28.06.2008

Le syndrome adolescent

godzilla3.jpgLe syndrome Godzilla
Fabrice Colin

collection Les Mues, Intervista

 

(par B. Longre)

 

Entre France et Japon, Fabrice Colin nous invite à entrer dans le monde intérieur d’un adolescent qui rêve de métamorphose, un univers narratif composé de séquences relativement brèves, parfois morcelées, qui empruntent de temps à autre au style cinématographique. Le garçon rêve d’une transformation radicale qui lui permettrait de donner un sens à sa vie, de se trouver, et peut-être de surmonter la disparition d’une mère dont on ne saura pas grand-chose, hormis qu’elle se serait suicidée, une perte qui a marqué l’enfance. La mère, justement, présence qui dit rarement son nom mais qui plane dans l’esprit du narrateur - solitaire de son plein gré, nomade par le métier de son père.

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24.06.2008

« Le bonheur c’est simple comme une lobotomie »

carazina3.jpgHeureux les simples d’esprit

Cara Zina

Robert Laffont, 2008

 

(Par Caroline Scandale)

 

 

C’est l’histoire d’une résistance à la crétinerie établie, l’immersion réaliste dans le monde glauque des squats puis dans le quotidien funky d’une institutrice de province. Le roman s’inspire de la vie de son auteure Cara Zina mais son héroïne est encore plus radicale qu’elle. Cette autofiction est aussi rythmée et révoltée que les textes punk’n’rap écrits il y a presque vingt ans avec son amie Virginie Despentes au sein des Straight Royeur.

Elles se rencontrent en colo. « Quand elle était petite, la grande n’était pas encore Virginie Despentes, mais c’était déjà quelqu’un, une forte tête, à la voix grave et railleuse et à la carrure rassurante, une énergie encore en friche qui ne demandait qu’à sortir et que je ne demandais qu’à suivre. » A son contact elle devient punk et ensemble elles suivent les Beruriers Noirs à travers la France entière, en tapant la manche avec d’autres adeptes de la crête, rencontrés en route. Entre squats et back-stages de concerts, Cara et Virginie mettent leur rage au service de la lutte anti sexiste et anti raciste. Elles montent leur propre groupe et écrivent des textes énervés contre la prédominance blanche et mâle.

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17.06.2008

« Un manifeste [poétique] poivré » : « il faut [bien] loger fureur meurtrière quelque part »

tdimanche3.jpgD’où que la parole théâtre

Thierry Dimanche

Éditions de L’Hexagone, Montréal, 2007

(par Christophe Rubin)

Le poète québécois Thierry Dimanche poursuit le cycle de ses Encycliques désaxées, avec ce troisième recueil composé de cinq chapitres – ou mouvements musicaux, puisque chacun se voit attribuer un tempo, comme une partition. Si le premier, intitulé « Sur les ruines les plus fraîches » s’annonce furioso, c’est aussi parce qu’il énonce un projet qui tranche avec toute mièvrerie parfois attribuée à la parole poétique : il s’agit de libérer les identités possibles d’une voix qui surgit avec fougue et cruauté, en faisant déraper la syntaxe et en revendiquant une brutalité prosodique et imaginative.

« D’où que théâtre parole
il faut loger fureur meurtrière quelque part
brûler / dicter l’horrible et qui lacère la voix
(…) que syllabes accélèrent destruction de l’atone
ou neutralisent apathie dans une illusion utile
(…)
j’assassine la page minée par d’autres à satiété de mollesse »

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16.06.2008

Coin de campagne

hdassavray.jpgLes ruines de la future maison

Hélène Dassavray

A plus d’un titre, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Le titre le laisse bien entendre : il n’y aura jamais de vraie maison sur ce terrain provençal où poussent les broussailles et la vigne, et où s’est installée une tribu pittoresque et colorée. Jamais de maison, mais un «Campement » (cabane en bois, caravanes, tipi) pour abriter, tant bien que mal, une jeune femme (la narratrice), son compagnon « le Viking », ses enfants et leurs pères (le dit Viking, mais aussi Gainsb et L’Eclaireur qui font partie de la famille), sans compter les amis ou vagues connaissances de passage… Les ruines de la future maison raconte la vie parfois difficile, souvent surprenante, toujours indépendante dans ce coin de campagne, en marge (mais non loin) de la vie paysanne et villageoise. Fidèle jusqu’à un certain point à son parti pris de liberté absolue, la narratrice se retourne par photos interposées sur ce passé proche, n’inventant pas d’artificiels regrets mais ne cachant pas son émotion.

