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Dire le silence

cleblanc4.jpgSilences
Catherine Leblanc

Les Découvertes de la Lucioles, 2007

 

(par B. Longre)

 

« Et si rien n’était vraiment solide ? » s’interroge Nicole, face à Jonas qu’elle tente d’apprivoiser, en vain (Des morceaux de lui vont s’en aller). L’enfant, emmuré dans un silence qui déroute les adultes, ne parvient pas à se faire une place dans le monde scolaire ultra régulé, qui pourtant veut bien de lui. En quelques scènes, par fines touches, Catherine Leblanc trace le parcours d’un petit garçon différent, dont la vie intérieure est perturbée par l’obligatoire contact avec les autres. Lui parviendra à s'entrouvrir, contrairement à Julia (Douée pour le silence), qui se replie sur elle-même en comprenant que personne, pas même sa mère, n’accepte d’entendre ce qui pèse sur son cœur : « Parler, c’est se risquer, parler c’est souffrir.» se dit-elle, résolue à garder son terrible secret. Et à force d’entendre qu’elle serait «douée pour le silence », elle se tait.

« Le silence, c’est très concret, très solide », pense la jeune narratrice. Et c’est aussi l’impression qui se dégage de ce recueil, où l’auteure décline quelques existences fragiles, sur le fil – l'impression d’un silence palpable qui emplit tout et enferme chacun dans sa solitude ; tout comme celui dans lequel Samuel se réfugie (La fin du centaure) quand son petit frère Jonathan tombe dans le coma ; la vie semble s’arrêter pour l’adolescent, et son silence fait écho à celui de Jonathan, resté sur son lit d’hôpital, et que les mots qui circulent autour de lui ne semblent pas atteindre. Ironie du sort, l’une des rares fois où Samuel ose en parler à une camarade de classe, l’enseignant les fait taire…

De ces nouvelles sensibles, tour à tour graves ou légères, on retient aussi le silence impuissant d’Arthur face aux lettres qui s’alignent sur la page ; il aimerait apprendre à lire, les mots le fascine mais, tétanisé, il en est empêché par la présence d’une mère dont les attentes lui paraissent démesurées – comme si elle s’était appropriée le langage, l'avait confisqué, étouffant le moindre effort de l’enfant, saturant l’air qu’il respire. Et même si le récit s’achève sur une note optimiste, on se surprend à penser que les souffrances d’Arthur, confronté à une mère aux émotions versatiles, ne font que commencer. On prend toutefois conscience qu’à divers degrés, nous sommes tous ainsi – fragiles, à la merci de nos émotions, de nos silences et de ceux des autres. Là réside une des forces de cet ouvrage – nous renvoyer, par le biais de personnages pour lesquels on ressent de la compassion, mais qui ne nous ressemblent pas forcément, à nos propres fluctuations.

http://catherineleblanc.blogspot.com/

http://decouvertes.lucioles.free.fr

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