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27/01/2008

Tour de la question

abecedaire.jpgAbécédaire de l’esclavage des Noirs

Gilles Gauvin

Dapper, 2007

 

(par B. Longre)

Beau livre à la couverture souple, émaillé d’illustrations et de reproductions d’époque, complété par des cartes, une bibliographie et une chronologie, cet ouvrage documentaire de référence, malgré ses qualités pédagogiques, n’a pas été conçu comme un manuel scolaire et intéressera le grand public. L’auteur revient sur quelques grandes figures abolitionnistes (Schoelcher, Sarda-Garriga, Olaudah Equiano), sur des notions de base (Traite, Identité, Révoltes, marronnages, etc.) ainsi que sur les origines et la vie quotidienne des esclaves dans diverses colonies. Écrit par Gilles Gauvin, docteur en histoire et membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage (il a surtout travaillé sur la question de la place de la traite négrière et de l’esclavage dans les programmes scolaires), cet Abécédaire permet de faire le tour de la question tout en proposant un agencement qui facilite la consultation.

http://www.dapper.com.fr/editions.php

26/01/2008

« Le droit à la beauté et à la poésie »

mercure3.jpgMercure liquide, revue littéraire et graphique

Numéro 8 (janvier 2008)

 

(par Myriam Gallot)

 

« Mercure liquide construit, depuis huit numéros maintenant, une esthétique de la diversité et de la sensibilité. Son moteur est toujours le sentiment d’une urgence : celle d’un dialogue créatif entre les arts.»

 

Petite promenade subjective dans ce dernier numéro.

 

Tout de suite explose à la figure la déflagration des mots de « Party incendiaire »,  qui vomit la société française et sa reproduction de la caste dominante. FP. Meny, « à la rue », exclu d’un système absurde et violent, le dénonce avec l’énergie de celui qui ne veut pas crever : « Je n’ai demandé qu’une chose. Elle m’a toujours été refusée. J’ai lutté pour l’obtenir, vraiment. Cette chose, mes semblables l’ont sans la chercher. Cette chose n’est ni l’argent, ni l’amitié, ni la gloire. C’est une place parmi les hommes, une place à moi, une place qu’ils reconnaîtraient comme mienne sans l’envier, puisqu’elle n’aurait rien d’enviable. »

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22/01/2008

À chacun son secret…

vdurand3.jpgCes gens-là
Virgile Durand

Plon, 2008

 

Entretien avec l'auteur à la suite de cet article.

 

(par B. Longre)

 

Ces gens-là, premier roman de Virgile Durand, retrace plusieurs parcours d’existence plus ou moins liés, sur plusieurs générations ; un entrelacs d’histoires impeccablement échafaudé, dont il est bien difficile de s’extirper tant on se laisse porter par une écriture volontairement sobre et par les personnages qui se voient attribuer chacun un long chapitre : Jens, d’abord, jeune soldat de l’armée allemande, qui a subi une terrible mutilation quand il était enfant, un secret qu’il confiera pourtant à Simon, l’un des prisonniers dont il a la charge… La guerre terminée, Simon s’installe avec Louise, qui a connu les mêmes épreuves et privations que lui.

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Douze variations sur les blessures intimes

lbarrere3.jpgRescapés ordinaires

Laurence Barrère

D’un Noir si Bleu éditeur (collection Traverses)

 

(par Myriam Gallot)

  

Ils ne sont pas nombreux les éditeurs spécialisés dans la publication de nouvelles, et qui revendiquent les qualités de ce prétendu petit genre littéraire. Ceux qui laissent leur chance à de jeunes auteurs inconnus, n’ayant jamais publié de roman. D’un Noir si Bleu éditeur propose ainsi aux lecteurs qui aiment sortir des sentiers battus un recueil de nouvelles de Laurence Barrère qui mérite ce détour par les marges.

 

Rescapés ordinaires n’est pas une compilation d’histoires, mais un véritable recueil dans lequel douze nouvelles s’interrogent les unes les autres, un édifice traversé de signes et de connivences, mais aussi de tensions.

 

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21/01/2008

De l’introduction des Nursery rhymes dans la culture française

goose3.jpgComptines de ma mère l’oie/ Mothergoose. The old nursery rhymes
Bilingue (traduction de l’anglais de Françoise Morvan)
Chantées par Susie Morgenstern et Isa Fleur
Illustré par A. Rackham
Actes Sud Junior, 2007

 

(par Anne-Marie Mercier)

 

Ce très joli livre accompagné d’un CD part d’une belle idée : donner aux enfants français un accès aux Nursery Rhymes, grand classique des comptines anglaises, en leur en proposant une version en langue originale et en traduction française. Se faisant face sur le livre, les deux versions s’entrelacent dans les chants, ce qui facilite l’accès aux paroles et à la musique. On y trouve de grands classiques : Hickory, Dickory, dock, Ring-a-ring-a-roses, Black sheep… la traduction de Françoise Morvan se donne assez de liberté pour rechercher la musicalité, les rimes et le rythme tout en gardant une certaine fantaisie. Ses choix ont de beaux effets et l’ensemble est charmant.


