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  • Enfances rêvées, enfances vécues

    Jours anciens

    Pierre Autin-Grenier
    L'Arbre, 2003

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Jours anciens (troisième édition augmentée d’un poème) a fait l’objet d’une parution en 1980, d’une autre en 1986, a reçu le Prix Claude Brossette à Quincié (Beaujolais), et, pour tout dire, est un très beau petit objet livresque, à manier avec un mélange de respect et de familiarité, à consommer avec précautions et sans modération. Tout y est soigné, le contenant et le contenu, le flacon et le nectar.

    Le flacon, ou le « gobelet d’argent » (titre de l’un des textes) : vingt-cinq poèmes en prose dans une édition précieuse assurée par Jean Le Mauve, typographe et poète, à qui succède, depuis sa mort, sa compagne Christine Brisset Le Mauve. Vrai papier, vraie reliure, belle couverture, belle mise en page… Recommandons aux auteurs et aux lecteurs pour qui un livre n’est pas qu’un alignement de mots.

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  • Polyphonie romanesque

    spielberger4.jpgOtto le puceau
    Christophe Spielberger

    Editions Florent Massot, 2003

    (par Jean-Pierre Longre)

    L’histoire pourrait être simple et édifiante : un gentil garçon, amoureux de sa sœur, est victime avec sa famille d’un accident de voiture, dont il réchappe seul. Démuni de tout, il trouve refuge dans un petit village où les autochtones au pittoresque de « France profonde » le regardent comme un provocateur et perturbateur ; il y aura des conséquences, qu’il ne convient pas de relater ici.

    Sous la plume de Christophe Spielberger, la succession des événements se structure en une sorte de ronde menée par des mouvements de séparations et de rencontres entre les personnages (Otto et sa sœur Nathala, Otto et Lucie la jeune vierge du village, Otto et Commodo le jeune homme du même village, accessoirement Nathala et Colas qui attend sa petite amie sur la « Brave Côte ») : comédie-ballet, épopée dérisoire, lanterne magique, prisme multiple où la variété des points de vue va de pair avec la diversité des tons. Otto, spécialiste en « alterologie », est animé par la curiosité des autres (et la curiosité de soi), les titille et les tarabuste pour les faire réagir, ces hommes qui ont aussi les qualités et les défauts des animaux ; mieux se connaître, et par là construire un univers où tout peut advenir, même les scènes fantastiques et terrifiantes de Gabelune, forêt mystérieuse où il ne fait pas bon pénétrer, même le véritable amour de l’autre et la profonde connaissance de soi (Otto sonne comme autre et auto, soi-même, rappelant aussi l’auto accidentée et enfouie sous les eaux, celle d’où tout est parti).

    On l’aura compris, l’originalité du récit est liée à sa composition polyphonique, à son style particulier et parfois déroutant, à sa forme plurielle. Le jeu des mots et des sonorités, des réminiscences, de la psychanalyse, de l’intertextualité, de la parodie, voire de la satire (une charge, entre autres, contre Houellebecq), ce jeu est un élément clé du roman, où par ailleurs « il est délicat de démêler le vrai du faux, comme dans tout mythe qui se respecte ». De nombreuses trouvailles verbales (parfois dans le style de Boris Vian) rappellent que Christophe Spielberger est l’auteur de La vie triée, et que la littérature est d’abord une question de choix d’écriture.

    http://spielberger.free.fr/

  • Ancré dans le réel

    yimunyol3.jpgL'île anonyme
    Yi Munyol

    Récits traduits du coréen par Ch’oe Yun et Patrick Maurus
    Actes Sud, 2003

    (par Jean-Pierre Longre)

    À la lecture de ces cinq récits, dont la composition s’étage sur une dizaine d’années (entre 1979 et 1989), on perçoit une évolution que Ch’oe Yun, l’un des traducteurs, confirme et définit dans sa préface : de l’hésitation à caractère dialectique inhérente à toute exploration de l’âme humaine par l’écriture littéraire à la nostalgie (allant jusqu’au « plaidoyer ») d’un passé et d’une tradition révolus. Mais au-delà de ces changements progressifs, l’unité du volume justifie la publication simultanée des textes qu’il contient.
    Car tout y paraît de l’ordre du réel. Les événements relatés ici, mettant en scène des personnages du peuple, socialement repérables (ouvriers, institutrice, artisan, militaire...), tournés vers un avenir incertain ou un passé idéalisé, ces événements peuvent ou ont pu se produire dans la vie quotidienne. Mais ce réel est aussi celui des limites, des frontières entre possible et impossible, certitude et incertitude, croyance et scepticisme, passé et présent, tradition et modernité, moral et immoral... Et les questions demeurent, plus lancinantes que les éventuelles et improbables réponses, non seulement dans l’esprit des personnages, mais aussi dans celui du lecteur.

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  • Parlons des Tchétchènes…

    chardon3.jpgLe Chardon Tchétchène
    Sous le rouleau compresseur russe
    Collection J'accuse..!
    Syros, 2003

    (par Martine Falgayrac)

    Laurence Binet a déjà écrit pour « J’accuse ! », collection militante des droits de l’homme : en 1997 Nakusha l’indésirable dénonçait la condition des femmes en Inde et en Afghanistan. Elle publie cette fois Le chardon Tchétchène, composé de deux récits et d’un dossier documentaire, qui s’inscrit dans le programme d’information mené par Amnesty International sur l’affrontement russo-tchétchène qui perdure. Ce conflit sans fin est marqué de part et d’autre par de graves violations des droits humains.

    Les deux premières parties du livre sont des récits mettant en scène des personnages «innocents», l’un civil tchétchène, petite fille ordinaire dans une famille tchétchène ordinaire, le second simple soldat russe exécutant son service militaire. Les deux récits suffisent pour bien comprendre la douleur et l’horreur de cette guerre civile destructrice. Nombre de jeunes lecteurs seront surpris car peu d’entre eux situent la Tchétchénie. D’ailleurs, il aurait été intéressant de placer une carte géographique au début du livre, d’y placer Grozny, Moscou, de remarquer la proximité de régions en pleine actualité (Iran, Iraq…). Les deux fictions croisent étroitement la réalité. Elles pourraient sûrement être proposées en marge du programme d’histoire géographie qui prévoit l’étude de la Russie en classe de 4e mais dans des manuels dépassés par les évènements.

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