Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Du blues aux bleus à l’âme

    ecchy3.jpgEcchymoses
    Audrey Dupont

    Editions Jean-Pierre Huguet, Coll. Les Sœurs Océanes, 2007

     (par Apoline Saybec)

    Ecchymoses, Audrey Dupont, Editions Jean-Pierre Huguet… Des mots, des noms qui ne vous parlent pas ? Pas encore en touts cas.
    Car nul doute qu’avec Audrey Dupont et son livre Ecchymoses, cette petite maison va gagner ses lettres de noblesse par les choix – et celui-ci en particulier – qu’elle fait ; nul doute qu’avec les Editions Jean-Pierre Huguet, Audrey Dupont va gagner en notoriété… gageons qu’elle deviendra une grande de la littérature française.
    140 pages, quatre portraits de femmes, c’est violent, éblouissant, passionnant… magnifique tout simplement. S’il fallait mettre Ecchymoses dans un genre littéraire, une catégorie, nous pourrions éventuellement (parce que c’est difficilement classable) le hisser au rang de nouvelles poétiques en prose. Et pour celles et ceux que le mot poésie effraie, ce livre vous réconciliera avec elle. En effet, Audrey Dupont, jeune journaliste et écrivain de 28 ans, a ce don particulier de trouver le bon mot, le mot juste, la finesse, même dans les situations les plus terrifiantes, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Quatre femmes, quatre portraits, un fil conducteur : la souffrance. Du blues aux bleus à l’âme et au corps.

    Lire la suite

  • Petit, mignon, mais coriace

    nquintanne3.jpgUne oreille de chien

    Nathalie Quintane, illustré par Nelly Maurel

    Editions du chemin de fer, 2008

     

    (par Myriam Gallot) 

     

    C’est à première vue un joli petit livre de poche à rabat, un sympathique livre illustré qu’on peut feuilleter au lit sans se fatiguer les bras, glisser dans son sac le temps d’un voyage… ce n’est sans doute pas un hasard s’il est publié par les éditions du chemin de fer.

     

    Mais les apparences sont trompeuses. Nathalie Quintane nous emmène pour une visite guidée de V., ville de province archétypale, avec ses lotissements et son philosophe célèbre du nom duquel on a baptisé rue, place, lycée. V. n’échappe pas à la mode des épithètes indispensables à une bonne communication : « ville fleurie »,  « ville sportive », et surtout – c’est beaucoup moins flatteur - « ville moyenne » dans tous les sens du terme.

    Lire la suite

  • Fine bluette

    chaixnord3.jpgMais qui a volé le Maillot de la Maîtresse en maillot de Bain ?
    Lilas Nord et Carole Chaix

    Après la lune jeunesse, 2007

    (par B. Longre)

     

    Après le lancement des premiers romans jeux (collection Des vacances toute l'année) en juin dernier, Christine Beigel, directrice de la collection jeunesse des éditions Après La Lune, propose un premier titre dans la nouvelle collection Z'Alboum ! joyeusement intitulé Mais qui a volé le Maillot de la Maîtresse en maillot de Bain ? Clin d'oeil, sans nul doute, à une autre collection du même éditeur, La Maîtresse en maillot de bain, dont nous avions déjà parlé, et dans laquelle on trouve entre autres des textes signés Christine Beigel et Lilas Nord (mais aussi Caryl Férey, Jean-Pierre Andrevon ou encore Paul Fournel).

     

    L'heure est grave : la maîtresse, sans son maillot à fleurs, ne peut rejoindre ses élèves au bord de la piscine, tandis que ces derniers attendent (assez sagement, il faut le dire) de pouvoir entrer dans le grand bain pour la première fois... Le jeune narrateur et ses camarades s'interrogent (mines perplexes des petits qui ont un peu froid...), mais aucun des personnages imaginaires ou des animaux-bouées qui leur vient en tête ne semble coupable... L'occasion pourtant de rêver la piscine autrement, histoire de patienter, ou de se demander, en fin de compte, à quoi peut bien servir un maillot de bain...

    Lire la suite

  • J’ai deux amours…

    ldelachair3.jpgBoris Vian et moi
    Lou Delachair

    Roman Exprim, Sarbacane, 2007

     

    (par B. Longre)

     

    Elsa, 18 ans, arrive à Paris afin d’étudier la littérature (accessoirement) et surtout de tenter de sauver le couple déjà « vieux » qu’elle forme avec Louis, son premier « grand » amour, connu cinq ans plus tôt au lycée. Car tandis qu’Elsa est convaincue de toujours l’aimer, Louis semble s’être muré dans une indifférence qui ne fait qu’accroître le mutisme et l’angoisse de la jeune fille – incapable de rompre ce statu quo, de le quitter, de le libérer, de passer à autre chose. Ils ne s’installent pas ensemble, vivent chacun de leur côté dans la même rue du quartier latin ; et même si, imperceptiblement, tout a changé entre eux, ils continuent de se voir chaque jour, par la force de l’habitude, sans qu’il ne se passe plus grand-chose – hormis la lente agonie de leur histoire.

    Lire la suite

  • Trente cinq ans après la publication de Du côté des petites filles, où en sommes-nous ?

    quoideneuf3.jpgQuoi de neuf chez les filles ?

