Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le syndrome adolescent

    godzilla3.jpgLe syndrome Godzilla
    Fabrice Colin

    collection Les Mues, Intervista

     

    (par B. Longre)

     

    Entre France et Japon, Fabrice Colin nous invite à entrer dans le monde intérieur d’un adolescent qui rêve de métamorphose, un univers narratif composé de séquences relativement brèves, parfois morcelées, qui empruntent de temps à autre au style cinématographique. Le garçon rêve d’une transformation radicale qui lui permettrait de donner un sens à sa vie, de se trouver, et peut-être de surmonter la disparition d’une mère dont on ne saura pas grand-chose, hormis qu’elle se serait suicidée, une perte qui a marqué l’enfance. La mère, justement, présence qui dit rarement son nom mais qui plane dans l’esprit du narrateur - solitaire de son plein gré, nomade par le métier de son père.

    Lire la suite

  • « Le bonheur c’est simple comme une lobotomie »

    carazina3.jpgHeureux les simples d’esprit

    Cara Zina

    Robert Laffont, 2008

     

    (Par Caroline Scandale)

     

     

    C’est l’histoire d’une résistance à la crétinerie établie, l’immersion réaliste dans le monde glauque des squats puis dans le quotidien funky d’une institutrice de province. Le roman s’inspire de la vie de son auteure Cara Zina mais son héroïne est encore plus radicale qu’elle. Cette autofiction est aussi rythmée et révoltée que les textes punk’n’rap écrits il y a presque vingt ans avec son amie Virginie Despentes au sein des Straight Royeur.

    Elles se rencontrent en colo. « Quand elle était petite, la grande n’était pas encore Virginie Despentes, mais c’était déjà quelqu’un, une forte tête, à la voix grave et railleuse et à la carrure rassurante, une énergie encore en friche qui ne demandait qu’à sortir et que je ne demandais qu’à suivre. » A son contact elle devient punk et ensemble elles suivent les Beruriers Noirs à travers la France entière, en tapant la manche avec d’autres adeptes de la crête, rencontrés en route. Entre squats et back-stages de concerts, Cara et Virginie mettent leur rage au service de la lutte anti sexiste et anti raciste. Elles montent leur propre groupe et écrivent des textes énervés contre la prédominance blanche et mâle.

    Lire la suite

  • « Un manifeste [poétique] poivré » : « il faut [bien] loger fureur meurtrière quelque part »

    tdimanche3.jpgD’où que la parole théâtre

    Thierry Dimanche

    Éditions de L’Hexagone, Montréal, 2007

    (par Christophe Rubin)

    Le poète québécois Thierry Dimanche poursuit le cycle de ses Encycliques désaxées, avec ce troisième recueil composé de cinq chapitres – ou mouvements musicaux, puisque chacun se voit attribuer un tempo, comme une partition. Si le premier, intitulé « Sur les ruines les plus fraîches » s’annonce furioso, c’est aussi parce qu’il énonce un projet qui tranche avec toute mièvrerie parfois attribuée à la parole poétique : il s’agit de libérer les identités possibles d’une voix qui surgit avec fougue et cruauté, en faisant déraper la syntaxe et en revendiquant une brutalité prosodique et imaginative.

    « D’où que théâtre parole
    il faut loger fureur meurtrière quelque part
    brûler / dicter l’horrible et qui lacère la voix
    (…) que syllabes accélèrent destruction de l’atone
    ou neutralisent apathie dans une illusion utile
    (…)
    j’assassine la page minée par d’autres à satiété de mollesse »