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18/01/2008

Pavés militants

spectaclemilitant.jpgUne histoire du spectacle militant (1966-1981)

Sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux,

L’Entretemps Éditions, 2007

 

(par Nicolas Cavaillès)

 

Imposante publication que cette première Histoire du spectacle militant, actes d’un colloque, rassemblant des études historiques et critiques, comme des témoignages et autres regards en arrière, et même un scénario d’Armand Gatti, Les Katangais, écrit et non-réalisé en 1974. Parcourant les quinze années de théâtre et de cinéma militant ici traitées, on croise ainsi, notamment, Alain Badiou, André Benedetto, ou Augusto Boal (présenté par son fils Julian), pour le théâtre, et Godard, Resnais, Bertolucci, pour le cinéma, et bon nombre d’autres expérimentateurs, avant-gardistes, rêvant d’une transformation radicale de la société. Affinant et complétant les Théâtres en lutte d’Olivier Neveux, ce volume théâtre-cinéma attise moins la nostalgie douce-amère des uns (qui en sont re-venus) que la persévérance des autres (qui y viendront) : tout cela semble certes bien daté, mais ces multiples pavés militants qu’a poli le temps (notre culpabilité politique) n’en restent pas moins précieux, jusque dans leurs féconds excès divers et variés. On ne partira jamais de zéro.

www.lekti-ecriture.com/editeurs/-L-Entretemps-.html

16/01/2008

De la modernité et du jeu dans un album (1910)

pnewell3.jpgLe livre en pente
Peter Newell
traduit de l’anglais par Michelle Nikly
Albin Michel, 2007

 

(par Anne-Marie Mercier)

 

L’originalité n’est pas synonyme de nouveauté, la preuve, cet album de 1910 (The slant book), réédité en italien puis en français, toujours aussi surprenant. Son format surtout étonne, non par sa taille mais par la forme choisie, celle d’un parallélogramme sans aucun angle droit, qui donne d’emblée une impression de vertige. Le texte s’inscrit dans la même pente, donnant à ce livre, une fois ouvert, une allure de ligne de fuite perpétuelle.

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15/01/2008

Une somme

incognito.jpgIncognito

Petru Dumitriu
Le Seuil, 2007

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Né en Roumanie en 1924, mort en France en 2002, Petru Dumitriu n’est pas un inconnu… Auteur roumain dissident, il a écrit plusieurs ouvrages en français après son exil, et le Seuil a eu la bonne initiative de rééditer Incognito, roman majeur publié pour la première fois en 1962.
Traversée des décennies les plus troublées de la Roumanie récente par un personnage qui a tout connu, tout vécu, de la guerre à la dictature, le récit se situe entre culpabilité et espérance, entre oppression et libération. « Il est trop facile de dire que c’est la société et l’histoire et la nature qui sont coupables. Elles le sont aussi, de leur côté. Mais cela laisse ma faute entière ». Et en réponse : « Il y a de l’espoir et de fortes raisons de confiance ». Incognito est une somme ; qui veut saisir l’histoire tourmentée de la Roumanie et, plus largement, les ressorts de l’âme humaine au milieu des tempêtes se doit de le lire.

11/01/2008

Angoisses

jnblanc2.jpgComme si rien

Jean-Noël Blanc, vu par Ann Guillaume

Les éditions du Chemin de fer, 2007

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

Albert Pêcheur, obscur fonctionnaire au Bureau central des vérifications, attend depuis longtemps une promotion qui ne vient pas malgré sa conscience professionnelle. La visite du ministre dans son service pourrait tout changer, mais qu’en sera-t-il ? Pêcheur doit-il signer la pétition syndicale, se mettre sur son trente et un comme ses collègues, la jouer décontracté, voire contestataire anarchisant ? Sa modeste existence, entre le bureau et l’appartement où il vit avec sa mère, va-t-elle être bouleversée ?
Le récit de Jean-Noël Blanc va au-delà de la satire sociale ou de l’observation ironique ; il s’attache aux questions et aux angoisses d’un homme, et les illustrations troublantes et troublées d’Ann Guillaume contribuent à nous faire passer de l’ordinaire à l’extraordinaire, comme si de rien n’était.

 

http://www.chemindefer.org/

09/01/2008

Désynchronisation familiale

100prcent3.jpg100% chimique

Doeschka Meijsing

Traduit du néerlandais par Charles Franken

Le Castor Astral, « escales des lettres », 2008

 

(par Myriam Gallot)

 

C’est une histoire de famille, retorse et ambivalente. Une famille où les hommes n’ont jamais vraiment eu leur mot à dire et où ce sont les femmes qui occupent le devant de la scène, en premier chef la pétulante arrière-grand-mère, modiste allemande, Maria Blumenträger, puis ses filles, petites-filles, jusqu’à son arrière petite-fille, qui tente de compléter le puzzle de ces Allemands devenus Néerlandais par nécessité, « immigrés qui ont refermé la porte derrière eux. »

 

La narratrice livre une guérilla sans merci à sa mère Ilna qui refuse de livrer ses souvenirs à sa fille, dont elle se méfie. Nous sommes 100% chimique, a entendu dire cette dernière à la télé, alors à quoi bon aller chercher l’âme de la famille ? Pourquoi vouloir inventer n’importe quoi ?