    Entre stéréotypes et libertés

    Christian Baudelot et Roger Establet

    Nathan, Collection L'enfance en questions, 2007

     

    (Par Caroline Scandale)

     

    En 1973, Elena Gianini Belotti publiait aux éditions Des Femmes un livre fondateur sur l’origine sociale des inégalités entre les deux sexes. De manière claire et irréfutable, elle mettait en évidence le caractère socialement construit des différences entre le masculin et le féminin : «La soi-disant infériorité des femmes naît de leur conditionnement, elle n’est pas plus naturelle que ne l’est la supériorité de l’homme et si l’éducation ne visait qu’à développer des qualités humaines de l’enfant, sans tenir compte de son sexe, cette inégalité s’effacerait d’elle-même. » Trente cinq ans plus tard, le livre de Christian Baudelot et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? Entre Stéréotypes et libertés, en filiation directe avec le premier, dresse un panorama des continuités et des ruptures intervenues depuis, en s’appuyant sur les derniers travaux issus de différents champs disciplinaires (sociologie, histoire, neurobiologie, psychanalyse, psychologie). L’école est devenue mixte, les mères travaillent et, paraît-il, les pères font la vaisselle… Pour autant les attentes et les comportements des adultes à l’égard des filles et des garçons ont-ils réellement changé ? Les petites filles ne sont-elles plus traitées différemment des garçons ? Leur position sociale s’est-elle améliorée ?

    Lire la suite

  • Hurlement de la vie, épuisement du langage

    popescu3.jpgLa Symphonie du loup
    Marius Daniel Popescu

    José Corti, 2007

     

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

     

    Marius Daniel Popescu est né en Roumanie et vit actuellement à Lausanne. Il s’est fait connaître il y a quelques années par ses Arrêts déplacés, recueil de poèmes où la vie quotidienne se décline en miniatures ciselées avec une amoureuse précision. Il rédige et publie en outre avec régularité Le Persil, journal atypique, inimitable, où fleurissent les mots du quotidien. Marius Daniel Popescu est un poète, et l’important roman qu’il vient de faire paraître en est une preuve supplémentaire.

    Car les 146 sections des 399 pages (soyons précis !) de La Symphonie du loup sont autant de poèmes en prose. Juxtaposition de tableaux, d’instantanés, de scènes représentant les petits et grands faits d’une existence, le texte est un puzzle à la Perec, une tentative d’épuisement du langage par la vie elle-même, qui devrait triompher des mots, les effacer purement et simplement, ces mots ressassés, réitérés, s’étalant sans vergogne sur la page, et qui « ne devraient pas exister » (leitmotiv tout aussi ressassant). Car ils sont de vrais pièges, des pièges à loup : « Tu as appris tôt la duplicité du monde, la duplicité des gens, la duplicité des mots. Tu as appris depuis petit que le même mot peut provoquer ou arrêter une bagarre. Même le mot cerisier, tu savais qu’il est à la fois donneur de vie et meurtrier ». Et encore : «Quand je lis des mots inscrits quelque part, dans des livres de toutes sortes, sur des murs, dans les journaux ou sur les affiches publicitaires, je ne m’approche pas de leur sens avec une envie de recevoir du plaisir. Je ne cherche pas le plaisir dans les mots ». Et plus on approche de la fin, plus les séquences deviennent brèves, réduites au minimum verbal, au squelette narratif, et le puzzle devient multiple, livré au hasard comme une partie de cartes.

    En même temps, La Symphonie du loup est un roman au souffle inépuisable, un souffle qui vous transporte entre passé et présent. L’enfant, le jeune homme qui, comme sa famille et ses compagnons, évoluait sous et malgré l’omniprésence de la dictature, est simultanément ce père de famille qui voit agir et fait grandir ses enfants, la « petite » et la « grande », dans son pays d’adoption. « L’école de la vie », qui signifie « tout ce qu’un être humain peut vivre et comprendre et apprendre sur la terre », est ici et là, en un constant va-et-vient entre là et ici. C’est une école qui enseigne tout, y compris la mort : celle du père, qui est au départ de la narration, celle de l’enfant à naître, relatée en des pages hallucinantes d’émotion contenue : «ce monde est fou, nous sommes des fous parmi les fous, je ne veux pas d’un enfant de fou dans un monde de fous ! », dit en pleurant la fiancée qui « souffrait beaucoup à cause de la vie que le parti unique avait instaurée au pays »… Ce « parti unique » est partout, transformant les hommes en « figurants » obligés de répondre « présent ! » alors que pour survivre ils ne peuvent qu’être mentalement ailleurs.

    Le souffle du roman, c’est aussi le style, un style qui prend à la gorge. Le style c’est l’homme, a dit quelqu’un il y a quelques siècles ; mais l’homme est un loup pour l’homme, avait dit un autre un peu auparavant ; résultat de l’équation (qu’aurait donné le héros, féru de mathématiques) : le style, c’est le loup, dont le chant, murmuré ou hurlé, ne peut pas laisser indifférent. Roman à la deuxième personne, parole adressée par le grand-père à son petit-fils, La Symphonie du loup utilise le « tu » général, universel, mais le « je » et le « il » sont là, tout près, en embuscade dans le train du récit : « Tu es resté dans ce compartiment un peu plus d’une heure, presque endormi tu avais pensé à toi à la première personne, tu t’es vu à la deuxième personne, tu t’es regardé et tu t’es écouté à la troisième personne comme quelqu’un qui se regarde dans une glace et s’appelle soi-même, alternativement, par « je », par « tu » et par « il » ».

    Transparente simplicité des faits, absurde complexité de la vie. Le loup dévore les mots, et cependant il les métamorphose en un chant aux insondables harmoniques et aux interminables échos.

     

    http://www.sitartmag.com/popescu.htm

     

    http://www.jose-corti.fr/

     

    http://www1.rsr.ch/espace2/avent/index25.htm

     

    du même auteur
    Arrêts déplacés - Antipodes, Lausanne, 2005