Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le bonheur là où l’on peut

    echenoz.gifJean Echenoz

    Je m'en vais
    (Editions de Minuit, 1999)
    Prix Goncourt 1999

                                

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    « Je m'en vais » sonne un peu comme le « Allons-y » des vagabonds de Beckett. D'emblée on décide de partir, mais pour où ? Et à la fin, le désir d'y aller est toujours présent, mais on reste là à attendre Godot ou l'on ne sait quoi, l'on ne sait qui. Non, on ne restera pas vraiment : le temps de prendre un verre, de quitter sa femme, d'en voir passer quelques autres, de courir à la recherche d'antiquités exotiques dans le Grand Nord, de se faire voler les dites antiquités par un usurpateur d'identité, de négocier avec des peintres à la mode et des collectionneurs snobs.

    L'art, la virtuosité de Jean Echenoz, c'est d'évoquer les péripéties les plus diverses, en une narration qui prend tour à tour des allures de roman d'aventures (l'expédition sur la banquise), de roman policier (sur les traces des objets volés), de roman d'amour (la belle Hélène, une femme différente), de roman satirique (les excès du mercantilisme artistique), de roman existentiel (les errances sentimentales et les fragilités cardiaques du héros), et en même temps de montrer comme le temps passe, aussi vide que le métro un dimanche d'été, jusqu'à ce que tout recommence, dans une circularité digne des romans de Queneau (Queneau, que l'on retrouve au coin de certaines pages dans l'art du raccourci et de l'accélération, ou chez certains personnages dont la consistance ne s'épaissit qu'au fil des pages).

    Lire la suite

  • Disponibilité de l’écrivain

    Pierre Autin-Grenier

    Toute une vie bien ratée
    (Gallimard, 1997 / Folio, 1999)

     

    (par Jean-Pierre Longre)

     

    Pierre Autin-Grenier, né à Lyon il y a une cinquantaine d'années, circule entre les mots comme il circule entre les lieux (imaginaires ou réels, Lyon ou la Provence) et entre les années (lointaines ou immédiates), avec une délicieuse nonchalance et une émouvante incertitude. Les textes de Toute une vie bien ratée sont écrits comme en marge, notes laissées au hasard de l'humeur, aux lisières, aux limites : limite des genres (nouvelles, journal intime, souvenirs ?), limite des registres (du réalisme au fantastique, du minimalisme au lyrisme, du comique au tragique), et certains titres à eux seuls annoncent tout un programme : Je n'ai pas grand-chose à dire en ce moment, Des nouvelles du temps, Rêver à Romorantin, Toute une vie bien ratée, Tant de choses nous échappent !, On ne sait pas vraiment où l'on va, Souvent je préfère parler tout seul, Je suis bien nulle part, Inutile et tranquille, définitivement.

     On sent bien que la fausse désinvolture cache de vraies angoisses, des « questions de plomberie existentielle », les grands problèmes que les hommes se posent entre naissance et mort, avec la (trompeuse ?) consolation de ne pas dramatiser la situation : « Quoi de plus sain, en effet, que de regarder tranquillement le temps passer sans la moindre prétention à vouloir le rattraper ? », et de rester « inutile et tranquille, définitivement ». Mais il y a aussi et surtout la question de l'écriture : « Aujourd'hui me voici à l'âge des bilans ; je m'interroge, la nuit, pour savoir ce qui a bien pu m'entraîner dans cette activité de perdant : aligner des mots à la queue leu leu sur une page blanche dans l'espoir insensé d'en faire des phrases ! »

    A lire Autin-Grenier, on s'aperçoit pourtant vite que les mots ne sont pas alignés au petit bonheur la chance, et que l'oisiveté revendiquée est plutôt une disponibilité, celle du véritable écrivain qui travaille avec passion et acharnement à laisser venir et prendre corps le seul matériau dont il dispose : les mots. Et ces mots, agencés plutôt qu'alignés, prennent une épaisseur telle que remplissant les pages, ils réalisent l'espoir insensé non seulement de faire des phrases, mais, au-delà des incertitudes génériques, de faire chanter la poésie.

    http://www.francopolis.net/francosemailles/AutinGrenier.html

    http://remue.net/cont/autingrenier1.html