Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Entre hommage et subversion, quand la littérature transcende la mort.

spreadwide3.jpgSpread Wide
collection Rencontres, Encounters
Kathy Acker & Paul Buck, avec Rebecca Stephens, John Cussans

Editions Dis Voir

 

(par B. Longre)

 

Spread Wide s'est bâti autour d'une "rencontre" (ainsi que le veut la collection que dirige Danièle Rivière) entre l'écrivaine Kathy Acker (décédée en 1997 et dont les Editions Désordres ont entrepris de faire découvrir l'oeuvre aux lecteurs francophones) et Paul Buck, performer et écrivain anglais, avec qui elle entretint une correspondance à la fin des années 1980, alors qu'elle travaillait à son roman Great Expectations (bien entendu inspiré - très librement - du roman du même titre de Charles Dickens, Les grandes espérances) : une "rencontre" singulière, quasi unilatérale, Paul Buck n'ayant d'autre moyen que de "retrouver" feu Kathy Acker par le biais de ses lettres (style saccadé, oralisé, explosif le plus souvent, mêlant réflexions diverses sur son travail et anecdotes très personnelles), et la relecture systématique de ses romans. Dans son post-scriptum, Paul Buck explique ainsi la genèse de Spread Wide : "Le concept consistait à utiliser les lettres de Kathy afin de produire une autre œuvre, une fiction qui prendrait en compte certaines des questions que Kathy mettait en forme dans ses écrits."

Cet ouvrage atypique vers lequel l'on revient toujours, entre étonnement et plaisir (le lecteur ne cessant d'y redécouvrir des détails ou des passages ayant précédemment échappé à son attention) est une construction collective (à laquelle ont aussi participé Rebecca Stephens, écrivaine, et John Cussans, artiste et écrivain) qui rend un bel hommage à l'artiste disparue : un livre de rencontres littéraires et créatives, de télescopages textuels, visuels et typographiques, d'échanges épistolaires et de montages narratifs ; re-création aux abords chaotiques, véritable exploration poétique et artistique dont la forme même épouse les techniques de travail et l'approche artistique de Kathy Acker - ses travaux se situant toujours aux frontières du plagiat (ou du détournement avoué), entre déconstruction et réappropriation d'œuvres antérieures.

 

Surtout, Spread Wide tire sa force d'un jeu à double facette, deux versants complémentaires entre exclusion et inclusion du lecteur, qui découvre des textes autobiographiques (jusque-là inédits), pénétrant l'intimité de l'artiste (dont les préoccupations individuelles sont indissociables de son besoin créatif), auxquels répondent des assemblages de textes remaniés, juxtaposés et transformés, extraits d'une multiplicité d'œuvres qui sont désormais la propriété collective de l'humanité - de Baudelaire à Susan Sontag, d'Ovide à Foucault, de Genet à Nerval, ou encore de Kathy Acker à Henry James... Si nombreux que l'on ne peut les citer tous.

La méthode du semi "plagiat" (tout relatif, la documentation exploitée par Paul Buck étant toujours citée) renvoie à l'œuvre expérimentale de l'écrivaine mais pose aussi la question récurrente de l'inspiration qui toujours, dans une grande spirale défiant la temporalité, naît invariablement de rencontres, justement, entre un auteur potentiel et ses prédécesseurs - dans un jeu intertextuel conscient ou non, sans fin et sans limite, entre insoumission, provocation et hommage - jeu que cet ouvrage (à travers la disposition des textes, les choix typographiques, la reproduction de nombreux documents ou de photographies) illustre à merveille, en un beau prolongement posthume à l'œuvre de Kathy Acker.

 

http://www.disvoir.com/

Les commentaires sont fermés.