28.02.2008
Cachez ce sein…
La garde-robe ou Les phrases de taffetas
Idelette de Bure
Arléa, 2008
(par Myriam Gallot)
Certains noms de tissus et de vêtements sont presque aussi beaux que les étoffes et les atours qu’ils désignent. Caraco, cardigan, gabardine, catogan, corsage, soie grège, capeline, houppelande : comment rester insensible à la puissance de suggestion de ces mots un peu magiciens ?
C’est un envoûtement que la belle écriture ô combien sensuelle et féminine d’Idelette de Bure. Une délicieuse poésie de l’artifice, dont la légèreté n’a rien de superficiel. Bien au contraire, une femme - la narratrice - se drape et se dévoile dans ses parures, tour à tour mousseline transparente et carapace, en un jeu de cache-cache à la malice duquel le pseudonyme de l’auteur vient encore ajouter (mais oui ! souvenez-vous ! Idelette, la discrète épouse de Jean Calvin, celui-là même qui refusait que les bons chrétiens portent des vêtements ostentatoires ou fassent preuve de fantaisie…)
22:15 Publié dans Poésie, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : femme, vêtements, francophone, idelette de bure, arléa, myriam gallot
26.02.2008
Impartiale ?
Michael Moore, Au-delà du miroir
de Guy Millière
Le rocher, 2008
(par Myriam Gallot)
« Faire tomber le masque de Michael Moore », tel est le dessein de cet essai écrit par un universitaire français fervent supporter de George W. Bush. Autant dire que ce n’est pas une analyse objective et impartiale des films de Michael Moore que propose Guy Millière, mais un pamphlet de la plus grande virulence. Il attaque Moore en tant que personne, lui reproche, en substance, d’être un gauchiste paresseux, inculte, tyrannique, vulgaire, anti-américain primaire, d’être nuisible à tout le monde, y compris ses propres partisans et de flatter l’anti-américanisme européen. L’essai se révèle intéressant quand Guy Millière décortique point par point les erreurs et approximations des faits présentés dans les films de Moore qui distordent la réalité et manipulent un spectateur passif en le bombardant d’informations. Mais son jugement est aussi manichéen que la vision de Moore qu’il dénonce, et Guy Millière n’a rien à envier à son ennemi en matière de mauvaise foi. Sa haine le conduit à ressasser toujours les mêmes arguments, rendant son essai trop répétitif pour ne pas ennuyer le lecteur et trop catégorique et unilatéral pour être complètement crédible.
00:06 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michael moore, le rocher, myriam gallot
25.02.2008
Pari risqué
Les Trilingues
Emmanuel Arnaud
Le Rouergue (doAdo), 2007
(par Anne-Marie Mercier)
Gabriel, élève de 6e dans un collège parisien, est en classe trilingue où l’on apprend le japonais. C’est lui qui raconte son année, avec son langage (une version d’oral ado pas toujours crédible). On a ici ce qui pourrait être l’amorce d’une réflexion sur les particularités de ces classes, tant les points qui y sont développés sont nombreux et variés : pourquoi on y est, l’acharnement des enseignants et des parents impliqués à trouver des occasions pour ouvrir la classe sur la culture du pays exotique, la difficulté des élèves d’origine étrangère à se situer dans le groupe… La caricature n’est pas loin, et le texte est très drôle, en un sens.
23:08 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francophone, le rouergue, emmanuel arnaud, roman jeunesse, anne-marie mercier
Toujours haute en couleurs
Les chansons de Zazie en BD
Editions petit à petit, Collection Chansons en BD, 2007
(par Apoline Saybec)
Zazie sur fond violine, quelques pages biographiques entre deux chansons dessinées… voilà une idée qu’elle est intéressante. Certes, il est nécessaire d’aimer un minimum l’artiste pour y trouver de l’intérêt et, quand c’est le cas, c’est un petit bouquin terriblement agréable à lire qui laisse carte blanche à six jeunes illustrateurs, pour six chansons : la Zizanie, Rodéo, Rue de la Paix, Adam et Yves, le formidable Excuse-moi par Marie Decavel et Je suis un homme. Alors, chacun a mis sa touche personnelle aux textes que Zazie compose elle-même. Les scénarii ont également été laissés à l’appréciation des artistes. Comme quoi une chanson (art mineur comme le disait l’ami Gainsbarre) peut se voir comme une œuvre d’art car on y trouve ce que l’on ressent personnellement. C’est très beau, très gai et fortement diversifié tant les styles de graphismes et de dessins sont éclectiques. Une idée originale ; un très bel hommage à l’une des artistes les plus talentueuses de sa génération ; une petite bulle d’oxygène dans la vie quotidienne ; bref du pur bonheur !
