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Pérégrinations d'une pierre qui roule...

janineteisson3.jpgLa petite pierre de Chine
Janine Teisson
illustrations de Chen Jiang Hong
Actes Sud Junior, les contes philosophiques 2004

 

(par B. Longre)

 

Ce conte va volontairement à l'encontre de l'adage populaire qui dit qu'une pierre qui roule n'amasse pas mousse... Car la petite pierre de ce "road-movie" philosophique va profondément s'enrichir, découvrant le monde, les hommes, la nature et le sens des choses, tirant une sage leçon de chacune de ses expériences.

 

Avant d'entreprendre, un peu malgré lui, ce long voyage, le caillou sans importance se tient immobile entre deux énormes rochers surplombant la Chine, Paah et Maah (qui jouent le rôle de père et de mère), imperturbables : « Personne ne savait qu'il existait un petit espace entre les deux rochers géants et que, dans cet espace minuscule, il y avait une petite pierre. » Cette dernière n'ose bouger, croyant que sans elle les deux gros cailloux s'écrouleront ; un jour, pourtant, ce sont les éléments qui vont se charger de la transporter ailleurs. D'abord l'eau, puis des animaux (un poisson argenté, un canard, une perdrix...) mais aussi les hommes, qui tour à tour la rejettent ou s'en servent, la traitent avec indifférence ou lui montrent combien elle peut être utile ; par sa faute, un homme mourra ; grâce à elle, une femme aura avancé dans son travail...

Chaque nouvelle aventure est une occasion d'apprendre et d'explorer, de percer quelques secrets du vivant et de mettre à jour les lois implacables qui régissent la vie humaine ou animale, sur un ton qui demeure résolument poétique. La petite pierre découvre aussi des sensations (le vide, l'obscurité, la fraîcheur de l'eau, la peur etc.) et des sentiments, lorsqu'elle s'attache un peu trop à une famille qui vit misérablement dans une cabane — lieu où, paradoxalement, elle va comprendre ce que sont la beauté et l'amour, mais aussi la tristesse, tirant alors une jolie leçon : « Oui, c'est la tristesse, mais c'est aussi l'affection. Je me suis attachée à eux. Sans doute n'y a-t-il pas d'attachement sans souffrance. » Le dernier enseignement n'est pas explicitement formulé, mais l'on comprend qu'au terme de son périple, elle a grandi, a pris de l'assurance, a accepté d'être séparée de Paah et Maah — une parabole qui montre que l'on peut quitter le giron parental et partir au loin sans nécessairement être obligé d'oublier d'où l'on vient.

 

Ce récit d'apprentissage très parlant a le mérite d'être accompagné de superbes esquisses, des estampes dont le classicisme sied parfaitement au rythme paisible et régulier (en dépit de multiples changements de lieux) du voyage de la petite pierre : car même si elle apprend beaucoup, elle semble indestructible (ou peut-être est-ce le matériau dont elle est faite qui renforce cette impression ?) et paraît posséder une sagesse incomparable, presque scientifique, qui se fonde sur l'observation empirique du monde environnant et sur des hypothèses formulées avec acceptation, voire soumission : "ainsi soit-il" paraît-elle nous dire après chacune de ses découvertes ; une philosophie du constat et une façon de mettre sur le même plan humanité, monde végétal et monde animal qui n'est pas sans rappeler certains écrits de l'auteur japonais Izumi Kyôka.

http://www.actes-sud-junior.fr/

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