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Aliénation

choe1.gifPoétique de la soif
Ch’oe Yun
récits traduits du Coréen par l'auteure et Patrick Maurus
Actes Sud,
1999

(par B. Longre)

Dans cet ouvrage sont regroupés quatre récits écrits à différentes périodes, mais ayant pour dénominateur commun la Corée du "miracle économique" et les répercussions dévastatrices de ces changements sur l'individu et la société entière. Une tristesse ineffable semble adhérer aux êtres qui ont un profond sentiment de solitude dans des foules anonymes : ils intériorisent leurs émotions, ne parvenant pas à communiquer dans un monde clos et oppressant. Par bonheur, l'écriture ouvragée de Ch'oe Yun leur permet d'exister et de révéler leurs peurs et leurs rêves, leurs lâchetés et leurs courts bonheurs : une écriture alambiquée, une prose empreinte d'une poésie mouvementée qui illumine les récits ; la traduction sonne juste, sans maladresse, chaque mot ou chaque figure de style semblant choisi pour l'occasion.

L'auteure s'adresse aux personnages (comme dans Poétique de la soif, qui conte l'ascension laborieuse d'une femme vers un matérialisme destructeur), et au 'tu' parfois accusateur de ce premier récit, se substitue un 'tu' de distanciation dans Maison chambre porte mur champ marché corps chemin eau (fragments autobiographiques). Ce dernier 'tu' se substitue au 'je' de l'auteure, comme si cette dernière, en évoquant des instants révolus, souhaitait créer un éloignement entre son enfance et son existence actuelle. Ces réminiscences, étranges et pourtant si familières, font écho aux suivantes, dans Washington Square ; là, alternent le passé et le présent d'un homme qui croit reconnaître, en une mendiante recroquevillée sur les marches du métro, une fille aimée et abandonnée.

Le dernier récit (Les treize noms du parfum d'une fleur) est un conte lyrique et bucolique, qui narre, souvent avec ironie, la naïveté d'un couple de rêveurs (Bye et Mains Vertes ont uni leur solitude et leurs rêves et engendrent une fleur étrange, le Chrysanthème du vent) et le caractère impitoyable d'un monde surmédiatisé et d'une société de consommation menée par des bureaucrates.
Ce qui caractérise ce recueil, c'est la limpidité de l'écriture, la pureté des émotions, mais aussi le désespoir ambiant et les frustrations morales. Ces éléments s'allient pour mieux dénoncer l'aliénation d'un monde qui ne laisse pas d'alternative à l'individu, en témoigne l'acte ultime des protagonistes dans le premier et le dernier des récits.

chez Actes Sud, du même auteur :
Là-bas, sans bruit, tombe un pétale (1991)
Il surveille son père (1993)
Avec cette neige, grise et sale (1995)

http://www.actes-sud.fr

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