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  • Enorme

    varenne.jpgLe gâteau mexicain

    Antonin Varenne

    Editions Toute latitude, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Voici un polar énorme. Un flic obèse et pétomane, des prostituées paumées, un manouche philosophe, rassemblés dans une intrigue retorse, pour ne pas dire franchement farfelue. Entre pseudo-réalisme se plaisant dans l’abject et grosse blague façon canular, cette histoire brillante et labyrinthique balance – et apparemment l’auteur s’en balance, à en juger par le récit qui encadre le polar. Si on est charmé au début par les personnages hauts en couleur et quelques belles trouvailles d’écriture (Antonin Varenne possède incontestablement un style bien à lui), le rythme effréné parvient de moins en moins à cacher la vacuité de ce divertissement compliqué et de ses rebondissements au forceps aussi peu crédibles les uns que les autres. Les amateurs de fantaisie débridée apprécieront sûrement, ceux qui recherchent du sens et de la profondeur auront plus de mal à trouver leur bonheur dans cette démonstration de bravoure.

  • Bernard Vargaftig, poète

    jardins père.gifDans les jardins de mon père (DVD)
    Valérie Minetto et Cécile Vargaftig
    L’aveu même d’être là (Le livre du film)
    Textes de Bernard Vargaftig
    Au diable Vauvert, 2008

    (par Myriam Gallot)

    Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un père poète. Valérie Vargaftig fait partie de ce happy few. Elle nous conte ce père, si singulier, dans un film biographique fait de tendresse et douceur, de patience et beauté : « Dans les jardins de mon père ».

    L’histoire de Bernard Vargaftig est celle de son siècle, une famille d’immigrés juifs ukrainiens pris dans la guerre, l’exode, la fuite, puis acculés à la clandestinité autour de Limoges. Cécile retourne avec son père sur les lieux d’enfance, la matrice imaginaire du poète et lui demande de raconter le passé, le présent, et surtout la poésie qui fait le lien.

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  • Fausse rumeur

    bclinton.jpgL’Enlèvement de Bill Clinton

    de Cyrille Martinez

    Les 400 coups, 2008

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Le titre trompe quelque peu : il ne sera que très peu question de Bill Clinton. Mais cette histoire, fausse rumeur d’un enlèvement du président américain à Sarajevo (qui fait écho par coïncidence au mensonge qui vient de faire déraper son épouse dans son ascension vers la présidence des États-Unis), est un événement qui a marqué durant le siège de la ville.


    Tout le « roman » est orienté par l’idée de la perte des repères dans ce temps de guerre : le temps, l’espace, les liens entre les êtres, le rapport à soi, tout est brouillé. Cyrille Martinez propose ici un texte qui est plus un long poème en prose qu’un récit, tentant de reconstruire l’expérience d’un autre, un certain Nedim Hrbat, qui lui a raconté tout cela, la cigarette de marque Prina qui se consume, les feuilles de thé qui infusent, et puis a disparu.

  • Mythique Cartouche

    cartouche.jpgCartouche, histoire d’un brigand dans l’histoire
    Michel Ellenberger
    La Bibliothèque, 2007

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Le livre se lit en deux temps, l’histoire du fameux bandit qui écuma Paris sous la Régence et mourut exécuté en 1721, puis l’histoire du mythe de Cartouche.
    L’histoire du mythe est passionnante. Elle s’appuie sur de nombreux textes, rares et peu connus en dehors du cercle des spécialistes, mais aussi sur des objets, des images, contemporaines ou modernes. On suit aussi la fabrication du mythe dans le roman et au théâtre : Cartouche serait le premier homme du commun à avoir été représenté sur les planches en France, de son vivant et sous son nom. L’histoire de l’homme est intéressante, même si on sait peu de choses en dehors du procès et de l’exécution. L’auteur a donc eu recours à de nombreuses suppositions pour remplir les vides. Il a cédé parfois à la tentation du roman, pas toujours de façon heureuse, surtout dans les premières pages. Mais la gêne qu’on peut en ressentir disparaît très vite par la suite, tant les modes de vies du peuple de Paris, ou les pratiques de la justice, de la police et des brigands eux–mêmes sont détaillées et donnent corps à cette histoire.

