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  • Entre rêve et réalité

    chaboud3.jpgSous les sables d'Afghanistan
    Jack Chaboud
    Editions du jasmin, 2004

     

    (par B. Longre)

     

    Ayoub, quinze ans, est apprenti bijoutier chez maître Hosseini, qui tient une échoppe dans un caravansérail où les nomades vont et viennent, au fil des saisons. Le garçon, orphelin, plutôt orgueilleux, aime à pavoiser devant ses camarades plus jeunes, mais rêve aussi d’espaces lointains en observant les voyageurs qui font halte dans ce lieu ; il attend plus particulièrement une «fille aux yeux dorés», aperçue un an plus tôt, qui lui avait mystérieusement annoncé : «Tu es comme moi, tu peux écouter les voix de l’intérieur. Elles nous parlent de loin.» avant de repartir avec son peuple. C'est en interrogeant maître Hosseini que le garçon apprend que les nomades vivent comme hors du temps et à l’écart, quand ils le peuvent, des sombres réalités contemporaines qui frappent l’Afghanistan depuis des décennies : ils « sont libres comme l’air ; ils vont sans hâte, loin des villes et des guerres. Ils forment les maillons d’une chaîne qui les unit à tous leurs semblables du passé et de l’avenir. »

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  • Autour du trou

    Matéi Visniec

    Mais, Maman, ils nous racontent au deuxième acte ce qui s’est passé au premier

    Traduit du roumain par l’auteur.

    Editions L’espace d’un instant, 2004

    Cette « fantaisie, mascarade, bouffonnerie et expérience en deux actes » a été écrite en roumain en 1979, et aussitôt censurée. Matéi Visniec la livre maintenant au public français, et c’est tant mieux. Autour d’un trou, symbole d’on ne sait quoi, mais d’un « on ne sait quoi » dans lequel se tapit, on le subodore, du malheur, de l’oppression, de la séduction, de la résignation… autour de ce trou donc, grouille, se précipite, se dispute, se perd, se retrouve, s’enfuit tout un monde d’humains anonymes ou identifiés, atemporels ou historiques, menteurs ou sincères.

    Et là, dans ce magma d’illusion, émergent quelques instants de vraie vie, quelques instants qui font que la folie vaut d’être exhibée, avec toute la liberté dont dispose le metteur en scène, par la grâce de l’auteur qui précise bien cependant : « Le titre de la pièce est sacré ».

    http://www.sildav.org

    http://www.theatre-contemporain.net

  • Chronique sociale au futur de l'indicatif

    loiduplusbeau3.jpgLa loi du plus beau
    Christophe Lambert
    Autres Mondes, Mango, 2004

    (par B. Longre)

    En tant que genre, l'anticipation vise avant tout à poser des questions qui ont une résonance contemporaine, une façon détournée, mais qui ne trompe personne, de dénoncer certains comportements politiques ou sociaux et leurs dérives, en les amplifiant, parfois sur le mode de la caricature. C'est le thème de l'apparence qu'a cette fois retenu Christophe Lambert, auteur de romans d'anticipation et de science-fiction pour la jeunesse depuis 1997.

    La loi du plus beau nous projette vingt ans en avant, dans un monde urbain qui ressemble beaucoup à celui que nous connaissons (hormis quelques gadgets amusants ou autres inventions technologiques très vraisemblables) : libéralisme, chômage, difficultés sociales, etc. ; des données certes accentuées par les discriminations physiques institutionnalisées par le gouvernement : le secrétariat d'État à l'Esthétique a en effet imposé un classement intitulé «l'échelle d'Apollon», à partir duquel les individus sont étiquetés, dès l’enfance, selon leur "beauté".

