29.04.2008
Enorme
Le gâteau mexicain
Antonin Varenne
Editions Toute latitude, 2008
(par Myriam Gallot)
Voici un polar énorme. Un flic obèse et pétomane, des prostituées paumées, un manouche philosophe, rassemblés dans une intrigue retorse, pour ne pas dire franchement farfelue. Entre pseudo-réalisme se plaisant dans l’abject et grosse blague façon canular, cette histoire brillante et labyrinthique balance – et apparemment l’auteur s’en balance, à en juger par le récit qui encadre le polar. Si on est charmé au début par les personnages hauts en couleur et quelques belles trouvailles d’écriture (Antonin Varenne possède incontestablement un style bien à lui), le rythme effréné parvient de moins en moins à cacher la vacuité de ce divertissement compliqué et de ses rebondissements au forceps aussi peu crédibles les uns que les autres. Les amateurs de fantaisie débridée apprécieront sûrement, ceux qui recherchent du sens et de la profondeur auront plus de mal à trouver leur bonheur dans cette démonstration de bravoure.
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28.04.2008
Bernard Vargaftig, poète
Dans les jardins de mon père (DVD)
Valérie Minetto et Cécile Vargaftig
L’aveu même d’être là (Le livre du film)
Textes de Bernard Vargaftig
Au diable Vauvert, 2008
(par Myriam Gallot)
Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un père poète. Valérie Vargaftig fait partie de ce happy few. Elle nous conte ce père, si singulier, dans un film biographique fait de tendresse et douceur, de patience et beauté : « Dans les jardins de mon père ».
L’histoire de Bernard Vargaftig est celle de son siècle, une famille d’immigrés juifs ukrainiens pris dans la guerre, l’exode, la fuite, puis acculés à la clandestinité autour de Limoges. Cécile retourne avec son père sur les lieux d’enfance, la matrice imaginaire du poète et lui demande de raconter le passé, le présent, et surtout la poésie qui fait le lien.
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27.04.2008
Fausse rumeur
L’Enlèvement de Bill Clinton
de Cyrille Martinez
Les 400 coups, 2008
(par Anne-Marie Mercier)
Le titre trompe quelque peu : il ne sera que très peu question de Bill Clinton. Mais cette histoire, fausse rumeur d’un enlèvement du président américain à Sarajevo (qui fait écho par coïncidence au mensonge qui vient de faire déraper son épouse dans son ascension vers la présidence des États-Unis), est un événement qui a marqué durant le siège de la ville.
Tout le « roman » est orienté par l’idée de la perte des repères dans ce temps de guerre : le temps, l’espace, les liens entre les êtres, le rapport à soi, tout est brouillé. Cyrille Martinez propose ici un texte qui est plus un long poème en prose qu’un récit, tentant de reconstruire l’expérience d’un autre, un certain Nedim Hrbat, qui lui a raconté tout cela, la cigarette de marque Prina qui se consume, les feuilles de thé qui infusent, et puis a disparu.
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26.04.2008
Mythique Cartouche
Cartouche, histoire d’un brigand dans l’histoire
Michel Ellenberger
La Bibliothèque, 2007
(par Anne-Marie Mercier)
Le livre se lit en deux temps, l’histoire du fameux bandit qui écuma Paris sous la Régence et mourut exécuté en 1721, puis l’histoire du mythe de Cartouche.
L’histoire du mythe est passionnante. Elle s’appuie sur de nombreux textes, rares et peu connus en dehors du cercle des spécialistes, mais aussi sur des objets, des images, contemporaines ou modernes. On suit aussi la fabrication du mythe dans le roman et au théâtre : Cartouche serait le premier homme du commun à avoir été représenté sur les planches en France, de son vivant et sous son nom. L’histoire de l’homme est intéressante, même si on sait peu de choses en dehors du procès et de l’exécution. L’auteur a donc eu recours à de nombreuses suppositions pour remplir les vides. Il a cédé parfois à la tentation du roman, pas toujours de façon heureuse, surtout dans les premières pages. Mais la gêne qu’on peut en ressentir disparaît très vite par la suite, tant les modes de vies du peuple de Paris, ou les pratiques de la justice, de la police et des brigands eux–mêmes sont détaillées et donnent corps à cette histoire.
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25.04.2008
Inquiétante étrangeté
Extraterrestres, mode d’emploi
Jérôme Boivin
Syros (collection les uns les autres), 2008, à partir de 12 ans
(par Myriam Gallot)
L’histoire part d’une idée peu banale : un jeune adolescent, Zacharie, soupçonne ses parents, naturistes adeptes de la bio-attitude, d’être des extraterrestres. Cette inquiétante étrangeté le pousse à mener une enquête, afin d’en avoir le cœur net. Pourtant, très vite, le récit donne une impression d’inconsistance et ne se révèle pas aussi captivant qu’il le laissait supposer au premier abord. On a du mal à croire à ces personnages trop caricaturaux, allant du motard tatoué au jeune homosexuel qui se fait appeler « Suzanne ». On a du mal à croire que Zacharie continue à se persuader de l’appartenance de ses parents à une race extraterrestre au fil des mois. Ce fil rouge, rigolo au départ, s’effiloche vite, et semble délivrer une morale somme toutes très convenue (savoir apprécier l’originalité, et ne pas croire que c’est toujours mieux chez les autres). L’auteur pédale dans l’encrier pour essayer de faire tenir l’ensemble, et qui n’est sauvé que par quelques pointes d’humour.