                                                                                           

    www.lekti-ecriture.com/editeurs/-La-bibliotheque-.html

  • Inquiétante étrangeté

    extraterrestres mode d'emploi.gifExtraterrestres, mode d’emploi

    Jérôme Boivin

    Syros (collection les uns les autres), 2008, à partir de 12 ans

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’histoire part d’une idée peu banale : un jeune adolescent, Zacharie, soupçonne ses parents, naturistes adeptes de la bio-attitude, d’être des extraterrestres. Cette inquiétante étrangeté le pousse à mener une enquête, afin d’en avoir le cœur net. Pourtant, très vite, le récit donne une impression d’inconsistance et ne se révèle pas aussi captivant qu’il le laissait supposer au premier abord. On a du mal à croire à ces personnages trop caricaturaux, allant du motard tatoué au jeune homosexuel qui se fait appeler « Suzanne ». On a du mal à croire que Zacharie continue à se persuader de l’appartenance de ses parents à une race extraterrestre au fil des mois. Ce fil rouge, rigolo au départ, s’effiloche vite, et semble délivrer une morale somme toutes très convenue (savoir apprécier l’originalité, et ne pas croire que c’est toujours mieux chez les autres). L’auteur pédale dans l’encrier pour essayer de faire tenir l’ensemble, et qui n’est sauvé que par quelques pointes d’humour.

     

    www.syros.com 

  • Jane en détective

    barron.jpgJane Austen et l’héritage du comte
    Stéphanie Barron

    traduit (USA) par Patricia Christian
    Le Masque (labyrinthes), 2008.

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Huitième volume traduit d’une série d’aventures policières dont l’héroïne est Jane Austen, ce titre a les charmes de son contexte : manoirs, chaumières, domestiques et Lords, jeunes femmes célibataires, campagne anglaise délicieuse et parfois inquiétante, intrigues sentimentales où l’argent n’est jamais bien loin.
    Du côté du policier, c’est moins réussi : des invraisemblances, des complications inutiles, des personnages tout d’une pièce (ceci n’étant pas antinomique avec le genre). Mais c’est une bonne lecture de vacance pour ceux qui trouvent que Jane Austen aurait dû écrire plus de livres et sont prêts à tout pour la retrouver.

  • Des auteurs libres, des lecteurs libres

    breves0120083.jpgLes retourneurs d’idées
    Revue Brèves n°84, janvier 2008
    L'Atelier du Gué, revue trimestrielle 

     

    (par B. Longre)

     

    "Un livre n'est pas un évangile à prendre en entier ou à laisser. Il est une suggestion, une proposition - rien de plus. C'est à nous de réfléchir, de voir ce qu'il contient de bon et à rejeter ce que nous y trouverons d'erroné." (Kropotkine, 1909)

     

    Les livres relatant, commentant, louant, commémorant (etc.) Mai 68 pullulent dans les librairies (et pas seulement libertaires) et puisqu’on se trouve en plein revival rebelle, parlons aussi du numéro 84 de la revue Brèves (créée en 1976 par Martine et Daniel Delort - « doyenne des revues de nouvelles », comme l’écrit René Godenne dans La nouvelle de A à Z – éditions Rhubarbe), consacré aux « retourneurs d’idées » : les écrivains anarchistes de la fin du XIXe siècle. L’anarchie, un « mouvement qui va le mieux permettre aux écrivains de concilier engagement et liberté » (nous dit Caroline Granier dans sa lumineuse introduction), très loin de toute idéologie figée, du dogmatisme et de la langue de bois des politiciens (de droite ou de gauche), et les amener à transmettre et à s’engager par le biais de leurs écrits, prenant conscience du rôle « social » de l’écrivain mais aussi de son indépendance, vis-à-vis des pouvoirs en place ou de leurs pairs.

