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Thriller littéraire

colapinto3.jpgAbout the author
de John Colapinto -
Fourth Estate, 2002

Auteur en sursis
traduit de l’anglais par Cécile Arnaud - Belfond, 2003

(par B. Longre)

 

La poursuite de la célébrité peut se décliner de multiples façons, souvent sur le mode satirique. Avec About the author, les amateurs de suspense et d'humour trouveront leur compte, car ce premier roman (palpitant, admettons-le) ne manque pas d'efficacité (on serait tenté de dire "à l'américaine"). Mais sous des dehors de thriller littéraire un peu facile, le récit est avant tout une confession angoissée, écrite dans l'urgence par un homme qui a longtemps caché son jeu, et qui a donc beaucoup à nous apprendre : Cal Cunningham revient ainsi sur ses pas et raconte comment, fraîchement sorti de l'université, il s'installe à Manhattan dans l'espoir de devenir écrivain, mais surtout, "célèbre". Il vivote pourtant, trouve un emploi dans une librairie et partage un sordide appartement avec un colocataire rigide et ennuyeux : Stewart Church, un jeune étudiant en droit, qui s'enferme des journées entières dans sa chambre, avec pour seule compagnie son ordinateur. Cal, lui, passe ses soirées à écumer les bars du "Village", où il vit de brèves aventures avec des filles un peu crasseuses, qui se prétendent artistes... sa façon à lui de se forger une expérience, un "matériel" personnel qu'il pourra ensuite exploiter dans le fameux roman dont il n'a toujours pas écrit une seule ligne...

Quand il découvre la véritable nature de son colocataire, (ce dernier n'est pas un vulgaire étudiant, mais un potentiel auteur à succès) les ambitions de Cal s'effondrent : lui qui n'est jamais parvenu à surmonter ses peurs face à la page immaculée, ne mériterait-il pas d'être un véritable auteur ? Comment a-t-il pu vivre deux ans durant auprès de quelqu'un qui lui aurait comme "volé" son inspiration ? La jalousie et l'envie ne lui laissent aucun répit et Cal vient de comprendre qu'il ne suffisait pas de multiplier les aventures sordides ou d'avoir quelques contacts brefs et superficiels avec de "vrais" auteurs (qui viennent signer leurs ouvrages dans la librairie où Cal s'étiole) pour pouvoir s'imaginer écrivain. Pourtant, la chance et le sort vont s'unir pour offrir au jeune velléitaire l'occasion rêvée de s'emparer du manuscrit de Stewart Church, d'ainsi faire carrière et de compter parmi les plus grands (et les plus riches) dans les cercles littéraires new-yorkais.

Le lecteur se prend vite au jeu de ce garçon submergé par son ubris, qui conserve malgré tout des remords ; en dépit de ses vices et sa rouerie, la sympathie du lecteur penche naturellement vers ce personnage : un phénomène purement hitchcockien, à l'image du rythme narratif dans son ensemble ; un rythme et un ton qui rappellent sans équivoque les romans de Douglas Kennedy (où là encore, le protagoniste s'enferre dans de multiples mensonges et fausses situations censées précipiter sa chute et renforcer l'effet de suspense). Un autre procédé ingénieux consiste à mettre en place une mise en abîme littéraire continue lorsque dans la quatrième partie du roman, l'on voit le narrateur/auteur écrire son premier chapitre et commenter ses propres mots.

About the author (en dépit d'un dénouement un peu hâtif et d'une tendance inégale au cliché) n'est pas un thriller bas de gamme : l'auteur, journaliste et essayiste, a passé plus de 13 ans, de façon intermittente, à le composer (non que ceci puisse être un gage de qualité en soi ) mais surtout, à travers cette farce tragi-comique, il amorce une réflexion sur l'acte même d'écrire : John Colapinto a longtemps cru être capable de composer un chef-d’œuvre ; il tente de raconter, par le biais de Cal Cunningham, comment il a compris son erreur et que la voie de l'écriture, même si ceux qui pensent pouvoir devenir des "Auteurs" sont nombreux, est une entreprise ardue et hasardeuse : de cette prise de conscience (probablement douloureuse), est né ce premier roman, une comédie noire qui comporte d'intelligents moments d'introspection, de nombreuses scènes cocasses (la satire de l'univers éditorial est particulièrement adroite) et une ironie dramatique habilement menée.


http://www.4thestate.co.uk/

 

 

http://www.belfond.fr

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