 

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07/01/2008

L’art de prendre des gants… avec les mots

almassy1.jpgAutobiographie d’un fantôme et autres fictions
Eva Almassy

Médium de l'Ecole des loisirs, 2007

(Par Caroline Scandale)

Madeleine Delande est la seule écrivaine au monde à n’écrire qu’avec des gants. Ses contes, nouvelles, lettres ou récits rivalisent d’inventivité. Les pensées surgissent à vau-l’eau, comme furieusement inspirées par la matière, l’apparence et l’utilisation de l’habit. D’ailleurs qu’il soit de tissu, de laine ou de cuir, l’écrin lui va comme un gant.

Il suffit à Madeleine de glisser ses mains dans des mitaines en cuir pour qu’elle devienne un instant la jeune Emma, éprise d’un bel inconnu à l’odeur sauvage. Parée de gants délicatement œuvrés en dentelle d’Irlande, Annaig, apprentie dentellière sur son île bretonne, est convoquée à la table d’écriture. Affublée de gants rouges très longs, Madeleine imagine la romance cruellement délicieuse de Zita et Antonio. L’insaisissable amoureux disparaît subitement de l’existence de sa belle en lui laissant d’ardents messages de rupture : « Mon amour, mon âme, mon tout. Ma demoiselle, ma Zita, mon orageuse…Si tu me regrettes, tu me reverras. Si tu me revois, tu le regretteras… »

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04/01/2008

« Le clou dans le fer » : une expérience continue

clou.jpgLes éditions le Clou dans le fer

 

Entretien avec Stéphane Pihet, Michaël Batalla & Florent Fajole à la suite de cet article.

 

(par Frédéric Saenen)


Derrière la voix des gens, en filigrane de la voix des gens, au-delà de la voix des gens, il y a la Poésie. Un rythme vertical ou concentrique. Des phrases hachées qui se cherchent, se mordent la queue, se grattent frénétiquement là où ça les démange. Des mots noirs qui vont se perdre dans le blanc originel. Des murmures si entêtés qu’on les confondrait volontiers avec des cris. Le Clou dans le fer n’est pas une énième « jeune structure éditoriale » – étiquette presque infâmante, tant elle semble porter en germe les perspectives du tarissement et de la disparition. Le Clou dans le fer est un chantier à ciel ouvert, où les artisans s’ingénient à river des matériaux volatils sur le blindage du Sens. Le Clou dans le fer est un travail de rencontres, de choix affirmés, de soigneuse mise en page, qui dénote une profonde maturité littéraire.

À travers les quatre premiers livres de la collection « Expériences poétiques », une cohérence d’ensemble se dégage, qui jamais n’occulte les individualités en présence. Commençons par la Colonne d’aveugles d’Andrea Inglese qui se dresse au beau milieu du quotidien, et autour de laquelle s’organise progressivement l’émiettement autobiographique du poète. L’esprit, entre rêve et absence, avance en somnambule, achoppe à ses souvenirs ou aux machines sourdement présentes de l’appartement. Face « au peu de monde concédé », il se veut passant. Le lecteur oscille à sa suite, tantôt en italien dans le texte, tantôt en français au fil de la traduction – exemplaire – de Pascal Leclercq. Au sortir de ce flux d’images et de questions, une seule certitude s’impose : en poésie, deux voix valent mieux qu’une.

On croise ensuite Arlette Robert, Alias Osiris, Salah Kaler ou encore Catherine Benoît. Ou du moins Sebastian Dicenaire nous immerge-t-il, à la faveur de quelques instantanés logorrhéiques, dans des fragments de leurs discours.

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02/01/2008

Entre lame et chair…

barbiere3.jpgLa barbière
de Caroline Lamarche et Charlotte Mollet
Les impressions nouvelles, 2007

(Par Caroline Scandale)

Erotisme et exigence littéraire sont les maîtres mots de ce conte pour adultes, diablement transgressif. Chez la Barbière, douleur et volupté s’entremêlent. Prêtresse en son salon, elle effleure la peau des hommes de sa lame affûtée. Elle rase comme on caresse. Les clients s’abandonnent. Commence alors un étrange rituel, entre lame et chair… Par leur sacrifice consenti, les clients de la Barbière font une offrande bien particulière au Grand Ob, maître de la cité et garant de la paix. Dans cette ville frôlant le chaos, pas un homme qui ne rêve de s’allonger sur son siège incliné. Assistée de Mira la narratrice, la Barbière exécute sans relâche les mêmes gestes, précis, doux et cruels à la fois.

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