 

http://aplus1titre.nerim.net/editions.htm

13.06.2008

Une photo-reporter dans les camps de réfugiés

bienvenue à Goma.jpgBienvenue à Goma

Isabelle Collombat

Editions du Rouergue – collection doAdo monde, à partir de 14 ans, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

L’histoire se passe en 1994. Une très jeune fille s’embarque aux côtés d’une journaliste radio pour Goma, au Zaïre, où s’entassent les réfugiés rwandais réchappés du génocide. Elsa a tout juste 18 ans, elle rêve de devenir photographe-reporter. Elle découvre la pénible réalité du terrain et les difficultés du travail de journaliste dans un pays en guerre. Ce roman réaliste est d’inspiration autobiographique, puisque son auteur, fraîchement émoulue d’une école de journalisme, a travaillé pour une radio humanitaire au Zaïre en 1994. L’intérêt de son récit est principalement documentaire : Pourquoi quitte-t-on le confort occidental pour une des régions les plus dangereuses du monde ? Comment, pris en étau entre les demandes d’une rédaction versatile, friande de reportages lacrymaux, et la dangerosité de mener une enquête sérieuse et politiquement compromettante, un journaliste peut-il trouver sa place ? Comment photographier l’horreur avec un regard juste ? Comment créer des relations humaines dans de telles conditions ? La trame romanesque est certes un peu grossière, et le style sans relief, mais ce roman pourra séduire de jeunes lecteurs attirés par le journalisme et curieux de connaître certaines réalités du métier.

 

http://www.lerouergue.com

Au rendez-vous de la musique, de la poésie et du dessin

gbrassens3.jpgGeorges Brassens
de José Corréa

Nocturne BD, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Illustrateur, affichiste, portraitiste, José Corréa, un an après l’avoir fait pour Léo Ferré, consacre son fin talent d’aquarelliste à Georges Brassens ; et le rendez-vous vaut le coup.


Plus de vingt pages où, de l’enfance à la maturité, l’ami Georges apparaît sous toutes ses facettes : timide et malicieux, pensif et rieur, nostalgique et attentif, gouailleur et crispé, amical et bourru… Toujours lui, jamais le même, et il suffit d’une courbe de plus ou de moins, d’un trait d’ombre ou de lumière soigneusement placé pour faire apparaître les changements. Autour de lui, avec lui, ses parents, ses amis de l’impasse Florimont, la Jeanne et les autres, sa discrète compagne Püppchen, Pierre Nicolas à la contrebasse, Joël Favreau à la guitare, le jazz qui résonne en lui et dans ses mélodies, les poètes qui lui prêtent leurs mots ; et les repères qui jalonnent sa vie et sa personnalité : la plage de Sète, Paris, la moustache, la pipe, la guitare, un chat. Le scénario est beau, et beaux sont les portraits, avec lesquels dialoguent des extraits bien sentis de quelques chansons.

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12.06.2008

Rescapé du Rwanda

Innocent.jpgInnocent

Magali Turquin

Editions du Jasmin, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

Le Rwanda est apparemment un sujet littéraire porteur pour les écrivains français. Depuis le prix Médicis 2007 attribué à Jean Hatzfeld pour « La stratégie des antilopes », les récits-témoignages fleurissent. Les éditions du Jasmin publient ainsi le court roman de Magali Turquin, histoire à la première personne d’un rescapé tutsi du génocide. L’auteur cherche à se mettre à la place de celui qui a survécu à l’impossible et nous livre un monologue lyrique de souvenirs décousus et de douleur. Le sujet est inattaquable, et l’intention louable. C’est plutôt bien écrit, le style est limpide et simple, afin que chacun puisse se représenter l’indicible et entendre la voix des victimes. Et pourtant, l’ensemble donne une impression de déjà-vu assez décevante. A réserver à ceux qui n’ont encore rien lu sur le sujet.

