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  • Une écriture du vrai

    kristof3.jpgL’analphabète

    Agota Kristof - récit autobiographique
    Editions Zoé, 2004

     

    (par Jean-Pierre Longre)

    Dans Le grand cahier, premier volume de sa trilogie romanesque composée aussi de La preuve et Le troisième mensonge, Agota Kristof fait écrire aux deux jumeaux, narrateurs et protagonistes se donnant à eux-mêmes des leçons de « composition » : « Pour décider si c’est "Bien" ou "Pas bien", nous avons une règle très simple : la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons ». Et quelques lignes plus loin : « Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues, il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits ».

    Dans L’analphabète, Agota Kristof semble appliquer à son écriture autobiographique les règles qu’elle a imposées à ses personnages fictifs : tout y est « vrai », c’est-à-dire, à coup sûr, conforme à la réalité telle que la mémoire peut la restituer, mais aussi indemne de toutes les déformations que l’expression de la sensibilité personnelle et de l’autoanalyse provoquent généralement dans le jeu des souvenirs.

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  • Une amitié à toute épreuve

    collen3.jpgUne affaire de femmes
    Lindsey Collen
    traduit de l'anglais (Afrique du sud) par Pascale Blanchard
    (titre original : Getting rid of it)
    Dapper littérature, 2004

    (par B. Longre)

     

    Trois jeunes femmes, amies, sœurs de misère, vivotent mais survivent malgré le carcan des lois injustes que tentent d'imposer les hommes, la religion et l'État ; elles occupent des baraques insalubres dans un bidonville de l'île Maurice, "des cabanes voisines, dressées sur les Terres de l'État. Avant, ça s'appelait Crown land, et puis maintenant c'est devenu Kowlenn. Mais officiellement c'est State Land, se sont les Terres de l'État. Elles vivent sur le versant inhabitable d'une montagne (...) Là où les eaux torrentielles balayent la terre, provoquant des dongas, déclenchant des glissements de terrain à chaque cyclone, qui menaçaient de les emporter elles aussi, leur corps et leurs huttes. (...) Le gouvernement les appelle des squatters. (...) Chacune avait eu un avis d'expulsion, collé avec de la colle artisanale, sur le mur en tôle ondulée, à côté de leur porte d'entrée. Elles avaient été averties. Mais elles n'avaient nulle part d'autre où loger. Qui voudrait vivre sur la pente d'une montagne s'il pouvait vivre dans un endroit plat ?"


    La survie au quotidien ne leur ôte cependant pas leurs aspirations plus lointaines, leur essence, leur générosité ou encore le souvenir de leurs anciennes maîtresses, à l'époque où elles étaient servantes ; trois maîtresses qui, en dépit de leur position sociale, avaient elles aussi dû subir les assauts sexistes du genre masculin et qui en sont mortes. Mais Jumila, "vendeuse de petits articles" (dont les marchandises sont régulièrement confisquées par la police), Sadna, employée à l'hôpital dans l'aile "glisser-et-tomber" (avortements illégaux et fausses couches), et Goldilox, femme de ménage dans un vaste édifice aux vitres fumées, sont elles bien vivantes et décidées à le rester ; quand débute le récit, c'est un problème en apparence insoluble qui va les réunir, tout au long d'une journée inoubliable, une journée de pérégrinations durant laquelle chacune aura l'occasion de se remémorer le passé, leurs brèves enfances, les premières épreuves.

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