22:07 Publié dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman jeunesse, francophone, jérôme boivin, syros, myriam gallot
23.04.2008
Jane en détective
Jane Austen et l’héritage du comte
Stéphanie Barron
traduit (USA) par Patricia Christian
Le Masque (labyrinthes), 2008.
(par Anne-Marie Mercier)
Huitième volume traduit d’une série d’aventures policières dont l’héroïne est Jane Austen, ce titre a les charmes de son contexte : manoirs, chaumières, domestiques et Lords, jeunes femmes célibataires, campagne anglaise délicieuse et parfois inquiétante, intrigues sentimentales où l’argent n’est jamais bien loin.
Du côté du policier, c’est moins réussi : des invraisemblances, des complications inutiles, des personnages tout d’une pièce (ceci n’étant pas antinomique avec le genre). Mais c’est une bonne lecture de vacance pour ceux qui trouvent que Jane Austen aurait dû écrire plus de livres et sont prêts à tout pour la retrouver.
01:38 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : étranger, jane austen, stéphanie barron, policier, le masque, anne-marie mercier
22.04.2008
Des auteurs libres, des lecteurs libres
Les retourneurs d’idées
Revue Brèves n°84, janvier 2008
L'Atelier du Gué, revue trimestrielle
(par B. Longre)
"Un livre n'est pas un évangile à prendre en entier ou à laisser. Il est une suggestion, une proposition - rien de plus. C'est à nous de réfléchir, de voir ce qu'il contient de bon et à rejeter ce que nous y trouverons d'erroné." (Kropotkine, 1909)
Les livres relatant, commentant, louant, commémorant (etc.) Mai 68 pullulent dans les librairies (et pas seulement libertaires) et puisqu’on se trouve en plein revival rebelle, parlons aussi du numéro 84 de la revue Brèves (créée en 1976 par Martine et Daniel Delort - « doyenne des revues de nouvelles », comme l’écrit René Godenne dans La nouvelle de A à Z – éditions Rhubarbe), consacré aux « retourneurs d’idées » : les écrivains anarchistes de la fin du XIXe siècle. L’anarchie, un « mouvement qui va le mieux permettre aux écrivains de concilier engagement et liberté » (nous dit Caroline Granier dans sa lumineuse introduction), très loin de toute idéologie figée, du dogmatisme et de la langue de bois des politiciens (de droite ou de gauche), et les amener à transmettre et à s’engager par le biais de leurs écrits, prenant conscience du rôle « social » de l’écrivain mais aussi de son indépendance, vis-à-vis des pouvoirs en place ou de leurs pairs.
23:35 Publié dans Nouvelles, Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : brèves, revue, atelier du gué, anarchie, blandine longre
21.04.2008
Récits brefs
Le petit chat de neige
de Michel Host
Rhubarbe, 2007
(par Jean-Pierre Longre)
Entre l’histoire d’un rat récalcitrant et celle d’un chat réconfortant, une bonne cinquantaine de textes brefs (une page, parfois un peu plus, parfois un peu moins) explorent l’humanité d’aujourd’hui, mettant généralement en valeur les côtés absurdes, dérisoires, excessifs, aberrants des êtres qui la composent. Les récits denses, incisifs, parfois déroutants, parfois réjouissants, le plus souvent déstabilisants ici concoctés par un écrivain maître en la matière (Prix Goncourt 1986, rappelons-le) touchent à tous les comportements individuels (ou collectifs) avec un humour dont la lucide et délicieuse cruauté n’échappera à aucune de ses victimes.
01:35 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michel host, francophone, rhubarbe, jean-pierre longre
17.04.2008
A la grecque
Va te marrer chez les Grecs
Recueil de blagues grecques anciennes
Mille et une Nuits, 2008
(par Jean-Pierre Longre)
Les potaches qui planchent sur les textes antiques ne se doutent pas forcément que les auteurs qu’ils traduisent parfois en rechignant pouvaient être de joyeux drilles, et que ce n’est pas d’aujourd’hui que le rire est le propre de l’homme, quel qu’il soit.
01:57 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blagues, mille et une nuits, grèce, jean-pierre longre
15.04.2008
Diversité des cultures, unicité de la langue
La francophonie au féminin
Elena-Brandusa Steiciuc
Universitas XXI, Iasi, 2008
(par Jean-Pierre Longre)
A Suceava, capitale de la Bucovine, cette belle région de l’extrême nord roumain, l’Université abrite un département de français particulièrement dynamique ; revues francophones (La Lettre R, Atelier de Traduction), colloques, tables rondes et rencontres diverses sont à mettre à l’actif d’un petit groupe d’enseignantes qui non seulement défendent la tradition francophone de la Roumanie, mais illustrent et renouvellent la connaissance de la littérature mondiale de langue française.
A la tête de cette équipe, Elena-Brandusa Steiciuc poursuit avec La francophonie au féminin une exploration de ce domaine déjà entamée dans plusieurs ouvrages antérieurs, dont Panorama des littératures francophones. Roman (2001) et Horizons et identités francophones (2006). Ici, l’étude tourne autour d’un double axe : l’écriture féminine (comme l’indique le titre) et la « situation bilingue » avec le français en tant que langue d’élection. Ainsi, comme le signale Liliana Ramorosoa dans l’avant-propos, se construit « la parfaite harmonie des points de vue et des voix de la « francophonie au féminin » et mieux encore, celle de la vision du monde qu’elle met en partage ».
00:23 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, essai littéraire, elena-brandusa steiciuc, roumanie, jean-pierre longre, littérature féminine




































