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  • Cachez ce sein…

    idelette3.jpgLa garde-robe ou Les phrases de taffetas

    Idelette de Bure

    Arléa, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Certains noms de tissus et de vêtements sont presque aussi beaux que les étoffes et les atours qu’ils désignent. Caraco, cardigan, gabardine, catogan, corsage, soie grège, capeline, houppelande : comment rester insensible à la puissance de suggestion de ces mots un peu magiciens ?

     

    C’est un envoûtement que la belle écriture ô combien sensuelle et féminine d’Idelette de Bure. Une délicieuse poésie de l’artifice, dont la légèreté n’a rien de superficiel. Bien au contraire, une femme - la narratrice - se drape et se dévoile dans ses parures, tour à tour mousseline transparente et carapace, en un jeu de cache-cache à la malice duquel le pseudonyme de l’auteur vient encore ajouter (mais oui ! souvenez-vous ! Idelette, la discrète épouse de Jean Calvin, celui-là même qui refusait que les bons chrétiens portent des vêtements ostentatoires ou fassent preuve de fantaisie…)

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  • Impartiale ?

    mmoore.jpgMichael Moore, Au-delà du miroir

    de Guy Millière

    Le rocher, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

    « Faire tomber le masque de Michael Moore », tel est le dessein de cet essai écrit par un universitaire français fervent supporter de George W. Bush. Autant dire que ce n’est pas une analyse objective et impartiale des films de Michael Moore que propose Guy Millière, mais un pamphlet de la plus grande virulence. Il attaque Moore en tant que personne, lui reproche, en substance, d’être un gauchiste paresseux, inculte, tyrannique, vulgaire, anti-américain primaire, d’être nuisible à tout le monde, y compris ses propres partisans et de flatter l’anti-américanisme européen. L’essai se révèle intéressant quand Guy Millière décortique point par point les erreurs et approximations des faits présentés dans les films de Moore qui distordent la réalité et manipulent un spectateur passif en le bombardant d’informations. Mais son jugement est aussi manichéen que la vision de Moore qu’il dénonce, et Guy Millière n’a rien à envier à son ennemi en matière de mauvaise foi. Sa haine le conduit à ressasser toujours les mêmes arguments, rendant son essai trop répétitif pour ne pas ennuyer le lecteur et trop catégorique et unilatéral pour être complètement crédible.

  • Pari risqué

    earnaud1.jpgLes Trilingues
    Emmanuel Arnaud

    Le Rouergue (doAdo), 2007

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Gabriel, élève de 6e dans un collège parisien, est en classe trilingue où l’on apprend le japonais. C’est lui qui raconte son année, avec son langage (une version d’oral ado pas toujours crédible). On a ici ce qui pourrait être l’amorce d’une réflexion sur les particularités de ces classes, tant les points qui y sont développés sont nombreux et variés : pourquoi on y est, l’acharnement des enseignants et des parents impliqués à trouver des occasions pour ouvrir la classe sur la culture du pays exotique, la difficulté des élèves d’origine étrangère à se situer dans le groupe… La caricature n’est pas loin, et le texte est très drôle, en un sens.

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  • Toujours haute en couleurs

    zazie2.jpgLes chansons de Zazie en BD

    Editions petit à petit, Collection Chansons en BD, 2007

    (par Apoline Saybec)

    Zazie sur fond violine, quelques pages biographiques entre deux chansons dessinées… voilà une idée qu’elle est intéressante. Certes, il est nécessaire d’aimer un minimum l’artiste pour y trouver de l’intérêt et, quand c’est le cas, c’est un petit bouquin terriblement agréable à lire qui laisse carte blanche à six jeunes illustrateurs, pour six chansons : la Zizanie, Rodéo, Rue de la Paix, Adam et Yves, le formidable Excuse-moi par Marie Decavel et Je suis un homme. Alors, chacun a mis sa touche personnelle aux textes que Zazie compose elle-même. Les scénarii ont également été laissés à l’appréciation des artistes. Comme quoi une chanson (art mineur comme le disait l’ami Gainsbarre) peut se voir comme une œuvre d’art car on y trouve ce que l’on ressent personnellement. C’est très beau, très gai et fortement diversifié tant les styles de graphismes et de dessins sont éclectiques. Une idée originale ; un très bel hommage à l’une des artistes les plus talentueuses de sa génération ; une petite bulle d’oxygène dans la vie quotidienne ; bref du pur bonheur !

