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Petite Anthologie du mystérieux

mysterieuxdelits3.jpgMystérieux Délits
L'Ecole des loisirs, 2003 - collection Médium

(par B. Longre)

Six nouvelles "policières" de facture plutôt classique composent cette anthologie du mystérieux, dans laquelle les Anglo-saxons dominent : les Américains Lilian Jackson Braun, bien connue pour ses chats détectives, Fredric Brown, auteur prolifique, mort en 1972, et John Dickson Carr, que l'on ne présente plus ; les trois autres récits sont signés Peter Lovesey (auteur britannique dont le fils, Phil Lovesey, suit fidèlement les traces) et deux français : Paul Halter (un Alsacien...), dont l'oeuvre est influencée par Carr, et Michel Lebrun, "le pape du polar", qui livre ici une fable absurde assez réussie.
Christian Poslaniec, l'anthologiste, explique ses choix (dans une introduction destinée à des lecteurs un peu aguerris au genre) et redéfinit brièvement les caractéristiques du genre policier, une veine qui, peu à peu, quitte le monde de la "paralittérature" pour entrer dans celui de la "véritable" littérature, contredisant ainsi les puristes. Charles Poslaniec a opté pour des nouvelles semi-fantastiques, dont le dénouement est généralement suspendu, en point d'interrogation ; la plupart des intrigues sont habiles et les solutions proposées retorses, souvent imprévisibles.

Le genre policier étant protéiforme, transformable à l'envi et en constante évolution, les auteurs aiment bien entendu se jouer des normes et des conventions, ou bien intégrer à leurs récits des procédés narratifs ou des atmosphères empruntés à d'autres genres. Prenons par exemple Susu et le fantôme de 20h30, (de Lilian Jackson Braun) qui met en scène deux sœurs, dont la routine domestique plutôt paisible est brisée quand survient dans leur existence un étrange voisin ; la chatte des jeunes femmes se prend d'affection pour ce monsieur et l'attend chaque soir devant la porte d'entrée, à huit heures trente précises... Là, l'inquiétude s'insinue peu à peu, sans que l'on puisse vraiment la formuler explicitement, envahissant le petit monde semi-bourgeois des deux sœurs. Au contraire, dans Les morts dansent la nuit de Paul Halter, l'atmosphère est pesante d'emblée, et le scénario de départ nous paraît coutumier : le Dr Twist, dont la voiture est tombée en panne un soir d'orage, trouve refuge dans une belle demeure campagnarde, qui abrite cependant des êtres mélancoliques et troublés par un passé qui n'en finit pas de se rappeler à eux : "C'était un autre monde, un univers sans vie, endormi dans la nuit des temps." pense le Dr Twist ; difficile alors de ne pas confondre réalité et illusion... Une autre "histoire de fantôme" est racontée dans Satan et demi, une nouvelle intéressante où le narrateur, un compositeur en mal d'inspiration qui s'est volontairement isolé dans un petit cottage, se retrouve cependant forcé d'en découdre avec un drôle de chat fantôme et un voisin agressif.

D'autres nouvelles, en dépit d'une intrigue alambiquée, ont des dénouements plus pragmatiques et réalistes, comme L'homme qui vit l'invisible de John Dickson Carr et Derrière la porte close de Peter Lovesey, cette dernière nouvelle tenant davantage de l'escroquerie réussie que du fantastique. Mais Le représentant de Michel Lebrun est un récit qui intrigue davantage, car l'auteur ne se sert ici du genre policier que pour mieux démonter les ressorts de l'absurde et nous plonger directement dans un univers renversé, où les représentants en "crimes parfaits" n'ont rien d'extraordinaire.

L'initiative de regrouper quelques récits permettant d'initier à un genre à part entière n'est pas nouvelle ; on trouvera, dans la même collection, Crimes parfaits (1999) et D'étranges visiteurs, (1991), des textes compilés par le même auteur. Les choix sont intéressants, donnent quelques pistes à un lecteur débutant dans le genre et éveillent nécessairement sa curiosité ; l'ouvrage peut aussi être très utile aux enseignants de lettres, qui savent bien que qu'un bon polar est généralement "déclencheur" et incitera les élèves à lire davantage, les récits policiers présentant aussi des schémas narratifs généralement assez clairs, facilement analysables. Mais le lecteur tout court y trouvera aussi son compte, quand bien même il aurait souhaité pouvoir découvrir davantage d'auteurs francophones...

http://www.ecoledesloisirs.fr

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