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  • Quand la littérature s'immerge dans les faux-semblants du réel

    La Diffamation
    Christophe Dufossé
    Denoël, 2004

    (par B. Longre)

    A première vue, rien que de très ordinaire : une petite ville de province relativement paisible, Amboise, un couple uni, Anna et Vincent et leur fils de quatorze ans, Simon. Anna, enseignante en sociologie à Tours, entame une année sabbatique pour rédiger un ouvrage spécialisé ; elle semble satisfaite de cette pause, qui lui permet de consacrer un peu de temps à son fils Simon, un enfant précoce et solitaire - un isolement qui concerne aussi Vincent et Anna : "Nous n'arrivons pas à apprécier des gens avec suffisamment d'assiduité. Bâtir notre existence sur un petit nombre d'êtres humains a été notre choix dès le départ et nous en sommes très heureux." Vincent est employé dans une petite agence immobilière, mais son travail le rend soucieux — un remaniement de personnel semble être en cours depuis que le fils du directeur a repris l'affaire.

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  • La sirène d'Amidé

    kaikisen3.jpgKaikisen, retour vers la mer
    Satoshi KON

    Casterman, collection Sakka, 2004

     

    (par Blandine Longre)

     

    S'inspirant d'une mythologie poétique qui prête à l'ondine (représentée ici sous les traits de la femme-poisson, telle que nous la connaissons) des pouvoirs sur la mer et ses créatures, Kaikisen se présente comme un manga émouvant, palpitant et engagé, dont l'action se déroule à Amidé, une petite ville côtière imaginée par l'auteur, et qui s'accroche à son passé tout en essayant de s'adapter à une modernité galopante, avec la promesse d'un essor économique sans précédent. L'histoire débute sur un œuf mystérieux dont Yôsuké, un jeune homme rêveur et respectueux des traditions, sera bientôt l'unique gardien, comme l'est encore son grand-père, prêtre Shintô. Ce dernier, en dépit de son grand âge et du cancer qui le ronge, a encore la force de s'opposer vivement aux desseins de son fils, le père de Yôsuké, qui a "vendu son âme" en osant sortir l’œuf de son sanctuaire et le donner en pâture aux médias, à l'affût de nouveautés depuis que la petite ville de pêcheurs se transforme.

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  • Pudeurs du bernard-l’hermite

    ortlieb3.jpgCarnets de Ronde
    Gilles Ortlieb
    éditions Le Temps qu’il fait, 2004
    collection Lettres du Cabardès

     

    (par Jean-Baptiste Monat)

     

    Certaines voix graves, certains murmures même, portent plus loin que les cris d’hystérie. Les Carnets de ronde de Gilles Ortlieb (auquel Le Matricule des anges consacre un précieux dossier dans son numéro de novembre-décembre 2004) souffriront peu, dès lors, d’avoir paru en septembre, au cœur de la « rentrée littéraire ».

     

    Le livre rassemble sept textes sans lien apparent, inédits ou secondes versions de publications en revues (dans L’animal, Rehauts, Poésie 2001 et Théodore Balmoral), tous d’une longueur équivalente et d’une grande cohérence de style. Pourtant, nulle narration suivie, nul thème constant ou figure imposée : l’auteur exploite ce genre indéfiniment extensible du carnet pour nous promener, d’une randonnée dominicale le long de la Moselle (Dimanche fleuve) à l’angoisse citadine des logements vides (Déménager), avec toujours la même singulière musique au creux de l’oreille. Musicien, il faut que notre poète le soit à sa façon pour relever avec autant de justesse ces airs diffus du quotidien, ces « rires à l’étage en dessous », ce «transistor lointain, à peine audible », ce « froufroutement ténu d’un papillon captif se heurtant contre l’abat-jour du plafonnier». Les pages de Gilles Ortlieb foisonnent de ces bruits, de ces gestes rares qui en tous lieux promettent un étonnement jubilatoire. L’on aime voir notre narrateur tomber en arrêt devant le va et vient d’un chantier, en proie à « ce réel, quoique difficilement explicable, plaisir éprouvé à voir déverser une pelletée « réussie », débordante, dans une benne dont le conducteur d’engin égalise ensuite le contenu avec des délicatesses d’oursonne toilettant son rejeton. »

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