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La sirène d'Amidé

kaikisen3.jpgKaikisen, retour vers la mer
Satoshi KON

Casterman, collection Sakka, 2004

 

(par Blandine Longre)

 

S'inspirant d'une mythologie poétique qui prête à l'ondine (représentée ici sous les traits de la femme-poisson, telle que nous la connaissons) des pouvoirs sur la mer et ses créatures, Kaikisen se présente comme un manga émouvant, palpitant et engagé, dont l'action se déroule à Amidé, une petite ville côtière imaginée par l'auteur, et qui s'accroche à son passé tout en essayant de s'adapter à une modernité galopante, avec la promesse d'un essor économique sans précédent. L'histoire débute sur un œuf mystérieux dont Yôsuké, un jeune homme rêveur et respectueux des traditions, sera bientôt l'unique gardien, comme l'est encore son grand-père, prêtre Shintô. Ce dernier, en dépit de son grand âge et du cancer qui le ronge, a encore la force de s'opposer vivement aux desseins de son fils, le père de Yôsuké, qui a "vendu son âme" en osant sortir l’œuf de son sanctuaire et le donner en pâture aux médias, à l'affût de nouveautés depuis que la petite ville de pêcheurs se transforme.

Deux visions du monde et de l'existence s'affrontent : l'une, passéiste, qui perpétue la légende de l'ondine (elle confierait un œuf à la ville, tous les soixante ans, promettant en échange des pêches abondantes aux habitants), et l'autre, progressiste, qui tente de développer les infrastructures urbaines et le tourisme afin d'endiguer l'inévitable exode des citoyens vers des villes plus grandes. Quant à Yôsuké, entre deux eaux, il prend le parti de son grand-père, tout en doutant néanmoins de l'existence de la femme poisson ; jusqu'au moment où les indices s'accumulant, il prend conscience de son ignorance et se résout à croire aux pouvoirs de la créature.

On trouve ici une abondance de thèmes croisés, et le récit oscille, sans jamais se fixer, entre une poésie parsemée d'ingrédients appartenant au domaine du merveilleux et un réalisme socio-économique calculateur qu'il est cependant impossible de rejeter en bloc. Chacun des personnages incarne ces différents degrés d'interprétation du réel, en une gamme de nuances qui évitent à ce roman graphique de tomber dans un manichéisme où bien et mal s'affronteraient sans fin. Le dénouement proposé par Satoshi Kon (réalisateur, entre autres, de Perfect Blue) ne manque malheureusement pas de bons sentiments, mais demeure louable, et se lit comme la tentative intelligente de réconcilier ce qui paraît habituellement irréconciliable.

http://www.sakka.info

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