00:13 Publié dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chansons, zazie, petit à petit, apoline saybec
18.02.2008
Mise au point
Marcel Proust, Idées reçues
Bernard Brun
Le cavalier bleu, 2008
(par Myriam Gallot)
« Les idées reçues en littérature ne sont pas forcément des idées fausses », mais plutôt des constructions soigneusement bâties par les critiques d’une part, l’auteur lui-même ainsi que ceux qui l’ont connu, et entretenues par éditeurs et manuels scolaires. Bernard Brun, très érudit sur le sujet (il est responsable du programme Marcel Proust à l’Institut des textes et manuscrits modernes, chercheur au CNRS), cherche à établir la part de vérité des clichés, à séparer la réalité du mythe avec une préoccupation constante : l’œuvre, rien que l’œuvre, à l’exclusion de tout le reste qui vient brouiller plus qu’éclaircir. Tout y passe : Proust, snob laborieux – Proust, grand malade – Balbec, c’est Cabourg – La recherche, roman de la mémoire, roman à clefs – Proust, juif sodomite, etc. Précis et rigoureux, cet ouvrage n’est pas aussi grand public que son apparence le laisse penser, et nécessite pour être apprécié une bonne connaissance de l’œuvre de Proust, dans laquelle l’auteur navigue avec une aisance de spécialiste (l’éditeur a d’ailleurs pris soin de mettre en annexes un mémento des principaux personnages de la Recherche du temps perdu, ainsi qu’un résumé des différents tomes). Une intéressante mise au point nourrie des recherches actuelles sur le texte proustien, mais à réserver aux amateurs éclairés.
23:56 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marcel proust, bernard brun, essai littéraire, myriam gallot, cavalier bleu
Un peu de sérieux !
Revue Décapage, n° 33
La Table Ronde, janvier 2008
(par B. Longre)
Le dernier numéro de la revue littéraire Décapage propose chroniques, traductions, nouvelles, analyses ou maximes en alternance et dans le désordre ; de la même façon, la mise en page, plutôt fluctuante, donne par instants une impression de fouillis (contrôlé) qui reflète l’esprit général de la publication, un sérieux apparent souvent mâtiné d’autodérision aux accents potaches – ainsi, il nous est dit du rédacteur en chef, Jean-Baptiste Gendarme, qu’il « décide de tout et il a raison. Ça évite la zizanie. Et il a horreur de ça», ou encore de Baudouin, photographe, qu’il « se charge de la couverture », et « veut nous faire croire que c’est lui qui a le plus de travail. », et ainsi de suite... Dans le même ordre d’idées, on trouvera un article de JB Gendarme dans lequel celui-ci s’empare d’un sujet qui tient généralement à cœur aux auteurs : leur attachée de presse (pourquoi le féminin ? il me semblait que la profession comptait aussi des hommes…).
23:06 Publié dans Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : revue décapage, la table ronde, jean-baptiste gendarme, blandine longre
Dans le mal se trouve toute volupté…
Gordon
Edith Templeton
traduit de l'anglais par Marie-Hélène Sabard
10/18, 2007
(par Caroline Scandale)
« Quand il me possédait avec un acharnement tel qu’il m’entraînait au bord des ténèbres, il me donnait cette extase : savoir que j’avais atteint la chose, la seule chose que j’eusse jamais voulue... » Le ton de cette scandaleuse histoire d’amour est donné.