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  • Récits brefs

    mhost.jpgLe petit chat de neige

    de Michel Host

    Rhubarbe, 2007

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Entre l’histoire d’un rat récalcitrant et celle d’un chat réconfortant, une bonne cinquantaine de textes brefs (une page, parfois un peu plus, parfois un peu moins) explorent l’humanité d’aujourd’hui, mettant généralement en valeur les côtés absurdes, dérisoires, excessifs, aberrants des êtres qui la composent. Les récits denses, incisifs, parfois déroutants, parfois réjouissants, le plus souvent déstabilisants ici concoctés par un écrivain maître en la matière (Prix Goncourt 1986, rappelons-le) touchent à tous les comportements individuels (ou collectifs) avec un humour dont la lucide et délicieuse cruauté n’échappera à aucune de ses victimes.

    http://www.editions-rhubarbe.com/

  • A la grecque

    grecs.jpgVa te marrer chez les Grecs

    Recueil de blagues grecques anciennes

    Mille et une Nuits, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Les potaches qui planchent sur les textes antiques ne se doutent pas forcément que les auteurs qu’ils traduisent parfois en rechignant pouvaient être de joyeux drilles, et que ce n’est pas d’aujourd’hui que le rire est le propre de l’homme, quel qu’il soit.

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  • Diversité des cultures, unicité de la langue

    francophoniefeminin3.jpgLa francophonie au féminin
    Elena-Brandusa Steiciuc

    Universitas XXI, Iasi, 2008

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    A Suceava, capitale de la Bucovine, cette belle région de l’extrême nord roumain, l’Université abrite un département de français particulièrement dynamique ; revues francophones (La Lettre R, Atelier de Traduction), colloques, tables rondes et rencontres diverses sont à mettre à l’actif d’un petit groupe d’enseignantes qui non seulement défendent la tradition francophone de la Roumanie, mais illustrent et renouvellent la connaissance de la littérature mondiale de langue française.

    A la tête de cette équipe, Elena-Brandusa Steiciuc poursuit avec La francophonie au féminin une exploration de ce domaine déjà entamée dans plusieurs ouvrages antérieurs, dont Panorama des littératures francophones. Roman (2001) et Horizons et identités francophones (2006). Ici, l’étude tourne autour d’un double axe : l’écriture féminine (comme l’indique le titre) et la « situation bilingue » avec le français en tant que langue d’élection. Ainsi, comme le signale Liliana Ramorosoa dans l’avant-propos, se construit « la parfaite harmonie des points de vue et des voix de la « francophonie au féminin » et mieux encore, celle de la vision du monde qu’elle met en partage ».

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  • Variations

    blondeur.jpgLa Blondeur

    Cécile Mainardi

    les petits matins, 2008

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Ode, ou hymne à la blondeur en neuf chants : la blondeur comme idée, comme posture, comme essence ; la blondeur dans le regard de l’autre, la blondeur comme paysage, comme nuit, comme un adieu.
    Livre qui se fait parfois lettre d’adieu à un blond dont toute l’âme (du moins ce que le scripteur en voyait/supposait) était dans la blondeur, c’est aussi un livre qui tangue, qui change de posture et d’allure, de lieu et de vie. Un livre sans capitaine, ou dont le capitaine « sombre avec le livre qu’il écrit », sous l’effet d’un blond d’une éblouissante obscurité.
    La langue est belle et souple, s’emporte parfois, ne sait plus s’arrêter. Ce livre est un curieux objet qui vaut qu’on s’y arrête.

    http://www.lespetitsmatins.fr/

  • Poète du bégaiement

    luca.jpgSept slogans ontophoniques

    Ghérasim Luca

    José Corti, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Changez une lettre dans le titre, cela peut donner « Sept slogans orthophoniques ». Bien sûr, pour Ghérasim Luca, le grand « poète du bégaiement », il ne s’agit pas de parler « droit », mais d’inclure l’être même au plus sonore de la voix, au plus profond d’une parole aux limites du sens et de la forme. Cet ensemble de textes fragmentaires à lire, à dire, à déclamer, qui tiennent de la communication détournée et de la poésie provocatrice, joue sur le sonore et le visuel, sur le choc énigmatique et déroutant des lettres, des syllabes et des mots. « L’esprit au pied de la lettre / La lettre au pied de l’esprit » pour « percer ensemble l’indicible » et saisir la «vacuité sublime » du langage et de l’être.

