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Fiction explosive

christophepaviot3.jpgMissiles. Et souvenirs cardiaques
Christophe Paviot

Le Serpent à Plumes, 2002

 

(par B. Longre)

 

Christophe Paviot a ajusté son tir à la perfection et en 18 nouvelles, il dynamite tabous et préjugés ; des récits qui flirtent avec un gore décapant, de petites plongées dans un univers inquiétant et paradoxalement très familier et qui oscillent entre horreur et burlesque. Chacune de ces nouvelles nous réserve une surprise explosive, à tendance macabre : dans Nouvelle cargaison, le narrateur est le seul rescapé d'une effroyable tempête qui s'est abattue sur une plate-forme pétrolière ; on le croit sauvé, mais le dénouement se fait glaçant... dans Aïwa 280, où l'atmosphère est pesante, c'est au tour d'un surfeur de livrer d'inquiétants souvenirs ; Jenny et Sarah raconte l'histoire malsaine mais cocasse d'une étonnante prise d'otages, et la nouvelle 15, dont le titre ne nous est donné qu'à la fin, est une brillante démonstration de "science sans conscience", où la déflagration finale marque l'anéantissement de l'espèce humaine, ou presque...

Ainsi, l'auteur excelle véritablement dans la veine parodique, mais l'horreur ne domine pas toujours ; l'hilarant Interview en est un flagrant exemple : Tristan de la Boétie, journaliste, s'entretient avec trois troubadours grunge, (ils ont révolutionné le monde musical médiéval !) chantres de la provocation gratuite qui brisent leur luth et leur lyre à chaque fin de concert... Dans Tous les Geckos ne s'appellent pas Jimmy, on retrouve un certain Paul Michael Glazer (qui ne se souvient pas de l'inénarrable Starsky de la célèbre série ?), qui a basculé dans le crime... Dans 23327, c'est une Catherine Deneuve calculatrice qui joue un rôle insoupçonnable et l'on retrouve le fils de Brian Jones dans un mélo incestueux (This is for Brian).

 

Les genres s'interpénètrent constamment, comme lorsque Christophe Paviot reconstruit le monde à la façon d'un auteur de science-fiction (dans Edgar a les dents jaunes, une réflexion moralo-burlesque sur la mortalité) ; dans Je vais essayer d'écrire un truc sans parler de cul, ou encore dans la nouvelle 15, il n'hésite pas à forger un pot-pourri de situations, à la limite de l'exercice de style.
On appréciera ces nouvelles car la provocation n'y est jamais gratuite ; le style est parfait (certains passages dégagent même une émouvante poésie) et la peinture que l'écrivain fait de notre monde est une vision intelligente et trempée d'humour noir, une manière comme une autre de s'interroger sur les maux et les frasques de l'être humain et de rendre compte de sa relative vacuité...

 

Du même auteur : Cassé (Kurt Cobain) - Naïve, 2008

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