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"La cage étroite du temps"

christophedufosse1.gifL'heure de la sortie
Christophe Dufossé
Denoël, 2002
Folio Gallimard, 2004

(par B. Longre)

Les enseignants seraient-ils des créatures à part ? A en croire Christophe Dufossé, ils formeraient une catégorie atypique, une espèce sclérosée et obnubilée par des relents d'enfance, et pourtant en tous points génétiquement semblables aux autres humains... C'est du moins le point de vue, non pas tant énoncé qu'esquissé, qui domine ce sombre roman. L'histoire est racontée par l'esprit en perdition d'un jeune professeur de français, Pierre Hoffman, qui porte un regard désabusé, cynique mais aussi très amusant sur la profession, une vision amère mais teintée de drôlerie du microcosme de la salle des profs de son collège : des descriptions et des remarques peu flatteuses qui sonnent juste de bout en bout, en dépit d'un penchant à noircir allègrement le tableau. Mais peut-il en être autrement, alors que L'heure de la sortie débute abruptement par la défenestration d'un stagiaire d'histoire-géo, depuis sa salle de classe ?

Eric Capadis était discret et renfermé, dépressif, communiquant rarement avec ses collègues, et le principal, dont Hoffman fait un portrait peu amène, s'empresse d'étouffer l'affaire, de l'enterrer avec le corps du jeune homme. Il faut pourtant bien terminer l'année scolaire et c'est Hoffman qui est chargé de remplacer son collègue décédé... Dès les premiers contacts avec les élèves de Capadis, la 4e F, l'enseignant perçoit quelque chose d'étrange qui émane du groupe de jeunes adolescents, admirablement soudé, étrangement discipliné : une violence sourde et muette, une hostilité latente ; une atmosphère glaçante plane sur les cours et Hoffman parvient difficilement à briser la glace, se sentant comme un intrus. Les enfants auraient-ils une part de responsabilité dans la mort tragique de Capadis ? Hoffman mène ainsi une enquête improbable, qui le conduit à d'étranges découvertes.

A la noirceur du récit, s'ajoute l'angoisse existentielle du narrateur, un être rongé par sa solitude, par "une anxiété relationnelle" incurable ; son désœuvrement apparent est propice à l'introspection et il éprouve une fascination morbide pour le jeune Capadis, qui lui ressemblait un peu : Hoffman vit seul dans un grand appartement, mène une vie d'ermite, à la limite de la misanthropie et ne cesse de revivre des souvenirs de jeunesse, dans l'espace clos et réconfortant de sa conscience, à l'abri du monde urbain, un isolement choisi comme un rempart. Cet état d'esprit épouse à merveille le récit et permet aussi à Pierre Hoffman d'être le seul à pouvoir comprendre un peu mieux ses élèves qui, comme lui, s'isolent volontairement : "Nous nous sentons tous très très seuls au collège. La solitude parmi les adultes est la chose la plus triste du monde", lui avoue l'un d'entre eux. Pour les autres adultes, ils ont l'apparence d'extraterrestres robotisés, d'impénétrables créatures : "Ils ne bougent pas, on dirait des petits mannequins de cire dans vitrine à Noël" s'étonne un chauffeur de car scolaire et chacun d'eux s'exprime "comme un sémanticien en herbe", remarque Hoffman.

Derrière ses allures de roman noir, ce récit très allégorique est aussi une exploration des zones d'ombres de l'enfance, un univers avec lequel les adultes ne parviennent pas à communiquer, sauf peut-être certains êtres comme Hoffman, qui n'ont jamais vraiment pu échapper à ce monde : " Les enfants sont la vérité universelle, et tout le monde le sait. Les gens ont peur d'eux à cause de ça. Ils leur parlent gentiment pour cette raison. (...) En grandissant, cette vérité a tendance à se diluer avec des voix nouvelles, venues de l'extérieur de nous-mêmes. Nous commençons à douter et à oublier les choses fondamentales. Quand j'étais gosse, j'habitais la cage étroite du temps et je m'y sentais bien." raconte Hoffman, qui tente désespérément de retrouver ce paradis perdu.

Du même auteur
La diffamation (Denoël, 2004)

http://www.denoel.fr

 

Commentaires

  • tiens! c'est rigolo, je l'ai lu il y a quelques mois! ça m'avait plus mais bizarrement je n'en ai AUCUN souvenir (j'ai peut-être occulté ;-D)
    bises

  • Surprenant... !

  • ça m'avait "plu" bien sûr! l'orthographe et moi on est fâchées en ce moment: sûrement la faute à mes 5ème (ou alors c'est un lapsus!)

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