    Lire la suite

  • Coin de campagne

    hdassavray.jpgLes ruines de la future maison

    Hélène Dassavray

    A plus d’un titre, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Le titre le laisse bien entendre : il n’y aura jamais de vraie maison sur ce terrain provençal où poussent les broussailles et la vigne, et où s’est installée une tribu pittoresque et colorée. Jamais de maison, mais un «Campement » (cabane en bois, caravanes, tipi) pour abriter, tant bien que mal, une jeune femme (la narratrice), son compagnon « le Viking », ses enfants et leurs pères (le dit Viking, mais aussi Gainsb et L’Eclaireur qui font partie de la famille), sans compter les amis ou vagues connaissances de passage… Les ruines de la future maison raconte la vie parfois difficile, souvent surprenante, toujours indépendante dans ce coin de campagne, en marge (mais non loin) de la vie paysanne et villageoise. Fidèle jusqu’à un certain point à son parti pris de liberté absolue, la narratrice se retourne par photos interposées sur ce passé proche, n’inventant pas d’artificiels regrets mais ne cachant pas son émotion.

     

    http://aplus1titre.nerim.net/editions.htm

  • Une photo-reporter dans les camps de réfugiés

    bienvenue à Goma.jpgBienvenue à Goma

    Isabelle Collombat

    Editions du Rouergue – collection doAdo monde, à partir de 14 ans, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’histoire se passe en 1994. Une très jeune fille s’embarque aux côtés d’une journaliste radio pour Goma, au Zaïre, où s’entassent les réfugiés rwandais réchappés du génocide. Elsa a tout juste 18 ans, elle rêve de devenir photographe-reporter. Elle découvre la pénible réalité du terrain et les difficultés du travail de journaliste dans un pays en guerre. Ce roman réaliste est d’inspiration autobiographique, puisque son auteur, fraîchement émoulue d’une école de journalisme, a travaillé pour une radio humanitaire au Zaïre en 1994. L’intérêt de son récit est principalement documentaire : Pourquoi quitte-t-on le confort occidental pour une des régions les plus dangereuses du monde ? Comment, pris en étau entre les demandes d’une rédaction versatile, friande de reportages lacrymaux, et la dangerosité de mener une enquête sérieuse et politiquement compromettante, un journaliste peut-il trouver sa place ? Comment photographier l’horreur avec un regard juste ? Comment créer des relations humaines dans de telles conditions ? La trame romanesque est certes un peu grossière, et le style sans relief, mais ce roman pourra séduire de jeunes lecteurs attirés par le journalisme et curieux de connaître certaines réalités du métier.

     

    http://www.lerouergue.com

  • Au rendez-vous de la musique, de la poésie et du dessin

    gbrassens3.jpgGeorges Brassens
    de José Corréa

    Nocturne BD, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Illustrateur, affichiste, portraitiste, José Corréa, un an après l’avoir fait pour Léo Ferré, consacre son fin talent d’aquarelliste à Georges Brassens ; et le rendez-vous vaut le coup.


    Plus de vingt pages où, de l’enfance à la maturité, l’ami Georges apparaît sous toutes ses facettes : timide et malicieux, pensif et rieur, nostalgique et attentif, gouailleur et crispé, amical et bourru… Toujours lui, jamais le même, et il suffit d’une courbe de plus ou de moins, d’un trait d’ombre ou de lumière soigneusement placé pour faire apparaître les changements. Autour de lui, avec lui, ses parents, ses amis de l’impasse Florimont, la Jeanne et les autres, sa discrète compagne Püppchen, Pierre Nicolas à la contrebasse, Joël Favreau à la guitare, le jazz qui résonne en lui et dans ses mélodies, les poètes qui lui prêtent leurs mots ; et les repères qui jalonnent sa vie et sa personnalité : la plage de Sète, Paris, la moustache, la pipe, la guitare, un chat. Le scénario est beau, et beaux sont les portraits, avec lesquels dialoguent des extraits bien sentis de quelques chansons.

