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31/05/2008

L’orgueil des Roca

vgheorghiu3.jpgLes noirs chevaux des Carpates
C. Virgil Gheorghiu
Traduit du roumain par Livia Lamoure. Préface de Thierry Gillyboeuf
Editions du Rocher, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Ce que l’on connaît de l’œuvre de Virgil Gheorghiu, c’est en général La vingt-cinquième heure, et rien de plus. Sa production est pourtant beaucoup plus abondante que ce qu’il n’y paraît, et il ne faudrait pas oublier, par exemple, L’homme qui voyagea seul ou Les immortels d’Agapia qui, quelque jugement que l’on porte sur certaines positions équivoques de l’homme Gheorghiu, sont à considérer comme des ouvrages majeurs, avec, bien sûr, celui dont il est question ici. Les noirs chevaux des Carpates est paru en 1961 sous le titre La Maison de Petrodava. Cette réédition, assortie d’un changement de titre adapté à la collection (« Cheval Chevaux »), est évidemment une preuve de plus que Gheorghiu mérite réhabilitation. Pas uniquement pour les sujets qu’il aborde, pas tellement pour les racines personnelles et collectives qu’il extirpe d’un oubli plus ou moins justifié, mais surtout pour la manière dont il sait transformer une chronique en roman, un roman en épopée.

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25/05/2008

Photoroman

portillo.jpgEt que la nuit glisse sur le bleu de ta jupe

Chantal Portillo et Hally Pancer (photographies)

T. Magnier, collection photoroman, 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

« Une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s’aventure alors dans l’écriture d’un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer » : tel est le point de départ de la jolie collection carrée « photoroman ». Les personnages inventés par Chantal Portillo glissent comme la nuit sur le bleu de la jupe de Bleuet, une jeune prostituée muette installée dans un village, et qui présente la particularité de faire la chose debout. Tous ressemblent plus à des esquisses qu’à de véritables personnages, jusqu’au mystérieux Tim, revenu de ses frasques à la capitale pour se régénérer, et qui réussira enfin, à faire coucher Bleuet. L’auteur a cherché à créer une atmosphère proche de celle du photographe, plus qu’à rebondir sur le potentiel narratif des images, avec lesquelles elle prend une grande liberté. L’intégration des photos dans le récit n’est pas totalement convaincante, et la contrainte se transforme un peu en artifice, laissant une impression d’inachevé à ce petit roman, pourtant pas dénué d’un certain charme.

20/05/2008

Roman policier post-moderne ou critique littéraire expérimentale ?

pbayard3.jpgL’affaire du chien des Baskerville

Pierre Bayard

Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », 2008

 

(par Christophe Rubin)

  

Pierre Bayard est professeur de littérature et psychanalyste. Dans ses derniers livres, il tente d’approfondir notre compréhension du texte littéraire en partant de paradoxes apparemment peu sérieux, pour révéler des propriétés textuelles intéressantes, voire profondes. C’est ainsi que son précédent ouvrage, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, a fait beaucoup parler de lui. Auparavant, il avait commencé un cycle d’enquêtes relevant d’une forme de «critique policière », avec Qui a tué Roger Ackroyd et Enquête sur Hamlet, cycle qu’il poursuit aujourd’hui avec L’affaire du Chien des Baskerville, incluant pour ses nouveaux lecteurs un rappel des principes et de la genèse de sa méthode – qui pose de nouveau à sa façon la question des Limites de l’interprétation ou au contraire de L’œuvre ouverte, comme dirait Umberto Eco, qui s’est d’ailleurs lui-même approché du genre policier dans certains de ses romans.

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17/05/2008

Beatlemania

attal.jpgLes Beatles / Le rouge et le bleu
Jérôme Attal
Le mot et le reste, 2008

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Jérôme Attal, jeune auteur, compositeur et chanteur parisien, a découvert les Beatles « d’un bloc, dans la boulimie maladroite de deux albums de compilation » que sa tante lui a offerts l’un après l’autre : Rouge et Bleu. Alors s’est nouée une relation privilégiée entre l’auteur et le groupe d’une génération antérieure, certes, mais dont la musique suscite en lui « un monde à la fois magique et protecteur ».
C’est de cette relation que ce petit livre fait part, dans une suite particulièrement adéquate de textes brefs et divers : souvenirs, récits, poèmes, variations sur des thèmes (la chanson bien sûr, l’amour, l’amitié, la littérature même – Dostoïevski, Tolstoï, Stendhal). Il ne s’agit pas seulement de nostalgie, mais d’une vraie tentative pour comprendre « comment les chansons des Beatles infusent dans l’existence » et pour saisir par les mots les mystères de leur musique.

 

http://atheles.org/lemotetlereste/

16/05/2008

La chambre où finit l’enfance…

cbredesable3.jpgLa chambre de sable

de Joëlle Wintrebert

Editions Glyphe, 2008

 

(Par Caroline Scandale)

 

Marie, douce rêveuse surdouée de 11 ans, aspire à transcender la grisaille du quotidien en laissant divaguer son âme hors d’elle-même. Sa mère, qu’elle donnerait volontiers en pâture à un dragon familier, ne l’entend pas ainsi. Comme « mystérieusement avertie » chaque fois que sa fille est heureuse, elle n’a de cesse de venir briser ses instants d’échappée belle… Marie rêve d’échanger cette mère si grise contre son amie Nana, flamboyante artiste épicurienne, éprise de liberté, pleine de vie et d’envies.

