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La grande famille tzigane

gypsycaravan3.jpgGypsy Caravan – When the road bends…
un film de Jasmine Dellal

Etats-Unis, 2007

 

(par Nicolas cavaillès)

 

Raga, lautari, flamenco… La musique traditionnelle tzigane jaillit dans toute sa richesse, avec ce documentaire américain sur la tournée commune de cinq groupes tziganes aux Etats-Unis et au Canada : dans le même bus, on entend chanter et rire tous ensemble la célèbre chanteuse macédonienne Esma Redzepova, la non moins fameuse Fanfare Ciocarlia, de Roumanie (qui accompagna notamment Goran Bregovic, ou Ovidiu Lipan Tandarica), et, également roumain, le Taraf de Haïdouks (introduit par Johnny Depp, qui a côtoyé le Taraf pour The Man who cried), mais encore le danseur flamenco espagnol Antonio El Pipa, et enfin, venu du Rajasthan, l’impressionnant groupe Maharaja.

Violons virtuoses, cuivres explosifs, chants gorgés de souffrance éraillée, percussions envoûtantes, danses superbes… Les multiples facettes de la musique tzigane ici réunies s’avèrent toutes excellentes. Dans une perspective qui rappelle à la fois Latcho Drom et Buena Vista Social Club, Gypsy Caravan alterne avec souplesse des extraits de concerts en Amérique et des voyages en terre tzigane, de l’Andalousie jusqu’à l’Inde, en passant par les Balkans et, bien sûr, la Roumanie. Le point de vue américain qui est celui de la réalisatrice (d’origine indienne) Jasmine Dellal est sans doute regrettable : malgré des plans très serrés et mouvants sur le faciès des musiciens, on est loin de l’intimité du cinéma d’un Tony Gatlif, encore plus loin de l’intensité des films du génie Kusturica (à commencer par Le Temps des Gitans), et l’on en vient à se demander si ces musiciens tziganes ne perdent pas un peu de leur âme dans la présente affaire. Faire de la musique parce qu’on voyage (l’errance tzigane), ou voyager parce qu’on fait de la musique… Il y a bien sûr la belle universalité de la musique ; mais on peut contester l’idée tacite que la « consécration » soit de plaire au public américain, comme on peut trouver désagréables, voire humiliantes, les images doublement caricaturales où les petits musiciens folkloriques venus de contrées reculées sont confrontés au gigantisme tout beau tout propre des Etats-Unis (Wim Wenders terminait également en montrant ses vieux Cubains du terroir au pied des buildings de la modernité).

 

L’intelligence tzigane dépasse le problème avec insouciance : de même qu’ils subissent des clichés négatifs (leur solide réputation de voleurs de poule), ils jouissent de clichés positifs (l’âme tzigane) qui leur permettent de vendre leurs disques aux pays riches, et, une fois rentrés au pays, d’aider leurs proches, de faire de belles fêtes avec tout le village quand un fils se marie, ou de rendre de puissants hommages quand un vieux violoniste meurt. Gypsy Caravan esquisse en outre une réflexion autour de l’identité et de l’histoire du peuple tzigane, réflexion peu fournie, heureusement aidée par les scènes tournées loin de l’Amérique, sous le soleil de l’Inde, dans les terrains vagues de Roumanie, dans les rues de Skopje, ou sur les places fleuries de Jerez. Famille, prodigalité, musique – les valeurs tziganes s’affirment à l’état brut, dans ce documentaire assez superficiel, mais aux intentions simples et louables, porté par une bande-son extraordinaire.

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