    Lire la suite

  • Rescapé du Rwanda

    Innocent.jpgInnocent

    Magali Turquin

    Editions du Jasmin, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Le Rwanda est apparemment un sujet littéraire porteur pour les écrivains français. Depuis le prix Médicis 2007 attribué à Jean Hatzfeld pour « La stratégie des antilopes », les récits-témoignages fleurissent. Les éditions du Jasmin publient ainsi le court roman de Magali Turquin, histoire à la première personne d’un rescapé tutsi du génocide. L’auteur cherche à se mettre à la place de celui qui a survécu à l’impossible et nous livre un monologue lyrique de souvenirs décousus et de douleur. Le sujet est inattaquable, et l’intention louable. C’est plutôt bien écrit, le style est limpide et simple, afin que chacun puisse se représenter l’indicible et entendre la voix des victimes. Et pourtant, l’ensemble donne une impression de déjà-vu assez décevante. A réserver à ceux qui n’ont encore rien lu sur le sujet.

     

    http://www.editions-du-jasmin.com

  • On y croit

    ruines.jpgLes Ruines
    Scott Smith
    traduit de l’anglais par Arnaud Regnauld
    M. Laffon, 2007 / Le Livre de Poche, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Six jeunes vacanciers au Mexique, un septième parti sur un site de fouilles archéologiques en pleine jungle, des Indiens peu hospitaliers et une colline couverte d’une végétation luxuriante, parsemée de belles fleurs rouges. Tout est posé pour que démarre un huis clos se déroulant sur quelques jours, fable tragique et morbide, susceptible de générer nombre d’angoisses (mais dont on taira la source…), certes éprouvante pour les nerfs du lecteur, mais terriblement efficace.

    Lire la suite

  • Chroniques d’une Vieille Taupe - 3e épisode

    tetu.jpgMonique la taupe vous invite à découvrir quelques albums...

     

    (par Monique)

     

    J’suis là, youhou !
    Bon.
    Mais quand même.

    J’ai eu un moment d’absence, je sais. De désespoir. D’abandon aussi. Des trucs de vieille taupe. Je me posais des tas de questions, sur les bêtes, la vie sous Terre et l’aveuglement. Ben oui, je broyais du noir. Et quand je vois noir, c’est noir. La guerre, la mort de grand-papounet, la séparation, la peur au ventre lors de l’invasion des topinambours, tout ça a refait surface là-dessous, si je puis m’exprimer ainsi, et d’un coup.

    Et puis hier, Bernard a dit le truc qu’il fallait pour que je remue :
    - Monique, arrête de tirer une tête de cinq kilomètres, ou va t’enterrer ailleurs où j’y suis pas.

    Bref. Il était temps de réagir. Je lui ai fichu un bon coup de patte dans le museau, et je suis montée. Tu devineras jamais sur quel livre je suis tombée, direct ! La cave aux oiseaux. Une histoire où justement, de sales bombes obligent les p’tits piou-piou à se terrer dans le noir en attendant que ça passe. J’ai eu la glotte qu’a joué des castagnotte-gnettes et les quenottes qu’ont eu la tremblette-blotte. C’était tout comme moi, ça, vindiou ! Heureusement, à la fin, dans cette histoire pas rigolote, il est question de liberté. Ouf ! Sauvée, Monique.

    Lire la suite

  • Mort naturelle et sagesse indienne

    jharrison3.jpgRetour en terre
    Jim Harrison

    traduit de l’anglais par Brice Matthieussent
    Christian Bourgois, 2008

     

    (par Nicolas Cavaillès)


    Tel Tolstoï pour La Mort d’Ivan Ilitch, il a fallu à Jim Harrison une certaine maturité (une bonne dizaine de très bons romans) pour approcher le thème de la mort et s’aventurer dans ces contrées éprouvantes, insupportables si l’on se garde de sombrer dans le mélo-dramatique. Son dernier ouvrage, Retour en terre, s’inscrit d’emblée sur le fil de cette corde raide, précisément pour raconter les déboires d’une famille confrontée à la mort précoce du pater, Donald, métis Indien-Finnois atteint d’une sclérose en plaques : comment mourir, comment vivre avec un mourant, comment survivre à un mort – il faut une certaine expérience à la fois de la vie et de la littérature pour servir en romancier cette manne universelle et délicate, souvent traitée, très souvent maltraitée. Puisant dans la spiritualité indienne, et armé comme toujours de son extraordinaire verve truculente et humaniste, Jim Harrison traverse avec justesse et sensibilité la forêt sombre et sauvage de la mort et du deuil, poursuivant par ailleurs l’immense fresque de l’Amérique dont son œuvre chante les drames distendus et les menus répits.

