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Ancré dans le réel

yimunyol3.jpgL'île anonyme
Yi Munyol

Récits traduits du coréen par Ch’oe Yun et Patrick Maurus
Actes Sud, 2003

(par Jean-Pierre Longre)

À la lecture de ces cinq récits, dont la composition s’étage sur une dizaine d’années (entre 1979 et 1989), on perçoit une évolution que Ch’oe Yun, l’un des traducteurs, confirme et définit dans sa préface : de l’hésitation à caractère dialectique inhérente à toute exploration de l’âme humaine par l’écriture littéraire à la nostalgie (allant jusqu’au « plaidoyer ») d’un passé et d’une tradition révolus. Mais au-delà de ces changements progressifs, l’unité du volume justifie la publication simultanée des textes qu’il contient.
Car tout y paraît de l’ordre du réel. Les événements relatés ici, mettant en scène des personnages du peuple, socialement repérables (ouvriers, institutrice, artisan, militaire...), tournés vers un avenir incertain ou un passé idéalisé, ces événements peuvent ou ont pu se produire dans la vie quotidienne. Mais ce réel est aussi celui des limites, des frontières entre possible et impossible, certitude et incertitude, croyance et scepticisme, passé et présent, tradition et modernité, moral et immoral... Et les questions demeurent, plus lancinantes que les éventuelles et improbables réponses, non seulement dans l’esprit des personnages, mais aussi dans celui du lecteur.

Qui est vraiment Kim Hyonsik, à propos duquel la jeune ouvrière du « Blues de Kuro » subit un interrogatoire serré ? Un étudiant révolutionnaire ou un escroc ? Qui est aussi Kkaech’ol, le seul être du village à ne pas être de la « famille », île anonyme dont le secret est à la fois ignoré et partagé par tous ? Comment pallier l’effacement du monde ancien qui meurt avec le vieux chapelier de « Pour les choses qui disparaissent » ? Faut-il participer au tumulte ou le fuir ? Se battre ou dormir comme « Le porc de Pyrrhon » ?

La fiction et la réalité se mêlent, forgeant un réel qui est celui de la véritable écriture maîtrisée, de la création littéraire au sens plein du terme. Pas de certitudes, mais une belle prose qui recèle la poésie des êtres et du monde. Pas de réponses aux questions, mais une angoisse profonde qui est celle de l’humanité, se posant éternellement les questions : « Que s’est-il donc bien passé ? [...] Sans que je m’en sois rendu compte, le monde où je vis s’est-il peu à peu rempli de choses incompréhensibles ? ».

http://www.actes-sud.fr

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