Plutôt cérébrale et solitaire, l’enfant fuit la compagnie des autres adolescents, portés bien plus qu’elle sur la découverte de la sensualité. Elle refuse toute concession et reste libre de ne faire absolument que ce qu’elle entend, au gré de ses passions du moment. Et cet été, Marie ne trouve rien de mieux que de se livrer à son passe temps favori, filer son nouveau voisin, un vieux monsieur énigmatique qui la fascine.

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13/05/2008

Savourer sa vie

jtiano3.jpgL’enchanteur et illustrissime gâteau café-café d’Irina Sasson

Joëlle Tiano

Intervista, collection Les mues, 2007

 

(par Myriam Gallot)

  

« Pour un gâteau de huit convives compter trois paquets de Thé Brun, 125 grammes de beurre fin, de Normandie de préférence, sept cuillères à bouche de sucre en poudre et un sachet de sucre vanillé ou une pointe à couteau des graines d’une gousse fendue en deux… »

 

Ainsi commence la recette aux contours de laquelle s’écrit la destinée d’Irina Sasson, la clé de voûte d’une existence et d’un roman au ton aussi enchanteur – à défaut d’être illustrissime - que le mythique gâteau café-café. Entre la pâtisserie et la vie, pas de frontière car c’est parfois en cuisine que se dessinent les arcanes d’une psyché féminine, à l’écart des bruits du vaste monde. Les mots de la recette, désuets et envoûtants comme le gâteau d’Irina, récités dans toutes les langues de son histoire, rythment sa mémoire comme une litanie et la bercent au crépuscule de sa vie.

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12/05/2008

Un langage et plus encore

imagesamimots3.jpgImages à mi-mot
Pierre Fresnault-Deruelle

Les Impressions nouvelles, 2008

                            

(par Jean-Pierre Longre)

 

Comme toute création, la bande dessinée et le dessin d’humour cachent et dévoilent, dans un mouvement de va-et-vient entre expression et impression, entre image et verbe. D’emblée la question s’impose : « Dessine-t-on pour raconter ou l’inverse ? ». Pierre Fresnault-Deruelle, éminent spécialiste (voir ses nombreux ouvrages sur la bande dessinée, la peinture, l’image, Hergé…), y répond d’une manière subtile en suivant ses propres préceptes : « Lire une image n’est pas la « décortiquer », c’est, sans la détourner de sa fonction, permettre à l’œil de faire jouer aussi le système qui la sous-tend » et, à partir de là, « accompagner les images d’un double langage ».

Sans pédantisme mais avec précision, l’auteur articule son propos autour de deux types de formes, les « formes longues » (bandes dessinées) et les « formes courtes » (dessins d’humour »). Et toujours, de l’introduction à la conclusion incluses, ce propos s’appuie sur des exemples concrets, accessibles à tous, analysés soit dans le détail d’une planche ou d’une vignette, soit dans la continuité d’un album.

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10/05/2008

Plus légers que l’air

maupassant3.jpgEn l’air et autres chroniques d’altitude
Guy de Maupassant
Editions du sonneur, 2008

(par Myriam Gallot)

Les sympathiques éditions du sonneur proposent trois belles chroniques littéraires sur le vol en dirigeable, signées Maupassant, parues dans Le Figaro en 1887. L’écrivain a embarqué deux fois à bord de ces géants tour à tour placides et nerveux. En lisant ses articles, on comprend que se promener dans les airs n’était pas sans risque, vu dans quelles conditions étaient gérés la direction, l’altitude, puis – plus artisanal et folklorique encore – l’atterrissage.

Conscient d’être privilégié, Maupassant nous fait voyager avec lui sur l’aérostat, « De Paris à Heyst » (deuxième chronique). Cet étonnant reportage est cinématographique avant l’heure, tant il nous donne à voir et à imaginer. Croquée de là-haut, Paris devient « une plaque sombre, bleuâtre, hachée par les rues, et d’où s’élancent de place en place, des dômes, des tours, des flèches ».

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04/05/2008

Les deux sœurs

avisdei3.jpgL’exil d’Alexandra
Anca Visdei

Actes Sud, 2008

(par Jean-Pierre Longre)

 

"Toujours ensemble", la devise des deux sœurs Popesco, est aussi le titre d’une pièce qui, depuis quelques années, est jouée dans plusieurs pays, parfois sous le titre de Puck en Roumanie. Le succès d’Anca Visdei, longuement mûri et largement justifié, est d’abord celui de son abondante œuvre théâtrale.

 

On ne s’étonnera donc pas de voir dans L’exil d’Alexandra, roman épistolaire, une sorte de mise en récit d’un dialogue aux accents dramaturgiques entre Alexandra et Ioana : la première a fui la dictature, la seconde, restée avec leur mère et leur grand-mère, tente tant bien que mal de se débrouiller dans le vide étouffant du règne de Ceausescu. Leur échange de lettres, sur une période de plus de 15 ans (avec une longue interruption) dit la tendresse, les anecdotes, les difficultés, les rancoeurs, les jalousies, l’amour de deux êtres qui voudraient ne rien se cacher, mais qui ne peuvent s’exprimer qu’à mots voilés : « Tante Prudence », l’odieuse et imbécile censure, veille, mais aussi, parfois, s’interposent les pudeurs et les remords… Cet échange dit aussi les métamorphoses de soi, ou plutôt du monde (« Je ne change pas. C’est la vie autour de moi qui change. Si on ne se durcit pas, on ne survit pas. Et c’est notre âge qui a changé »), la liberté retrouvée (« Dans mes rêves les plus fous, je n’espérais pas vivre ça »), mais la liberté trahie par une apparence de révolution, les faux-semblants politiques et les déceptions culturelles.

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