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  • Paul, où les tribulations d'une "petite bite".

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    Sébastien Combemale
    Flammarion, 2005

     

    (par B. Longre)

     

    Le titre, monosyllabe égarée cherchant vainement sa moitié pour faire sens, semble attendre qu’on le redouble ; ce sentiment d'incomplétude est au cœur de l'existence de Paul, qui examine sa condition d'homme petitement membré avec lucidité, examen tour à tour pathétique, cynique ou drolatique, frisant l'obsession pathologique, pour notre plus grand plaisir de lecteur. Paul se dit "bancal de naissance, impotent. La vie m'a estropié, amputé." Son sexe de "petite taille", pour reprendre l'un des euphémismes du narrateur, l'a laissé tranquille jusqu'à l'adolescence, époque fatidique des comparaisons et des complexes en tout genre, coïncidant avec la découverte des films pornographiques : "une scène aura suffi pour constater que je n'avais pas de quoi aimer mon prochain comme les autres. Tout juste de quoi m'y faufiler." Ce qu'il voit comme un handicap physique majeur influe désormais sur toute son existence et transforme toute interaction sociale en une souffrance. Sa vie entière se résume à ce manque, à quelques centimètres de chair dont l'absence fait de lui : "un talon d'Achille de la tête aux pieds." C'est toujours à la taille de son sexe qu'il attribue son égocentrisme, sa phobie du féminin, son manque d'amabilité, son onanisme compulsif ou encore sa reconnaissance envers sa mère, l'une "des rares femmes de ma connaissance à avoir pu légitimement s'émouvoir de mon passage en son intimité." Cette moitié d'homme (c'est lui qui le dit...) rejette en partie le besoin de compétition exacerbée qui caractérise la plupart des comportements de ses pairs et tâche de dépasser son complexe d'infériorité en cultivant une certitude secrète : celle de valoir mieux que les autres, ceux qui affichent sans crainte du ridicule leur assurance phallique et leur fierté dominatrice ; "leur aisance me déchire. Je les hais parce qu'au fond de moi je les envie. Si vulgaires et odieux soient-ils, ils sont mes héros et je ne me sens pas de taille." pense-t-il à l'adolescence, un temps de frustrations et de plaisirs solitaires.

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  • Le poète clandestin

    chenez3.jpgLe Resquilleur du Louvre
    Bernard Chenez
    Editions Héloïse d’Ormesson, 2005

    (par B. Longre)

    Pensant pénétrer dans l'univers d'une humanité aux abois, celle des abandonnés rencontrés par hasard au coin d’une rue (et dont on évite soigneusement de croiser le regard, par crainte d'y lire, justement, trop d'humanité) le lecteur entre sans grande méfiance dans le récit d'un "sans domicile fixe" ; de magouilles en combines, entre débrouillardise et roublardise, entre désespérance lucide, nostalgie et illusion comique, le narrateur anonyme se métamorphose pourtant en sage éclaireur, philosophe dépenaillé mais détenteur d'une vérité unique. Les apparences étant ainsi inévitablement trompeuses, ce qui pourrait être une peinture crûment réaliste de la misère s'avère être un roman savoureux où la fantaisie le dispute à une noirceur existentielle qui transcende la simple description des privations matérialistes et des stratégies de survie.

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