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Patchwork impressionniste

adaniashibli3.jpgReflets sur un mur blanc

Adania Shibli

traduit de l'arabe (Palestine) par S. Dujols

Actes Sud, 2004

 

 

(par B. Longre)

 

L'écriture de ce roman (qui se déroule en Palestine, mais qui semble comme hors du temps et de l'Histoire) repose sur une lecture intime et singulière du réel : une vision décomposée en infimes détails qui forment un réseau d'impressions visuelles, tactiles et sonores (taches de couleur, fissures, matières écaillées — un leitmotiv) où chaque sens joue un rôle bien défini. Des personnages anonymes, désignés par leur fonction sociale ou familiale, tissent un univers entropique qui enveloppe la jeune fille, pivot submergé de la narration : comme si cette dernière, impuissante, ne pouvait influer sur les événements et les êtres qui l'entourent et la malmènent, parfois involontairement.

Ce trait récurrent se double d'une impossibilité : celle d'avoir accès au monde des autres, celui de ses huit sœurs et de sa mère, plus particulièrement. Un phénomène qui s'accentue lorsqu’une otite frappe la jeune fille ; c'est avec des sentiments ambivalents qu'elle accueille ce silence artificiel : "on dirait qu'elle a eu une énorme dispute avec tout le monde, et que le silence est sa punition" ; mais par instants, cette absence sonore est vécue comme "un paradis", s'apparentant au silence du frère mort :"le silence était sa seule forme d'existence, pour l'éternité."

 

Reflets sur un mur blanc est un roman dont l'écriture limpide dérange et émeut ; une écriture dépouillée mais qui dissimule des fêlures intérieures profondes : la vision éclatée d'un petit village palestinien et d'une poignée de ses habitants, vus à travers le prisme dilaté, exacerbé, d'une jeune fille solitaire, à l'affût ; un personnage étrange, qui interprète son environnement à l'aune de son regard étonné, naïf et pénétrant, celui d'un esprit dont on sent le besoin inavoué de s'échapper. On trouve là de bien belles images, des tableaux muets inoubliables, un symbolisme qui se refuse à être trop insistant (laissant ainsi la porte ouverte à de multiples interprétations) et un texte qui se gorge peu à peu d'une multiplicité de détails, de sons et de couleurs, de gestes et de scènes captés au ralenti, qui suspendent le temps qui passe.

 

http://www.actes-sud.fr

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