    Lire la suite

  • Tu seras notable, mon fils

    tstorm3.jpgLe fils du marin (Hans et Heinz Kirch)

    Theodor Storm

    Traduit de l’allemand par Roland Fuentès

    Syros, collection « Les uns les autres », 2007

    Dès 14 ans

     

    (par Myriam Gallot)

      

    En mer baltique, Hans Kirch a travaillé très dur pour réussir à devenir propriétaire de son navire et à s’enrichir grâce au commerce et à la navigation. C’est tout naturellement qu’il ambitionne pour son fils unique, Heinz, de développer l’affaire familiale et de se hisser aux plus hautes fonctions politiques locales, consécration d’une ascension sociale sur plusieurs générations. Comme beaucoup de parents, il envisage l’existence de son fils comme la continuation de sa propre existence et fonde de grands espoirs en son rejeton. Tel est le point de départ de ce roman dense et poignant, un classique de la littérature allemande du XIXème siècle qui paraît dans une nouvelle traduction française.

    Lire la suite

  • Petite mort contre moment de vie intense

    dsegalen3.jpgAu poisson qui fume
    Dominique Segalen

    Ed. Luce Wilquin, 2007

     

    (par Caroline Scandale)

     

    Louise Anne, petit garçon castré, intègre très tôt sa différence. Considérée par ses parents comme un objet rebutant, elle intériorise le fait d’être « un vilain bouton de fièvre sur le visage familial. » Elle pousse tordue, bancale, envers et contre tout. Systématiquement rejetée par ceux qui devraient l’aimer par-dessus tout, elle se construit une image d’elle-même dévalorisée. Elle est le « déshonneur familial et [la] monstruosité perverse. » Dans ce désert affectif, elle bénéficie heureusement du froid soutien muet des cadavres de sa maison de croques-morts.

    Lire la suite

  • Et nous luttons ainsi

    zelda.jpgZelda
    Jacques Tournier

    Grasset 2008

     

    (par J. Chesnel)

     

    Et nous luttons ainsi... barques à contre-courant, renvoyés sans fin au passé

     Cette dernière phrase de Gatsby le Magnifique (paru en 1925) est celle que Scottie, fille unique de Francis Scott Fitzgerald et de Zelda, née Sayre, fit graver sur la pierre tombale de ses parents dans le cimetière de Rockville dans le Maryland. Cette formule lapidaire résume parfaitement la vie mouvementée et l’amour passionné de ces deux êtres aux destins exceptionnels qui formèrent un couple depuis longtemps mythique. Il était temps, me semble-t-il, de remettre leur histoire et les faits à leur vraie place par rapport à ce qu’on a pu dire ou lire depuis tant d‘années, c’est-à-dire tout et bien trop souvent n’importe quoi. Jacques Tournier, écrivain rare, romancier (Zelda est son douzième ouvrage) et traducteur incontesté (Tendre est la nuit, Belfond 1985, Gatsby le Magnifique, Grasset 2007, ainsi qu’une cinquantaine de nouvelles dont La vente aux enchères pour Omnibus en 1998), éminent spécialiste des Fitzgerald et de Flannery O’Connor, plutôt que mêler réalité et fiction - ce qui fit la bonne affaire d’un auteur couronné par un prix littéraire que je n’ai pas voulu lire - a essentiellement travaillé à partir de la correspondance de quelques cinq cents lettres de Scott et Zelda ainsi que sur les incontestables biographies que sont Zelda Sayre de Nancy Wilson, (Stock 1973), Some sort of grandeur de Matthew Bruccoli (Vertiges 1985) et l’album Zelda publié par Eleanor Lanahan, sa petite-fille. De plus, Jacques Tournier eut de longs entretiens avec Scottie à Paris en 1986.

    Lire la suite