    http://www.petitapetit.fr

  • Mise au point

    proust.jpgMarcel Proust, Idées reçues

    Bernard Brun

    Le cavalier bleu, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    « Les idées reçues en littérature ne sont pas forcément des idées fausses », mais plutôt des constructions soigneusement bâties par les critiques d’une part, l’auteur lui-même ainsi que ceux qui l’ont connu, et entretenues par éditeurs et manuels scolaires. Bernard Brun, très érudit sur le sujet (il est responsable du programme Marcel Proust à l’Institut des textes et manuscrits modernes, chercheur au CNRS), cherche à établir la part de vérité des clichés, à séparer la réalité du mythe avec une préoccupation constante : l’œuvre, rien que l’œuvre, à l’exclusion de tout le reste qui vient brouiller plus qu’éclaircir. Tout y passe : Proust, snob laborieux – Proust, grand malade – Balbec, c’est Cabourg – La recherche, roman de la mémoire, roman à clefs – Proust, juif sodomite, etc. Précis et rigoureux, cet ouvrage n’est pas aussi grand public que son apparence le laisse penser, et nécessite pour être apprécié une bonne connaissance de l’œuvre de Proust, dans laquelle l’auteur navigue avec une aisance de spécialiste (l’éditeur a d’ailleurs pris soin de mettre en annexes un mémento des principaux personnages de la Recherche du temps perdu, ainsi qu’un résumé des différents tomes). Une intéressante mise au point nourrie des recherches actuelles sur le texte proustien, mais à réserver aux amateurs éclairés.

    www.lecavalierbleu.com/f/index.php

  • Un peu de sérieux !

    decapage.jpgRevue Décapage, n° 33
    La Table Ronde, janvier 2008 

     

    (par B. Longre)

     

     

    Le dernier numéro de la revue littéraire Décapage propose chroniques, traductions, nouvelles, analyses ou maximes en alternance et dans le désordre ; de la même façon, la mise en page, plutôt fluctuante, donne par instants une impression de fouillis (contrôlé) qui reflète l’esprit général de la publication, un sérieux apparent souvent mâtiné d’autodérision aux accents potaches – ainsi, il nous est dit du rédacteur en chef, Jean-Baptiste Gendarme, qu’il « décide de tout et il a raison. Ça évite la zizanie. Et il a horreur de ça», ou encore de Baudouin, photographe, qu’il « se charge de la couverture », et « veut nous faire croire que c’est lui qui a le plus de travail. », et ainsi de suite... Dans le même ordre d’idées, on trouvera un article de JB Gendarme dans lequel celui-ci s’empare d’un sujet qui tient généralement à cœur aux auteurs : leur attachée de presse (pourquoi le féminin ? il me semblait que la profession comptait aussi des hommes…).

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  • Dans le mal se trouve toute volupté…

    gordon3.jpgGordon

    Edith Templeton

    traduit de l'anglais par Marie-Hélène Sabard
    10/18, 2007

     

    (par Caroline Scandale) 

     

    « Quand il me possédait avec un acharnement tel qu’il m’entraînait au bord des ténèbres, il me donnait cette extase : savoir que j’avais atteint la chose, la seule chose que j’eusse jamais voulue... » Le ton de cette scandaleuse histoire d’amour est donné.

    Louisa Walbrook, 28 ans, rencontre dans un pub un inconnu de vingt ans son aîné, dont elle devient la maîtresse ou, plutôt, l’unique objet de perversion. L’inconnu, Gordon, qui est psychiatre, entraîne Louisa dans un rapport de domination/soumission et prend plaisir à exhumer les souvenirs refoulés dans l’inconscient de sa partenaire. Entre chaque séance d’intrusions mentales, Gordon la pénètre froidement et en tire une satisfaction éclair. A son corps défendant, Louisa jouit comme jamais de cette exquise sensation d’impuissance et quand, à deux reprises, Gordon la viole, elle est heureuse d’être mortifiée de la sorte car son emprise lui donne la « délicieuse impression d’être à l’abri ».

