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« Où est la liberté, Yacine, où est le bonheur ? »

clefdessages3.jpgLa Clef des Sages
Michèle Bayar et Jean-Claude Djian

illustrations d’Arnaud Bétend
Petit à Petit, 2003

(par Martine Falgayrac)

Un tapis soyeux file dans le ciel de l’Algérie contemporaine. Conduit par la magie et l’amour, «libre comme la grive», il emporte deux jeunes gens, avides de bonheur, vers la demeure d’un vieux sage…
Yacine dévore les livres et apprécie par-dessus tout la poésie ; il ne va plus au collège depuis qu’il a pris la relève de son père, tisserand à Tlemcen. Maintenant, le jeune garçon de quinze ans, reconnu intelligent, cultivé et habile, «travaille le jour, étudie la nuit et rêve tout le temps». Il aimerait tant retourner à l’école, revoir Amina dont il est amoureux, être remarqué par le père de la jeune fille, se payer un ordinateur pour l’échoppe… Dernièrement, le vieux sage Ali Amoura lui est apparu en songe, brandissant sous son nez la clef du bonheur ! Yacine partirait bien sur un tapis volant pour aller chercher ce trésor, pour que tout s’arrange. Hélas « ce n’est pas en rêvant qu’on arrive à quelque chose » lui répète son père. Pour l’heure, il faut terminer le tapis de soie qui doit être livré demain… Zitouna, somptueuse chatte angora aux pouvoirs merveilleux, douée de parole, persuade Yacine de «prendre son destin en main» et transforme l’ouvrage en tapis volant. L’amour qui est «plus fort que toutes les magies» conduit l’équipage jusqu’à la villa d’Amina ; c’est décidé, les adolescents feront ensemble le voyage jusqu’à la grotte du sage…

Ces évènements viennent contrecarrer les projets de Moussa Ben Djnoun, un être abject qui convoite les biens de l’éminent Mustafa Bey, père d’Amina. Le cruel personnage envisage de kidnapper la jeune fille pour faire plier le négociant. Furieux de voir sa proie s’envoler, l’infâme recense ce dont il dispose : lunette astronomique, télescope à rayons infrarouges, système GPS pour suivre et localiser le tapis, jet privé pour se déplacer… Heureusement aidés et conseillés par Zitouna, guidés par la magie et l’amour, Yacine et son amie affrontent tous les dangers...
Le récit de Michèle Bayar et Jean-Claude Djian recèle tous les éléments d’un conte merveilleux traditionnel : les « djinns », esprits de l’air, le tapis volant, l’animal qui parle, les pluies d’étoiles, les pouvoirs et les transformations. Finalement les bons sont heureux et récompensés, les méchants convertis, punis ou perdus. Mais ici la réalité contemporaine se mêle de façon surprenante au fantastique : le jeune tisserand consulte une revue informatique, Moussa Ben Djnoun utilise un téléphone portable, des Mirages 2000 encadrent le tapis. Yacine le cultivé connaît des auteurs français comme Philippe Djian, Jean Echenoz ou Michel Tournier. Amina, en jean, ressemble à Lara Croft. Le tapis traverse le ciel d’Algérie, d’ouest en est en partant de Tlemcen ; en arrivant près d’Alger, il survole le « triangle de la mort » lieu d’actes terroristes sanglants en 1997 ; à Constantine, les héros arpentent un marché typique avec ses odeurs si particulières.

Le lecteur se laisse emporter par les péripéties du conte et découvre en même temps tout un pays : sa géographie, ses sites prestigieux, ses coutumes, sa religion, sa langue. Un glossaire reprend quelques mots d’origine arabe, utilisés dans le récit. L’éditeur propose un prolongement pédagogique intéressant sur son site Internet : il y manque seulement une carte permettant de mieux visualiser le périple de Yacine.
Jalonnée d’illustrations en couleurs, une par chapitre, La Clef des Sages constitue un ensemble palpitant qui invite à la lecture, à la réflexion et au voyage : on s’amuse et on apprend. La dédicace prépare à l’humour que les auteurs utilisent souvent dans leur récit. Yacine est volontairement un héros d’une grande humanité : il se demande « si la clef du sage Ali Amoura aura aussi le pouvoir de libérer le pays de la violence et de cette sale guerre qui ne dit pas son nom. » L’épilogue comporte un message d’espoir, de partage et de pardon. Yacine et Amina triomphants peuvent rêver ensemble de leur avenir : ils sont vraiment, à l’image d’Aragon et de sa femme Elsa « faits pour être libres… faits pour être heureux, comme la grive pour être libre, le printemps pour être amoureux ». Cependant « d’autres turbulences les attendent », paraît-il ! C’est avec plaisir qu’on se laissera encore emporter par le tapis magique, Zitouna et les jeunes gens inspirés par Verlaine, « dans le ciel par-dessus le toit, si bleu, si calme… »

http://www.petitapetit.fr

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