniant un verbe décousu, à la limite du pur non-sense. Le portrait est loin d’être élogieux, et pourtant, il se dissimule sous la tenue austère de notre serviteur de Dieu un esprit aussi efficace, sinon plus, à confondre les criminels que les actuels gadgets high-tech des « Experts Miami ».

 

Sa méthode ? Faire parler les évidences plutôt que de se laisser aveugler par l’idée de «mystère», un concept qu’il juge encombrant car d’office non pertinent dans l’appréhension du réel. Francis Lacassin l’explique très bien dans la postface du volume : « Chaque fois le curé-détective relève le défi (et le gagne) avec une volonté de démystifier l’irrationnel, de l’humilier même, par la banalité à laquelle il le ravale. Il anéantit la magie du puzzle sous le bon sens et ramène la poésie déroutante des éléments juxtaposables au simple effet d’un utilitarisme sordide. »

 

Sur près de cinquante nouvelles (dont trois étaient à ce jour inédites), le lecteur aura le plaisir d’assister à l’étrange menuet entre ce personnage, son éternel parapluie, la police et les suspects, afin de faire surgir la vérité… ou de la rétablir, quand il s’agit d’innocenter un faux coupable ! Le désormais classique La croix bleue, récit inaugural de la série, l’énigme historique narrée dans Le Conte de fées du Père Brown ou encore le déconcertant L’oracle du chien sont autant d’entrées possibles dans cet univers si désuet et si actuel à la fois. Car il est une intuition qui hisse définitivement cet impénitent réac de Chesterton au rang des maîtres du genre littéraire moderne par excellence. Il l’énonçait dans un article paru en 1925 : « [...] le roman criminel n’est rien d’autre qu’un jeu, et dans ce jeu le lecteur n’affronte pas le criminel, mais l’auteur. »

http://www.omnibus.tm.fr/

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