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  • Yapou en BD

    yapou.jpgYapou bétail humain, tome 1
    Shozo Numa et Tatsuya Egawa
    traduction de Sylvain Cardonnel
    Kami, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    Adaptation du roman du même titre, ce manga (réservé à un public averti) suit assez fidèlement l’œuvre de Shozo Numa, tout en en proposant une vision forcément moins documentée (en comparaison du foisonnant roman original), mais aussi légèrement édulcorée, le trait fluide adoucissant quelque peu la crudité et la perversité de certaines situations. Ce premier tome ne relate qu’une partie seulement du premier opus de Yapou – la rencontre de Pauline et de Clara, sous les yeux de Rin, dont l’avilissement aux mains de la première a déjà commencé. Un ouvrage qui incitera peut-être les lecteurs à aller lire le roman de Shozo Numa, on l’espère…

     

    http://www.mangakami.com/

  • « de la branlette en bande dessinée »

    joematt.jpgEpuisé

    Joe Matt

    Seuil BD, 2007

    (par B. Longre)

     

    Après Les Kids et Strip-Tease, Joe Matt se met à nouveau en scène dans un troisième tome d’autofiction graphique, narrant ses (minables) aventures inscrites dans un quotidien (morose à souhait) ; et pourtant, on ne se lasse pas de sa mauvaise foi, de ses chamailleries mesquines, de ses crises existentielles aiguës ou de ses angoisses à la Woody Allen. Il collectionne toujours les strips mais sa solitude affective le pousse à louer des films pornos qui, à leur tour, le détournent des planches qu’il n’a pas encore réalisées… La mise en abyme est très réussie, surtout lorsqu’il revient sur son travail et sur le contenu de ses livres précédents : « ces pages ne rendent pas compte de ce qu’était mon enfance… j’étais un enfant joyeux… pas ce misérable cafard… », constate-t-il, amer, en se penchant sur Les Kids. Et de ce dernier album, il dit : « C’est de la branlette en bande dessinée »… peut-être n’a-t-il pas tout à fait tort, mais on lit néanmoins d’une traite les pérégrinations de ce loser terrible !

  • Dans les forges de Billancourt

    msonnet3.jpgAtelier 62

    Martine Sonnet

    éditions Le temps qu’il fait, 2008

     

    (par Myriam Gallot)

     

    Le père de Martine Sonnet a travaillé à l’usine Renault à Billancourt pendant une quinzaine d’années, quittant au début des années 50 son métier de charron-forgeron et la vie rurale pour la fournaise et le vacarme des forges de l’industrie automobile, l’atelier 62, réputé le plus dur de toute l’usine, et s’installant avec toute sa famille dans un appartement de banlieue.

     

    Martine Sonnet a grandi dans ce milieu néo-ouvrier, auprès de ce colosse inconnu et pudique qu’était son père, mort depuis une vingtaine d’années. Elle est ingénieure de recherche en Histoire au CNRS, mais sa démarche dans Atelier 62 n’est pas exactement celle d’une historienne. C’est plutôt celle d’une fille cherchant dans les archives et les souvenirs la trace de ce que fut l’existence de son père et celle des milliers d’ouvriers de la régie Renault – 38 000 à la grande époque, autant que d’habitants à la ville de Chartres. Vies dont il ne reste plus rien sur cette île où tout a été détruit pour laisser place à de nouveaux projets immobiliers.

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  • Incarnation du mal

    rthomson.jpgMort d’une tueuse
    Rupert Thomson

    trad. de l’anglais Bernard Turle

    Editions P. Rey, 2008

     

    (par B. Longre)

     

    Après trois décennies passées derrière les barreaux, Myra Hindley vient de s’éteindre, mais nul n’a oublié les crimes odieux qu’elle a commis dans les années 1960 avec son complice, Ian Brady, pédophile et assassin de la lande ; un policier est donc réquisitionné pour veiller le corps et le protéger de la vindicte populaire. Tout se déroule dans la morgue, l’espace d’une nuit, durant laquelle l’homme fait défiler ses souvenirs tout en s’interrogeant sur les motivations de cette femme qui l’obsède, pour des raisons bien précises. Le roman, introspectif, n’a rien d’un thriller, même si l’atmosphère pesante permet d’explorer les fragilités de l’âme humaine et les angoisses d’un quadragénaire en apparence tranquille, pourtant au bord d’un gouffre que l’on entraperçoit derrière ses rencontres fantasmatiques avec la meurtrière – celle-ci incarnant le mal à l’état pur et la perversité dont l’être humain peut se montrer capable, rappelant une vérité que l’on préfèrerait occulter, à savoir que nous sommes tous susceptibles de franchir le pas…

