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De la fiction avant tout !

kwak.jpgKwak – tout finit par être vrai
Revue (semestrielle) - n°1 L’Assassinat
Editions du Panama, 2005

 

(par Blandine Longre)

 

Les éditions du Panama (nées en 2005 et dirigées par Jacques Binsztok) proposent déjà un intéressant catalogue – des œuvres de fiction, des ouvrages pour la jeunesse, des essais et une revue de belle facture, graphiquement originale, destinée à paraître deux fois l’an.

 

Ce premier numéro s’intéresse de très près à l’assassinat, au meurtre et à la fascination que la violence individuelle exerce sur l’imaginaire – quelles que soient les motivations premières des comportements décrits. Plus d’une quinzaine de nouvelles rassemblées ici abordent la thématique : nouvelles policières, de suspense, mini-polars ou drames humains, dans tous les genres et tous les styles. Une façon de (re)découvrir plusieurs voix littéraires, une grande diversité présidant naturellement à l’ensemble.

On s’attardera sur quelques-uns de ces récits, comme le fascinant drame conjugal signé Fabienne Berthaud (L’anniversaire de Betty), auteure de Mal partout (un roman paru au seuil en 1999 et qui déjà abordait le sujet), ou Simple distraction d’Henri Gougaud (son dernier roman, Le voyage d’Anna, est paru en 2005), dont l’intrigue rappelle adroitement les nouvelles cocasses et noires de Roal Dahl. On aime aussi le récit semi fantastique de Jean-Baptiste Evette (auteur de romans jeunesse et de Jordan Fantosme, de Rue de la femme sans tête, etc. – Gallimard) : Peuplier noir (une tentative de meurtre) se présente comme un récit d’enfance, le narrateur se remémorant d’angoissantes vacances d’été passées en grande partie dans les branches d’un arbre immense dont la véritable nature ne se révèlera que plus tard. De même, Opération Kirka (de Boris Bergman, romancier et parolier) est un surprenant manuscrit reproduit tel quel – aux marges du fantastique, irracontable (au risque de trop en dire…), mais qu’il faut lire sans attendre.D

 

’autres récits, plus en phase avec la réalité, donnent du fil à retordre au lecteur : il est ainsi nécessaire de lire et relire Terror (de Guillaume Lecasble, auteur de Cut et de Lobster) pour en saisir le déroulement – tout se passe dans un restaurant soudain évacué pour cause d’attentat à la bombe – et de s’attarder sur Assassiner n’est pas tuer de Jérôme Boursican, un récit dans lequel un avocat (la profession de l’auteur) retrace froidement, avec lucidité, la manière dont il a défendu un assassin (ou un tueur ?) tchétchène : « il repartit dans les montagnes du Caucase, commettre d’autres assassinats en état de légitime défense. »…

 

Trois portfolios complètent le tout, réalisés par un photographe, Gérard Rondeau (De l’autre côté du pont, une composition photographique au caractère morbide et poétique, ponctuée de citations ou de brèves réflexions personnelles), un peintre, Guillaume Lecasble (Jour et nuit il pleut dans l’oubli, une série de portraits qui racontent l'histoire d'un homme aux prises avec sa mémoire) et un dessinateur, Loustal (une séquence intitulée Scènes de crime, des illustrations accompagnées de textes imaginant les récits qui s’y cachent). Le visuel est aussi présent dans les reproductions d’anciennes couvertures appartenant à la presse à sensation des siècles précédents (Le petit journal, Le journal illustré… ou d’autres faits divers et « romances » comme ce « Petit crucifié »…) – des images qui fleurent le mauvais goût mais que la patine du temps a rendues pittoresques.

 

A signaler aussi, un entretien imaginaire avec Blaise Cendrars, les mots croisés d’Henri Gougaud, des conseils de lecture, et d’intéressantes analyses sur la fiction et ses (nouveaux) modes d’expression : dans « Notes en défense de la fiction », Jean-Baptiste Evette plaide avec ardeur pour un renouveau de la fiction (« La fable (…) lieu unique de liberté » n'est « pas une chose vieille et vidée, mais un domaine presque neuf, un continent obscur auquel on a à peine abordé. ») et pour l’abandon de l’auteur (qui doit «se laisser posséder par des voix étrangères.») ; tandis que Denis Marquet s’attaque intelligemment au règne (relatif) de l’autofiction et au dévoiement de ceux qui « tournent autour du moi », se complaisant dans cet ego superficiel, un matériau qui ne crée pas de la littérature, mais de l’autobiographie maniérée… : « il s’agit de se demander (…) ce qui est littérature et ce qui n’en est pas. ». On repense alors au (bon) mot de Dumitru Tsepeneag : "L'autofiction, c'est l'autobiographie avec la raie de l'autre côté."...
Nul doute à avoir cependant concernant Kwak, qui s'affirme comme une authentique revue de littérature contemporaine.

 

http://www.editionsdupanama.com/

Avec Catherine Allézy, Boris Bergman, Fabienne Berthaud, Jérôme Boursican, Jean-Baptiste Evette, Marie Faucher, Henri Gougaud, Guillaume Lecasble, Nathalie Leone, Loustal, Elsa Marpeau, Denis Marquet, Yveline Méhat, Achille Ngoye, Vincent Ravalec, Gérard Rondeau.

 

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