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10/05/2004

Patchwork impressionniste

adaniashibli3.jpgReflets sur un mur blanc

Adania Shibli

traduit de l'arabe (Palestine) par S. Dujols

Actes Sud, 2004

 

 

(par B. Longre)

 

L'écriture de ce roman (qui se déroule en Palestine, mais qui semble comme hors du temps et de l'Histoire) repose sur une lecture intime et singulière du réel : une vision décomposée en infimes détails qui forment un réseau d'impressions visuelles, tactiles et sonores (taches de couleur, fissures, matières écaillées — un leitmotiv) où chaque sens joue un rôle bien défini. Des personnages anonymes, désignés par leur fonction sociale ou familiale, tissent un univers entropique qui enveloppe la jeune fille, pivot submergé de la narration : comme si cette dernière, impuissante, ne pouvait influer sur les événements et les êtres qui l'entourent et la malmènent, parfois involontairement.

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04/05/2004

Cauchemar à l'américaine

wojnarowicz1.jpgAu bord du gouffre
David Wojnarowicz

Traduit de l'anglais par Laurence Viallet
Collection Désordres, Le Serpent à Plumes, 2004
parution en 10-18 septembre 2005

(par B. Longre)

« Humez l’odeur des fleurs pendant qu’il est encore temps »

Cet ouvrage regroupe des textes fulgurants signés David Wojnarowicz, écrivain (mais aussi artiste peintre, vidéaste, performer etc.), mort du Sida en 1980 : des récits aux allures d’un On the Road des années 8O, à travers une amérique (notons la minuscule initiale) démythifiée ; des fragments de prose poétique où jouissance et violence se rejoignent inlassablement (on pense par instants aux Journaux du dramaturge britannique Joe Orton, qui vivait son homosexualité - encore punie par la loi à l'époque - comme un délinquant), l’auteur paraissant écartelé entre le désir de provoquer et celui de faire partager ses cauchemars les plus fous, les plus réalistes aussi. Ainsi, Au bord du gouffre se présente d'abord comme une visite guidée atypique à travers les "u.s.a.", l'auteur mêlant poésie déjantée et anarchisme lucide pour mieux témoigner de son dégoût envers son pays : un style qui se fait souvent photographique, une suite de clichés renversés jouant sur les ombres et la lumière dans des descriptions presque hallucinatoires, une outrance à la Antonin Artaud et une écriture sous influences de toutes sortes… Quelques pans de son intimité nous sont dévoilés, ses souffrances d’enfant maltraité (battu, violé, fugueur, etc.), ses rencontres sexuelles avec des inconnus, ses voyages dans l’amérique «profonde» (comme « Dans l’ombre du rêve américain »), et la maladie qui l'affaiblit.

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