     

    http://www.philippe-rey.fr/f/index.php 

  • Secousse sismique

    cmccarthy3.jpgLa route
    Cormac McCarthy

    traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Hirsch
    Editions de L'Olivier, 2008

    (par Jean-Baptiste Monat)

    A la surface du monde dévasté, quelques hordes d'hommes s'entre-dévorent. Un père et son fils errent sur la route. Ils traînent un caddie, explorent les ruines à la recherche d'une boite de conserve, d'un peu d'eau. Aucun secours à attendre, aucune ressource et aucun but ailleurs qu'en soi-même. Survivre, c'est fuir, échapper à la traque des barbares.
    Il s'agit de tout sauf de science-fiction : ce sont nos autoroutes qu'ils sillonnent, nos maisons qu'ils inspectent et les vivres qu'ils y cherchent ressemblent parfaitement à ceux qui s'amoncellent dans nos cuisines. S'agit-il d'anticipation ? La force de l'écriture nous fait comprendre que leur temps est déjà le notre. La débâcle est amorcée : n'avez-vous pas remarqué que de fines particules de cendre recouvrent parfois les objets que nous jetons négligemment au fond de nos caddies ?

    Le père envie souvent les morts de n'avoir plus à lutter. Il s'accroche aux paroles de l'enfant. L'enfant « porte le feu » et ils reprennent chaque matin la route. Le sort de l'humanité entière pèse sur ces deux êtres : dans ce monde, que vaut encore l'espoir d'une transmission, d'une relation autre que marchande, concurrentielle ou cannibale ? Que vaut encore le conte biblique de la force vaincue par la faiblesse ?
    En guise de réponse, McCarthy passe la tradition du roman américain à l'épreuve d'une violente vision poétique. Cette illusion que la terre tremble en lisant, un tel mélange du présent incertain et du futur inéluctable signent une grande œuvre de notre époque.

    http://www.editionsdelolivier.fr/

  • Fifi, un modèle… d’anticonformisme

    fifi3.jpgFifi Brindacier, l’intégrale
    de Astrid Lindgren
    Hachette jeunesse, 2007

    (Par Caroline Scandale)

    L’impertinente et audacieuse Fifi revient sur le devant de la scène éditoriale. A l’occasion des 100 ans de l’écrivaine suédoise Astrid Lindgren, Hachette jeunesse réédite les trois titres de la série des Fifi (Fifi Brindacier, Fifi Princesse et Fifi à Couricoura) sous forme d’un beau livre relié grand format, illustré par Ingrid Vang Nyman. L’occasion est donnée de faire à nouveau connaissance avec l’héroïne suédoise au caractère très affirmé, ravissante de modernité malgré son demi-siècle.

    Pour la petite piqure de rappel, Fifi Brindacier vit seule dans une grande maison, avec un poney et un singe. Autrefois, elle a eu une maman, mais elle ne s’en souvient plus. Cette dernière est morte quand Fifi n’était qu’un tout petit bébé « qui braillait tellement fort que personne n’arrivait à rester à côté d’elle ». Par contre, la petite fille n’a pas oublié son papa, capitaine au long cours. Elle l’avait accompagné sur son navire, jusqu’au jour de sa disparition en mer, emporté par une terrible vague. Mais elle est sûre qu’un jour il reviendra et que, pour le moment, il est le roi d’une tribu de cannibales sur une île perdue…

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  • Le dernier des punks

    cpaviot3.jpgCassé (Kurt Cobain)
    Christophe Paviot

    Naïve, 2008

     

    (par Blandine Longre)

     

     

    « J’ai pas choisi mais la douleur est ma seule vérité. »

    S’inspirant d’une figure musicale culte tout en la faisant autre, lui conférant une humanité que le personnage public n’aura jamais acquise à nos yeux d’individus (fans ou non) lambdas, Cassé (Kurt Cobain) se présente comme un objet romanesque nécessairement hybride, entre fausse autobiographie sur le mode du renversement et vrai roman hommage ; un parcours éclair, chaotique et poignant, de ceux qui prennent par surprise et broient tout sur leur passage, en particulier les cadres conventionnels de ce que nous entendons habituellement par « fiction ».

     

    Aussi, il serait vain de chercher à démêler le vrai du faux, de croire qu’on trouvera dans ce récit abrupt des éclairages et des données biographiques exacts (hormis la discographie, fidèle à la réalité – même si les morceaux mentionnés ne font l’objet que d’enregistrements amateurs au cours du roman) ou de s’imaginer que la figure de Cobain peut se réduire à ce que le personnage Cobain nous dit de lui.

