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Maudits artistes…

chung4.jpgL'expérience interdite
Ook Chung

Le serpent à plumes, 2003

(par B. Longre)

L’expérience interdite, littéraire et humaine, dont il est question ici, a été mise en place par Bill Yeary, mégalomane plein d’imagination ; son rêve a pris corps dans une petite île des Philippines : une "ferme" souterraine, peuplée d’hommes-animaux encagés, coupés du monde, et contraints d’écrire, toujours écrire, du mieux qu’ils peuvent, malgré l’insalubrité, la puanteur la malnutrition, les coups et les jeux sadiques de Bill Yeary… Fantastique réceptacle de génies littéraires, ce « bestiaire d’écrivains extraordinaires » produit des Goncourt et des Pulitzer et fait la fortune de son inventeur ; il est parti d’un principe assez simple, après avoir étudié de près les perles de culture et leur "fabrication" ; fasciné par le processus de création qui se joue à l’intérieur des huîtres — on y introduit un "irritant" pour les inciter à former des perles — il s'attelle à créer des «perles humaines», se chargeant de leur procurer l'irritation appropriée...

La fantaisie débridée d’Ook Chung est encore une fois à l’œuvre et sa diatribe parabolique est sans pitié : le monde littéraire, selon l’écrivain québécois, ressemble vraiment à cela – et quand bien même certains traits de la satire demeureraient caricaturaux, on voit où il veut en venir… Une critique acerbe de la décadence des sphères littéraires et des auteurs, qui s’endorment sur leurs lauriers : « il me semble que les écrivains traités comme des coqs en pâte ont tendance à s’amollir et à se corrompre. Ils écrivent de moins en moins bien à mesure que leur indice de confort augmente. La célébrité, les émissions de télévision, les interviews leur montent à la tête, et ils préfèrent passer leur temps à commenter leurs œuvres plutôt qu’à en produire de nouvelles. Pas étonnant que nombre d’entre eux finissent par n’écrire que des navets ou par ne plus écrire du tout. » confie Bill Yeary à son journal. D’autres voix se font entendre, un véritable ballet d’écrivains sans noms (Le désabusé, Le Pécheur pénitent, Le Révolté, Le Pleurnichard, le Maso…) dont les propos permettent à l’auteur (un autre encagé ?) de faire le tour du monde des lettres et des sentiments qui inspirent les écrivains. Leurs écrits? «des chiures mentales» d’après un autre de ces artistes maudits qui ne peuvent travailler et produire que dans la souffrance, source de toute créativité ; il existe ainsi « un lien indubitable entre la littérature dite "sérieuse" et… le syndrome de l’épine au pied.». A méditer... car ce dernier ouvrage d’Ook Chung (après ses Nouvelles orientales et désorientées et Kimchi) devrait donner froid dans le dos aux écrivains et détourner de la voie littéraire ceux qui rêvent d’écrire ou d’être publiés !

du même auteur
Kimchi
Nouvelles orientales et désorientées

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