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  • Une couleur à part

    macouleur3.jpgMa couleur
    Catherine Leblanc & Sophie Charpin (illustrations)
    Balivernes, 2007

     

     

    Fathi, bouleversé par la séparation de ses parents, a perdu sa « couleur de famille », sa «couleur d’enfant » ; il se cherche, ne se retrouve plus, et seule une question le taraude à présent : « De quelle couleur je suis ? » ; une question qu’il pose à tous ceux qui l’entourent (au point d’exaspérer sa mère) sans entendre de réponse satisfaisante, ni dans la famille de son père, ni dans celle de sa mère, ni à l’école… Noir, blanc, chocolat, couleur de poussière ou couleur « de crotte » (selon certains camarades de classe…) ? En tout cas, il sait qu’il n’est pas couleur « lait tourné », contrairement au nouvel amoureux de sa mère...

    (par B. Longre)

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  • (Re-)vivre enfin

    cleblanc3.jpgRester vivante
    de Catherine Leblanc

    Actes Sud Junior 2007

     

    (par B. Longre)

     

     

    Nombre de lecteurs (jeunes et moins jeunes) se retrouveront certainement dans Jo, la narratrice créée par Catherine Leblanc, un personnage crédible, touchant, et qui surtout parvient à mettre en mots son mal-être, des mots qui lui permettent de mieux appréhender ses émotions contradictoires ; et ce, en dépit de la méfiance que le langage lui inspire d’ordinaire : « Parler n’empêche pas d’être seul, c’est une illusion de penser que les autres peuvent nous comprendre. » lance-t-elle un jour à son professeur de philosophie – une discipline qui d’abord l’intrigue, puis la déçoit en ce début d’année de terminale.
    Comme beaucoup de narrateurs de romans miroirs, Jo a du mal à communiquer, en particulier avec ses parents, des êtres résignés au désenchantement ambiant, qui se disputent perpétuellement : la mère est intrusive et superficielle, pleine de fausse sollicitude, passant son temps à s'apitoyer sur son sort, le père reste indifférent à sa fille, lui imposant sa vulgarité depuis plusieurs années. La rage qui envahit par instants la jeune fille et la médiocrité des adultes qui l’entourent fait immanquablement repenser, entre autres, à Jeanne, l’adolescente de Mémoires d'une sale gosse de Cédric Erard.

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  • La grande supercherie

    chomeurs3.jpgChômeurs, qu'attendez-vous pour disparaître ?
    Collectif - textes réunis par Jean-Jacques Reboux
    Collection Tous les possibles
    Editions Après la lune, 2007

    (par B. Longre)

    Ce n’est pas un scoop : les chiffres et autres statistiques du chômage sont « grossièrement truqués ». Dans le Canard Enchaîné du 4 avril, on apprend même que la soixantaine d’experts de la Dares (Ministère du travail) protestent contre la très optimiste baisse récemment annoncée par le gouvernement (et que de nombreux médias ont allègrement relayée sans la commenter), une baisse « concomitante avec une série de changements dans les règles administratives de gestion des listes et dans les modalités du suivi des demandeurs d’emploi», et le Canard d’ajouter, « en bon français », que c’est « le résultat d’une tricherie qui a consisté à radier massivement les chômeurs ».

    Ce genre de manœuvre n’a rien d'extraordinaire, ainsi qu’en témoignent les textes rassemblés par Jean-Jacques Reboux, auteur et éditeur, dans un ouvrage instructif, courageux et limpide qui permet de pénétrer la nébuleuse des chiffres, de comprendre ce qui se cache derrière les effets d’annonces, mais aussi de donner la parole à ceux que l’on entend guère d’habitude : des chômeurs, mais aussi des employés d’ANPE (certains ont préféré garder l’anonymat) dont les propos valent leur pesant d’or et qui nous mettent au parfum (entre autres en proposant un glossaire commenté du jargon administratif – signé Léa Ricaud et d’un « Petit dictionnaire ANPÉien » que l’on doit à Olivier Hagel).

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  • « Apollinaire, mes enfants, Apollinaire n’est pas mort »

    apollinaire3.jpgApollinaire, revue d’études apollinariennes, n° 1
    éditions Calliopées, 2007

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Blaise Cendrars, racontant l’enterrement d’Apollinaire, proclamait en ces termes l’immortalité du « flâneur des deux rives » – et c’est cette immortalité (artistique, s’entend) que se propose d’entretenir la toute nouvelle revue qui, en une élogieuse sobriété, a pour titre le simple nom du poète.
    Tout ici fournit matière à lecture et relecture. Placé à juste titre sous l’égide et le parrainage de Michel Décaudin, décédé en mars 2004, ce premier numéro, élaboré par Jean Burgos, Pierre Caizergues, Claude Debon, Daniel Delbreil et Etienne-Alain Hubert, est composé de cinq rubriques : un dossier biographique à suivre, la « saga des Kostrowitzky » que Michel Décaudin laissa avant de disparaître et dont les numéros suivants poursuivront la passionnante narration ; des études d’Etienne-Alain Hubert et Claude Debon sur des inédits prouvant bien qu’« Apollinaire n’a pas dit son dernier mot », comme l’affirme Jean Burgos dans son éditorial ; des « perspectives » précises sur la bibliothèque de Guillaume Apollinaire (Pierre Caizergues») et sur « l’état actuel de la critique universitaire » (Daniel Delbreil) ; enfin, des comptes rendus d’ouvrages et des informations diverses.

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  • Serbie : un cauchemar d’avant

    basara3.jpgGuide de Mongolie
    Svetislav Basara

    Traduit du serbe par Gojko Lukic et Gabriel Iaculli
    Les allusifs, 2006

    parution en poche : juin 2008, 10-18

     

    (par Anne-Marie Mercier)

     

    Guide de Mongolie, autant dire itinéraire dans un pays sombre, corrompu, lamentable, repoussant et écœurant. Les Mongols n’en seraient pas contents. Mais la ressemblance avec la véritable Mongolie est plus que faible, même si certaines scènes sont censées se passer à Oulan Bator. Elle est davantage un prétexte (on pense au Kazakhstan du film Borat), une fable qui tente de dire la décomposition du monde.

    Ce monde pourrait être celui de la Yougoslavie d’avant l’embrasement, un pays étouffé par la langue de bois et la méfiance, par la fausse fraternité et une économie ubuesque, « pays merdique » (le texte a été écrit avant la dernière guerre des Balkans). Ce pourrait être aussi l’univers mental de l’auteur, dans lequel l’extase religieuse et l’abattement éthylique (et vice-versa) se côtoient, où un mort issu d’un texte sadien, un évêque protestant transparent, un ex officier russe reconverti en lama tibétain et l’envoyé spécial d’un journal américain disparu et l’auteur, ou plutôt son double, Svetislav Basara, se rencontrent au bar de l’hôtel d’Oulan Bator où séjourne presque sans mot dire Charlotte Rampling. Ils y jouent les mille et une nuits en se racontant des histoires, entre une exécution de sorcière et une séance de psychanalyse grotesque. La théologie médiévale et la philosophie moderne s’y rencontrent aussi pour débattre de la nature du temps humain. L’amour impossible et prédestiné hante les rares espaces clairs, illuminés par le souvenir d’enfance.

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