Louisa Walbrook, 28 ans, rencontre dans un pub un inconnu de vingt ans son aîné, dont elle devient la maîtresse ou, plutôt, l’unique objet de perversion. L’inconnu, Gordon, qui est psychiatre, entraîne Louisa dans un rapport de domination/soumission et prend plaisir à exhumer les souvenirs refoulés dans l’inconscient de sa partenaire. Entre chaque séance d’intrusions mentales, Gordon la pénètre froidement et en tire une satisfaction éclair. A son corps défendant, Louisa jouit comme jamais de cette exquise sensation d’impuissance et quand, à deux reprises, Gordon la viole, elle est heureuse d’être mortifiée de la sorte car son emprise lui donne la « délicieuse impression d’être à l’abri ».
21:51 Publié dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : edith templeton, 10-18, étranger, caroline scandale
Yapou en BD
Yapou bétail humain, tome 1
Shozo Numa et Tatsuya Egawa
traduction de Sylvain Cardonnel
Kami, 2007
(par B. Longre)
Adaptation du roman du même titre, ce manga (réservé à un public averti) suit assez fidèlement l’œuvre de Shozo Numa, tout en en proposant une vision forcément moins documentée (en comparaison du foisonnant roman original), mais aussi légèrement édulcorée, le trait fluide adoucissant quelque peu la crudité et la perversité de certaines situations. Ce premier tome ne relate qu’une partie seulement du premier opus de Yapou – la rencontre de Pauline et de Clara, sous les yeux de Rin, dont l’avilissement aux mains de la première a déjà commencé. Un ouvrage qui incitera peut-être les lecteurs à aller lire le roman de Shozo Numa, on l’espère…
14:45 Publié dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shozo numa, tatsuya egawa, adaptation, kami, blandine longre
16.02.2008
« de la branlette en bande dessinée »
Epuisé
Joe Matt
Seuil BD, 2007
(par B. Longre)
Après Les Kids et Strip-Tease, Joe Matt se met à nouveau en scène dans un troisième tome d’autofiction graphique, narrant ses (minables) aventures inscrites dans un quotidien (morose à souhait) ; et pourtant, on ne se lasse pas de sa mauvaise foi, de ses chamailleries mesquines, de ses crises existentielles aiguës ou de ses angoisses à la Woody Allen. Il collectionne toujours les strips mais sa solitude affective le pousse à louer des films pornos qui, à leur tour, le détournent des planches qu’il n’a pas encore réalisées… La mise en abyme est très réussie, surtout lorsqu’il revient sur son travail et sur le contenu de ses livres précédents : « ces pages ne rendent pas compte de ce qu’était mon enfance… j’étais un enfant joyeux… pas ce misérable cafard… », constate-t-il, amer, en se penchant sur Les Kids. Et de ce dernier album, il dit : « C’est de la branlette en bande dessinée »… peut-être n’a-t-il pas tout à fait tort, mais on lit néanmoins d’une traite les pérégrinations de ce loser terrible !
00:09 Publié dans Bande dessinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : joe matt, seuil, blandine longre
14.02.2008
Dans les forges de Billancourt
Atelier 62
Martine Sonnet
éditions Le temps qu’il fait, 2008
(par Myriam Gallot)
Le père de Martine Sonnet a travaillé à l’usine Renault à Billancourt pendant une quinzaine d’années, quittant au début des années 50 son métier de charron-forgeron et la vie rurale pour la fournaise et le vacarme des forges de l’industrie automobile, l’atelier 62, réputé le plus dur de toute l’usine, et s’installant avec toute sa famille dans un appartement de banlieue.
Martine Sonnet a grandi dans ce milieu néo-ouvrier, auprès de ce colosse inconnu et pudique qu’était son père, mort depuis une vingtaine d’années. Elle est ingénieure de recherche en Histoire au CNRS, mais sa démarche dans Atelier 62 n’est pas exactement celle d’une historienne. C’est plutôt celle d’une fille cherchant dans les archives et les souvenirs la trace de ce que fut l’existence de son père et celle des milliers d’ouvriers de la régie Renault – 38 000 à la grande époque, autant que d’habitants à la ville de Chartres. Vies dont il ne reste plus rien sur cette île où tout a été détruit pour laisser place à de nouveaux projets immobiliers.
22:21 Publié dans Récits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mémoire ouvrière, travail, francophone, martine sonnet, le temps qu'il fait, myriam gallot




