    http://www.jose-corti.fr/

  • Femme, nue et fière de l'être

    kbernadou.jpgLa Femme toute nue
    Karine Bernadou
    Sarbacane, BD, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    D'étonnantes saynètes muettes composent cet album construit autour d'un personnage attachant et plutôt cocasse : LA femme toute nue, telle qu'elle s'affiche d'emblée, qui déambule sur des pages sobres et des décors à peine esquissés, entre rires et larmes, coups de foudre, jouissances et peines de cœur, découverte de soi et des autres, naïveté et lucidité… assumant son statut et sa nudité avec un naturel confondant – et revendiquant avant toute chose le droit à la liberté individuelle, à l'amour libre et à l'erreur, à travers des expériences qui forgent un parcours.

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  • 130 millions de femmes

    entiere.jpgEntière, ou de la réparation de l'excision

    Marie-Noël Arras

    Le Chèvre-feuille étoilée, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    À la fois documentaire et guide pratique, ce petit ouvrage qui propose de nombreux témoignages est préfacé par le Docteur Pierre Foldès. Ce dernier a développé la réparation chirurgicale de l'excision – mutilation sexuelle dont le but (inavoué) est de contrôler la sexualité féminine (pour des raisons sociologiques, d’esthétique ou religieuses), et qui touche encore 130 millions de femmes à travers le monde...

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  • Une vie pour la démocratie

    benazir bhutto autobio.jpgFille de l’orient

    Benazir Bhutto

    Autobiographie traduite de l’anglais par Simone Lamblin et Isabelle Taudière

    Editions Héloïse d’Ormesson, janvier 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    L’autobiographie de Benazir Bhutto devait à l’origine être sous-titrée « Demain la liberté ! », le sort en a décidé autrement puisque son auteur est tuée dans un attentat quelques semaines à peine avant la date de sortie prévue, en décembre 2007, et l’éditeur a substitué à la mention initiale le sous-titre « une vie pour la démocratie ».

     

    Cette volumineuse réédition est très détaillée jusqu’en 1988, date de première édition (avant que l’auteur ne soit premier ministre). Elle propose quelques ajouts : le prologue et le dernier chapitre, qui résument les années 1988-2007, dont on peut regretter qu’elles ne soient par conséquent que peu développées par rapport à ce qui précède.

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  • Where is my mind ?

    abouvier.jpgLes enfants sans têtes

    Antoine Bouvier

    Les impressions Nouvelles, 2008

     

    (par B. Longre)

    Le titre fait référence à la chanson des Pixies (Where is my mind ?) que chantent les cinq personnages autour d’un feu, une nuit d’été. Cinq jeunes gens, garçons et filles, qui s’interrogent sur leur existence, sur l’amour physique et les sentiments qui vont ou non avec, se cherchent – se trouvent ou se perdent – à l’âge frontière de tous les possibles, quand on croit encore que rien n’est déterminé. Le trait fluide et souple d’Antoine Bouvier épouse harmonieusement la fragilité des sensations et des pulsions, les questionnements sans réponses, entre vie en groupe, aspirations à la solitude et tentation d’être à deux. Un joli roman graphique, un brin mélancolique, qui plaira tout autant aux adolescents d’aujourd’hui qu’à ceux d’antan.

    http://www.lesimpressionsnouvelles.com/

  • Utopie

    sikah.jpgSikah

    Hilaire Dovonon

    D’un noir si bleu, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Sikah est une courte fable généreuse et chantante, mûrie sous le soleil d’Afrique et poétiquement mise en mots par le Béninois Hilaire Dovonon. Elle nous amène « à nous poser la question qui fonde l’esprit même de nos rapports humains » écrit Franck Pavloff dans sa préface. Appel à la tolérance et apologie de la différence, Sikah est empreinte d’un humanisme optimiste, sans doute un peu simpliste. Une utopie cependant très plaisante à lire, dépaysante et régénératrice.

     

    http://www.dunnoirsibleu.com