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Incertain retour aux sources

chrisoffutt3.jpgNo Heroes
A memoir of coming Home, de Chris Offutt - Methuen, 2003

Les hommes ne sont pas des héros, traduit de l'anglais par Anne Wickle - Mercure de France, 2004

(par B. Longre)

No Heroes se pose d'emblée comme un récit autobiographique tâtonnant, l'auteur avouant ne pas toujours savoir où ce récit doit le mener : " Le plus étrange, c'est que je ne me suis jamais mis à écrire ce livre. Les cassettes audio étaient destinées à mes enfants et le reste provenait de mon journal." Chris Offutt, revenu vivre quelque temps, avec femme et enfants, sur sa terre natale, les collines du Kentucky, plonge le lecteur dans une autre Amérique, semi-rurale où ses amis d'enfance sont restés d'authentiques kentuckiens, souvent sans le sou, une petite communauté repliée sur elle-même. Se réajuster à cet environnement n'est pas aussi simple que l'écrivain le pensait : il n'est plus l'étudiant désinvolte qui passait son temps à fumer de l'herbe et vivotait de petits boulots ; il est maintenant un père de famille qui vient postuler pour un emploi de professeur de "creative writing" (une spécialité universitaire typiquement anglo-saxonne, le plus souvent absente des facultés françaises...), une sorte "d'animateur" d'ateliers d'écriture, à l'Université de Morehead : une tentative d'apporter un peu de son savoir-faire aux étudiants de cette institution peu reconnue, considérée comme un établissement de deuxième classe.

Mais au cœur de son récit patient et très plaisant (truffé d'anecdotes amusantes et de portraits idiosyncrasiques de Kentuckiens) émerge un autre récit : la double autobiographie de ses beaux-parents, Arthur et Irene, tous deux juifs, rescapés des camps de la mort : leurs récits juxtaposés (la retranscription fidèle d'enregistrements recueillis pas l'auteur) sont posés tels quels sur la page, bruts, des souvenirs fragmentaires et intenses qu'ils n'avaient jamais véritablement formulés de vive-voix, préférant oublier après leur arrivée aux États-Unis.
Peu à peu, un fil conducteur se dessine, les barrières temporelles s'estompent et les récits s'imbriquent les uns dans les autres : l'enfance et l'adolescence de l'écrivain, les difficultés de son retour actuel, et les horreurs de l'holocauste.

Mais par-dessus tout, c'est le pas calme et tranquille du promeneur kentuckien qui domine, annonçant un cheminement intérieur et littéraire incertain, et qui crée l'illusion d'un récit en construction, en cours d'élaboration, tandis que Chris Offutt s'interroge sur le bien-fondé à la fois de son retour aux sources et de son propre projet livresque, tout en tentant de définir, malgré tout, ce que peut signifier le terme "home", la "maison/foyer". Une chronique dont la modestie intrinsèque est particulièrement appréciable, dans laquelle l'auteur parvient, en partant de récits et d'impressions en apparence décousus, à reconstituer un parcours intelligent et patient, en reconnaissant que l'héroïsme est avant tout une invention de l'esprit, que c'est d'abord la volonté de survivre qui permet de cheminer toujours plus avant.

du même auteur, ouvrages parus en Français
Le fleuve et l'enfant, Bibliothèque américaine, Mercure de France, 1998 / Folio 2002
Kentucky Straight, Gallimard Collection La Noire (1998) / Collection Folio policier, 2002
Le bon frère, Collection La Noire, Gallimard, 2002
Sortis du bois, Collection La Noire, Gallimard, 2002

http://www.methuen.co.uk

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