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  • Partout la poésie

    sibran.jpgLe monde intervalle
    Anne Sibran
    Panama, 2008

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Échos de la vie quotidienne, ces chroniques résonnent comme des harmoniques. Ni roman, ni essai, ni autobiographie, mais plutôt journal des sens et de l’essentiel, Le monde intervalle dévoile des drames petits et grands, des sensations (odeurs, sons, regards, qui n’excluent ni le goût ni le toucher), des souvenirs d’enfance et de voyages, présente des scènes de bistrot métamorphosées en spectacle théâtral, propose des évocations de la nature jusque dans les recoins urbains, des frayeurs (celles de la narratrice, celles des autres), des esquisses et des portraits… Partout la poésie affleure, répondant au besoin de saisir les faits, les choses, les êtres avec délicatesse, d’appréhender aussi les secrets mêmes de l’écriture. « Ainsi peu à peu je comprends combien la « périphérie », l’épiphanie des petits événements, nourrit le cœur de l’essentiel ».

     http://www.editionsdupanama.com

  • Henry Stein et Gertrude James

    gstein.jpgHenry James

    de Gertrude Stein

    précédé de Shakespeare par Henry James

    traduit de l’anglais par Jean Pavans

    Phébus, Libretto, 2008

     

    (par Frédéric Saenen)

    Ceux qui restent convaincus que la littérature demeure le territoire des rencontres improbables recevront avec bonheur ce Libretto où se mêlent les voix des rhapsodes Henry James et Gertrude Stein. Étonnante percussion en effet que celle résonnant entre l’introduction à La Tempête de Shakespeare rédigée par James en 1907 et l’essai halluciné que, en 1933, l’avant-gardiste américaine consacra à l’auteur du Tour d’écrou. La sinueuse limpidité d’une part ; un art consommé de la digression et de la transgression de l’autre se répondent finalement en un hymne dual à la création. Il serait déshonnête de prétendre que le propos est accessible au commun des lecteurs, car ces pages sont d’une densité rare, qui confine parfois à l’hermétisme. La présentation de Jean Pavans (le traducteur de l’ensemble) en livre cependant une clef essentielle, quand il explique en quoi Stein voyait en James « le plus ancien écrivain du monde »…

  • Indispensable

    ausud4.jpgRevue Au sud de l’Est n° 3,
    Editions Non lieu, hiver 2007

    (par Jean-Pierre Longre)  

    La revue Au Sud de l’Est poursuit son exploration de la culture des Balkans, selon une démarche qui a commencé à faire ses preuves dans les deux premiers numéros. Cette fois, sont passés au crible et dénoncés les « mythes identitaires », sur lesquels certaines communautés s’appuient pour nourrir l’histoire « de tous leurs fantasmes nationalistes », refusant « un dialogue moderne entre gens de bonne volonté » (Adrian Marashi).

    Aux antipodes de cette attitude, quelques pages dressent le portrait de Mireille Robin, traductrice, « passeur de culture », à qui l’on doit de pouvoir lire en français de très nombreux auteurs serbes, croates, bosniaques – car, comme le rappelle Snjezana Kordic, « le serbo-croate est une seule et même langue », pratiquée en Croatie, Serbie, Bosnie et au Monténégro… Un dossier entier est d’ailleurs consacré aux langues et à leurs rapports avec les peuples, prenant en compte les particularités de minorités propres à cette région d’Europe marquée par la pluralité (les Lipovènes de Roumanie, la « langue moldave » – invention stalinienne –, la langue religieuse de Bulgarie, les « poètes aroumains » d’Albanie…). Une autre section rappelle à bon escient que le surréalisme est international, et que le « sud de l’est » en est l’un des creusets les plus bouillonnants : Radovan Ivsic (Croatie), Gellu Naum (Roumanie), Jules Perahim (Roumanie), en particulier, le prouvent dans leurs œuvres.

    Revue documentaire, d’initiation, d’information, de réflexion, d’investigation, Au Sud de l’Est est aussi support de création : textes, dessins, photos… La formule est bonne, la combinaison séduisante. Souhaitons heureuse continuation à une revue qui devient indispensable dans le paysage européen.

    Non lieu, 2 rue de l’Adjudant Réau, 75020 Paris
    editionsnonlieu@yahoo