 

http://www.editions-du-jasmin.com

11.06.2008

On y croit

ruines.jpgLes Ruines
Scott Smith
traduit de l’anglais par Arnaud Regnauld
M. Laffon, 2007 / Le Livre de Poche, 2008

 

(par B. Longre)

 

Six jeunes vacanciers au Mexique, un septième parti sur un site de fouilles archéologiques en pleine jungle, des Indiens peu hospitaliers et une colline couverte d’une végétation luxuriante, parsemée de belles fleurs rouges. Tout est posé pour que démarre un huis clos se déroulant sur quelques jours, fable tragique et morbide, susceptible de générer nombre d’angoisses (mais dont on taira la source…), certes éprouvante pour les nerfs du lecteur, mais terriblement efficace.

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Chroniques d’une Vieille Taupe - 3e épisode

tetu.jpgMonique la taupe vous invite à découvrir quelques albums...

 

(par Monique)

 

J’suis là, youhou !
Bon.
Mais quand même.

J’ai eu un moment d’absence, je sais. De désespoir. D’abandon aussi. Des trucs de vieille taupe. Je me posais des tas de questions, sur les bêtes, la vie sous Terre et l’aveuglement. Ben oui, je broyais du noir. Et quand je vois noir, c’est noir. La guerre, la mort de grand-papounet, la séparation, la peur au ventre lors de l’invasion des topinambours, tout ça a refait surface là-dessous, si je puis m’exprimer ainsi, et d’un coup.

Et puis hier, Bernard a dit le truc qu’il fallait pour que je remue :
- Monique, arrête de tirer une tête de cinq kilomètres, ou va t’enterrer ailleurs où j’y suis pas.

Bref. Il était temps de réagir. Je lui ai fichu un bon coup de patte dans le museau, et je suis montée. Tu devineras jamais sur quel livre je suis tombée, direct ! La cave aux oiseaux. Une histoire où justement, de sales bombes obligent les p’tits piou-piou à se terrer dans le noir en attendant que ça passe. J’ai eu la glotte qu’a joué des castagnotte-gnettes et les quenottes qu’ont eu la tremblette-blotte. C’était tout comme moi, ça, vindiou ! Heureusement, à la fin, dans cette histoire pas rigolote, il est question de liberté. Ouf ! Sauvée, Monique.

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09.06.2008

Mort naturelle et sagesse indienne

jharrison3.jpgRetour en terre
Jim Harrison

traduit de l’anglais par Brice Matthieussent
Christian Bourgois, 2008

 

(par Nicolas Cavaillès)


Tel Tolstoï pour La Mort d’Ivan Ilitch, il a fallu à Jim Harrison une certaine maturité (une bonne dizaine de très bons romans) pour approcher le thème de la mort et s’aventurer dans ces contrées éprouvantes, insupportables si l’on se garde de sombrer dans le mélo-dramatique. Son dernier ouvrage, Retour en terre, s’inscrit d’emblée sur le fil de cette corde raide, précisément pour raconter les déboires d’une famille confrontée à la mort précoce du pater, Donald, métis Indien-Finnois atteint d’une sclérose en plaques : comment mourir, comment vivre avec un mourant, comment survivre à un mort – il faut une certaine expérience à la fois de la vie et de la littérature pour servir en romancier cette manne universelle et délicate, souvent traitée, très souvent maltraitée. Puisant dans la spiritualité indienne, et armé comme toujours de son extraordinaire verve truculente et humaniste, Jim Harrison traverse avec justesse et sensibilité la forêt sombre et sauvage de la mort et du deuil, poursuivant par ailleurs l’immense fresque de l’Amérique dont son œuvre chante les drames distendus et les menus répits.

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