Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La belle et la bête

Braise
Laura Desprein
Arléa, 2002

(par B. longre)

Le premier roman de Laura Desprein oblige à côtoyer, dans les moindres détails, une obsession amoureuse qui n'en finit pas de se terminer, une passion incongrue entre "Braise" et "Feu" : une jeune étudiante apparemment saine et un homme sur le retour, pervers sexuel à ses heures, plus ou moins impuissant, mais pour qui la narratrice éprouve une attirance presque contre nature. Quand Valérie (son véritable nom) était lycéenne, c'était lui qui la pourchassait (délaissant pour un temps la sortie de l'école primaire du coin...), l'inondant de petits cadeaux pour la séduire. Deux ans plus tard, c'est elle qui se lance à sa recherche, tant le souvenir de "l'obsédé" l'obsède ; ceci, en dépit de l'apparence physique un peu répugnante ("petit, rondouillard et tout le reste", résume-t-elle), des idiosyncrasies du personnage et des vingt années qui les séparent. S'ensuivent des retrouvailles un brin sordides, des rencontres furtives que Valérie dissimule à son entourage et à ses amis étudiants, entamant ainsi une double vie parfois humiliante et d'autres fois excitante, comportant de multiples moments d'extase qui, paradoxalement, la mènent en enfer.

Braise décrypte habilement le mécanisme de la passion, ce long processus d'attraction-répulsion, et explore l'idée que tant que l'obscur objet du désir n'est pas totalement conquis, tant que l'énigme de l'autre n'est pas entièrement déchiffrée, rien ne peut entamer l'obsession amoureuse. La franchise du ton va de pair avec le déshabillage des âmes et des corps ; ce roman est d'abord une confession sans limites et crée délibérément un malaise dans l'esprit du lecteur ; la narratrice conte aussi ses rêves et le cauchemar récurrent qui l'emporte vers ses huit ans, à la piscine, un rêve dominé par la présence menaçante d'un maître nageur qui la rejoint sur un plongeoir d'où elle refuse de sauter ("Je suis à l'extrémité du plongeoir, seule et grelottante pour l'éternité") ; elle revit ce traumatisme initial chaque nuit, alors que se délite son amour, pour mieux rebondir quelques jours plus tard. Derrière la passion et l'impudeur du ton, se dessinent aussi une grande poésie et une surprenante lucidité : "Parce que de jour comme de nuit je fais des rêves en forme de contes de fées, il faudrait que j'aille jouer les femmes sacrificielles avec un pervers qui a l'âge de mon père. Voilà où ça mène les petites filles, de croire aux princes et aux princesses, ça nous détraque le cerveau à vie, oui. (...) On ferait mieux de jouer aux cow-boys et d'apprendre le karaté. Après, rien à dire, on serait à égalité, c'est le plus con qui gagnerait." ; un humour amer qui sonne toujours juste et qui tranche avec le destin pathétique de la narratrice. Un premier roman prometteur

http://www.arlea.fr

Les commentaires sont fermés.