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Du blues aux bleus à l’âme

ecchy3.jpgEcchymoses
Audrey Dupont

Editions Jean-Pierre Huguet, Coll. Les Sœurs Océanes, 2007

 (par Apoline Saybec)

Ecchymoses, Audrey Dupont, Editions Jean-Pierre Huguet… Des mots, des noms qui ne vous parlent pas ? Pas encore en touts cas.
Car nul doute qu’avec Audrey Dupont et son livre Ecchymoses, cette petite maison va gagner ses lettres de noblesse par les choix – et celui-ci en particulier – qu’elle fait ; nul doute qu’avec les Editions Jean-Pierre Huguet, Audrey Dupont va gagner en notoriété… gageons qu’elle deviendra une grande de la littérature française.
140 pages, quatre portraits de femmes, c’est violent, éblouissant, passionnant… magnifique tout simplement. S’il fallait mettre Ecchymoses dans un genre littéraire, une catégorie, nous pourrions éventuellement (parce que c’est difficilement classable) le hisser au rang de nouvelles poétiques en prose. Et pour celles et ceux que le mot poésie effraie, ce livre vous réconciliera avec elle. En effet, Audrey Dupont, jeune journaliste et écrivain de 28 ans, a ce don particulier de trouver le bon mot, le mot juste, la finesse, même dans les situations les plus terrifiantes, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Quatre femmes, quatre portraits, un fil conducteur : la souffrance. Du blues aux bleus à l’âme et au corps.

Avec force et violence, le livre débute par le portrait peut-être le plus dur ; celui de Clémence qui décrit, qui dit, qui hurle l’inceste subi, l’objet qu’elle est devenue, la violence contenue pendant tant d’années, la rage au ventre, son état d’esprit de femme et cette haine pour son violeur :
« Te rappelles-tu ses petites mains mal habiles, ses doigts encore boudinés par l’enfance
évoluant sur ton sexe grandissant ?
FLASH BACK
Voleur d’enfance, voleur de rêves !
Geôlier de l’innocence perdue. A ton escarcelle sont accrochés tant de vices effroyables.
Remember !
Tes gestes comateux
Ton haleine putride soufflant sur son visage
Ton souffle comme un râle à son oreille
Ta bouche : antre suprême des scories vénales. Palais d’immondices.
Memento ! ( …) »

Chaque portrait se décline en quatre parties ; ici on passera de l’acte à la certitude, puis à la vengeance, jusqu’à la délivrance… une fin inattendue. A chaque fois c’est l’étonnement, la stupéfaction, l’écoeurement. L’auteur réussit cette prouesse de faire en sorte que l’on s’identifie à chacune de ces femmes ; à Adèle, schizophrène, qui parle avec l’Autre ; à Léa, qui mourrait plutôt que de laisser une page blanche prendre possession de sa conscience et de tout son être ; à Albane, qui vit avec « Luce », « son amie », la leucémie qui la tue à petit feu. Elle a 24 ans.

Rage, révolte, cynisme, résistance, des femmes pleines d’ecchymoses qui puiseront au fond d’elles-mêmes cette énergie jusqu’aux derniers ressorts du souffle de vie parce qu’elles sont plus fortes que la douleur, plus fortes que la souffrance.
Une lecture d’une rare intensité qui émeut, met en colère, bouscule, soulève des questions… Une écriture singulière, jamais vulgaire, mais haute en couleur ; Ecchymoses trouverait son apogée sur une scène de théâtre, c’est évident : ces monologues, à l’instar Des monologues du vagin d’Eve Ensler, pourraient être aussi bien lus, déclamés, récités, contés par une ou plusieurs comédiennes, voire par des comédiens. Cette poésie prendrait alors une tout autre dimension et se partagerait avec le plus grand nombre.
Une réussite incontestable.

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Audrey Dupont est journaliste. Elle rencontre l’écriture à six ans grâce à Prévert. Ses premiers poèmes sont publiés en 1996 dans la rubrique vents littéraires au journal de Saône-et-Loire. En 1995, elle obtient le premier prix régional de poésie avec Lettre à la Paix puis le prix national Maupassant de la jeune nouvelle en 1998 pour La petite fille aux yeux d’or.
Ecchymoses a reçu le grand prix de la fiction 2007 décerné par la Société des Ecrivains et du Livre Lyonnais et Rhônalpains (Sélyre)

http://www.editionhuguet.com

La collection “Les Soeurs Océanes” dirigée par Jean-Patrick Péju, « a pour ambition de faire connaître des ouvrages surprenants, irritants, dérangeants ou provocants. Elle privilégiera l’écriture poétique sous toutes ses formes, du texte versifié aux nouvelles en prose, favorisant l’innovation, l’originalité et le non-conformisme. Son objectif est de perpétuer le jaillissement de cette “source essentielle” qu’est la poésie ainsi que la définit Andrée Chédid. »

Dans la même collection :
Les riches heures d’Isidore le Joufflu, Yann Serra
Cyclope, Catherine Dessalles
Les Alfreds, Christophe Petchanatz
À la poste d’hier, Marie C. Poix-Tétu

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