Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/03/2002

Equipée sauvage

cohn1.gifAnarchie au Royaume-Uni
Mon équipée sauvage dans l'autre Angleterre
de Nick Cohn

traduit de l'Anglais par Elisabeth Peellaert
Editions de l'Olivier, 2000
(Titre original : Yes, We Have No, 1999)

 

(par B. Longre)

 

Le périple de Nick Cohn, revenu sur les lieux de sa jeunesse, est loin d'être banal : il raconte comment, durant des mois, il a sillonné les routes d'une Grande-Bretagne sur le déclin, "un pays en proie au trouble, violent et dépossédé, par endroits au bord de l'anarchie." L'auteur lève le voile sur un pays bouillonnant, "en permanence sur le feu", qui se compose d'exclus de tous bords, des marginaux qui forment une véritable république, anarchique, chaotique, celle des films de Ken Loach et Mike Leigh.


De Londres à Manchester, en passant par Liverpool et Bristol et autres régions frappées par les crises économiques successives, les rencontres se multiplient, quitte à étourdir à la fois le lecteur et l'auteur, qui suit fidèlement son guide, Mary Carson, époustouflante de rage, garçon manqué profondément humaniste. Ainsi, il redonne figure humaine à tout un peuple délaissé, des personnages pittoresques et déjantés, dont la naïveté est souvent touchante : Johnny Edgecombe, qui a connu son heure de gloire en 1962, car mêlé de près à la célèbre affaire "Profumo", des supporters de foot, des nomades new-age menacés d'expulsion par les municipalités ; mais aussi des SDF, comme Martha, femme déglinguée qui a abandonné mari et enfants pour partir en quête de son amant, ou Megan, dix-huit ans, la battante et championne de kick-boxing (appris en échange de fellations). Mais la "république" serait incomplète sans les plus exclus des exclus, les immigrants pakistanais ou indiens (avec Bobby, DJ de l'Asian Underground) ou les "West Indians", comme Laurence, le Jamaïcain, petit truand raté.
Quelques uns parviennent à analyser leur situation, comme Tom, de Liverpool, qui dit vivre en "subsidocratie" ("ce qui signifie passer la moitié de sa vie assis sur son cul à attendre") et sa mère Maggie, qui constate amèrement que "la seule issue, c'est la délinquance". Mais le plus grand nombre se contente de livrer (assez facilement) souvenirs, espoirs et désespoirs, et l'auteur se fait l'unique messager de ce "peuple" à part ; on regrettera le fait qu'il décrive plus qu'il ne dénonce, car son exploration est livrée brute, sans recul ; peut-être parce que Nick Cohn s'intéresse davantage aux individus qu'au système qui les dévaste ; ce qui tend à engendrer, malgré le ton implicitement engagé de l'ouvrage, une certaine monotonie dans la succession des témoignages. Néanmoins, son "équipée sauvage" demeure une exploration, soit informelle, mais quasi anthropologique d'une société dévastée par des années de thatchérisme.

Les commentaires sont fermés.