Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Petite mort contre moment de vie intense

dsegalen3.jpgAu poisson qui fume
Dominique Segalen

Ed. Luce Wilquin, 2007

 

(par Caroline Scandale)

 

Louise Anne, petit garçon castré, intègre très tôt sa différence. Considérée par ses parents comme un objet rebutant, elle intériorise le fait d’être « un vilain bouton de fièvre sur le visage familial. » Elle pousse tordue, bancale, envers et contre tout. Systématiquement rejetée par ceux qui devraient l’aimer par-dessus tout, elle se construit une image d’elle-même dévalorisée. Elle est le « déshonneur familial et [la] monstruosité perverse. » Dans ce désert affectif, elle bénéficie heureusement du froid soutien muet des cadavres de sa maison de croques-morts.

Pas étonnant qu’à vingt-deux ans, elle quitte sa charmante famille sans un regret et parte au gré d’un doigt pointé sur une carte, les yeux fermés. C’est ainsi qu’elle atterrit au cœur du Red Light District, quartier chaud d’Amsterdam. Elle se trouve une nouvelle famille de cœur, celle des prostituées de la maison close « Au poisson qui fume ». La patronne, Lemoncello, maîtresse femme, la prend sous son aile maternelle et lui donne ce qu’elle n’a jamais eu. Car au fond, Louise Anne « n’a manqué de rien si ce n’est de l’essentiel, ce petit plus qui fait la différence entre un élevage de lapins à cuire et une vraie famille : l’amour. » Au contact de ses grandes sœurs extravagantes et généreuses, elle entame sa chrysalide… et l’étrange papillon de nuit se transforme en Louisiane.

 

Mais dans la maison close, elle n’est pas seule à tenter de démêler les nœuds de l’existence. Un autre être entame sa mue, il s’appelle Luc. L’homme objet est séquestré dans le peep-show inutilisé, pour le seul plaisir des filles de joie. Il est si beau que Louisiane, vilain petit canard, ne peut s’exposer à son regard. Commence alors entre elle, cachée derrière une vitre sans tain et le prisonnier, un dialogue introspectif. Luc retourne à l’état fœtal, nu et recroquevillé sur lui-même, sans moyen d’échapper à sa conscience. Il revit symboliquement la vie anténatale au creux du ventre de la mère. Ce ventre qu’il partagea jadis avec son jumeau à qui il n’avait jamais su dire de son vivant autre chose que « sale pédé ». Le temps passe… Il est libéré tandis que Louisiane va très mal. L’un pourra-t-il sauver l’autre ? Une réconciliation gémellaire post mortem s’esquisse sur fond de transgression des genres, le tout saupoudré d’amour… Ce roman pour le moins original traite d’un sujet rarement évoqué et néanmoins fort intéressant. D’une écriture fluide et alerte « Au poisson qui fume » se laisse lire plaisamment.

 

 

http://www.wilquin.com/nouveautes

Les commentaires sont fermés.