Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/03/2012

Sitartmag

Le site a cessé de publier en juillet 2009, mais nombre d'articles restent accessibles.

Les archives sont consultables ici.




01:39 Publié dans Vie du site | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sitartmag

25/07/2009

Festin de fantaisie

Magyk (livre un)
de Angie Sage

Le Livre de poche, 2008


(par Anne-Marie Mercier)


Ce premier roman de Angie Sage, illustratrice, avait déjà paru en 2005 et été immédiatement traduit en français (chez Albin Michel). Il est donné aujourd’hui en format poche, et c’est une très bonne nouvelle, car ce roman est excellent à bien des égards et mérite de trouver un public encore plus large.
De nombreux rebondissements, un suspens toujours actif, chaque problème résolu en dévoilant un autre, tout cela fait que les jeunes lecteurs avaleront facilement ses 500 pages, comme ils l’ont fait avec les Harry Potter, Eragorn, etc.
Une foule de personnages occupent cette histoire. On y trouve les couples antagonistes attendus : une jeune princesse/un tyran, un mage noir/une sorcière blanche, une famille de sorciers « ordinaires » (proches de la famille de Ron l’ami de Harry Potter)/des groupes anonymes et embrigadés (la Jeune garde), et d’autres ingrédients classiques : un dragon sur lequel les héros s’envolent, un fantôme, un chasseur et ses balles d’argent, un anneau magique.
On y retrouve aussi des thèmes qui parcourent toute la tradition de la littérature pour la jeunesse : un (et même deux)orphelin(s), de nombreuses mères de substitution (tiens, ça manque un peu de figure masculine valorisée, à part le fantôme), des souterrains et des prisons, des forêts et des marais, un navire inquiétant, beaucoup de sandwichs et de description repas bizarres, enfin, des animaux de compagnie qui suivent les jeunes héros partout et apportent une touche d’humour.
Contrairement à ce que pourrait faire croire cette énumération, ce n’est pas un recueil fourre-tout de ficelles qui marchent : tout cela est très construit, les événements sont préparés et la reconnaissance finale (autre thème très classique) est amenée pas à pas. La structure est relativement complexe car on suit en alternance différents personnages dans différents lieux. L’humour est constant : on suit les ennuis conjugaux du rat coursier, le chat qui s’est transformé en canard pour mieux vivre dans les marais mais reste un chat, la vision du monde de deux jeunes abrutis (le soldat 412 et l’apprenti sorcier nul), les créatures bizarres, les soucis vestimentaires des uns et des autres. On a aussi quelques éléments de la vie des fantômes et des règles qui la régissent qui installent une  forme de contrainte dans l’histoire : le récit ne se prend pas au sérieux. Un exemple : dans l’un des moments les plus dramatiques où le Chasseur, figé par un sort de congélation , commence à se ranimer et doit être à nouveau vite immobilisé, la sorcière explique gravement qu’il ne faut jamais recongeler une personne qui l’a déjà été. Conseil utile. Quand aux pierres vivantes, vous saurez à quoi elles servent dans le deuxième volume

(Vol. 2 et les suivants à paraître en poche; "Sept livres au total sont prévus dont quatre sont déjà parus. Ils ont été traduits dans 28 langues et vendus à plus d'un million d'exemplaires" nous dit la notice Wikipedia, la gloire, donc).

03/07/2009

Peter Rabbit: roman historique

E112131.gifMiss Charity
De Marie-Aude Murail

Illustré par Philippe Dumas
L’école des loisirs, 2008

(par Anne-Marie Mercier)


C’est une surprise de trouver chez L’école des loisirs un ouvrage d’une telle dimension : un format inhabituel, un volume de 500 pages, cela fait beaucoup, même si les nombreuses illustrations de Philippe Dumas aèrent le texte. C’est une autre surprise de voir Marie-Aude Murail s’adonner à une biographie imaginaire proche à la fois du roman historique et du conte.
L’ensemble est composé d’éléments très divers et cependant a une grande unité. Le personnage est inspiré de la vie de Beatrix Potter (le lapin de Charity s’appelle Peter) et Philippe Dumas imite à merveille ses images (certaines sont presque des copies) tout en gardant son propre style. Béatrix-Charity recueille toutes sortes d’animaux quand elle est enfant, les peint lorsqu’elle est jeune « jeune-fille », vend des images à l’unité, puis écrit une histoire à partir de croquis de Peter faits pour distraire un enfant malade. Viennent ensuite des histoires de crapaud, souris, etc. Elle fait la cruelle expérience de la rapacité des éditeurs et de la difficulté à mener une vie indépendante pour une jeune fille de sa condition.
Charity écrit son histoire. Mi-journal, mi-autobiographie, le récit suit la vie d’une jeune fille solitaire de la bonne société anglaise, de son enfance à son mariage, tardif : fille unique avec quelques talents, puis fille à marier difficile à placer, puis personnage inclassable et déclassé, « vieille fille », originale, elle devient une artiste.

Lire la suite

29/06/2009

Roman et adolescence

9782701146973.gifDes Romans pour la jeunesse ? décryptage
De Marie-Hélène Routisseau,

Belin, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Ce guide s’adresse aux étudiants ou formateurs désireux de mieux connaître la littérature de jeunesse. Dans sa volonté pédagogique, il trace dans son premier chapitre une approche de la théorie du roman qui par sa brièveté (4 p., éternelles contraintes imposées par les éditeurs) ne peut qu’être très schématique et insuffisante pour son public.  En revanche, le retour sur les catégories romanesques lui sera utile.
La seconde partie propose une analyse générique des romans pour la jeunesse avec un a priori assez contestable : les romans pour la jeunesse auraient une spécificité par rapport à ceux de la littérature générale. Pour ceux qui en doutent (comme moi) et qui à l’issue de l’argumentation n’en sont toujours pas convaincus sauf dans le domaine des « mondes » autres (« mondes de nulle part ») qui donnent lieu à des pages intéressantes, c’est une position qui reste peu solide. Les autres y trouveront de quoi moudre leur grain. Le débat est toujours intéressant et nécessaire.
La dernière partie (« point de vue sur le roman initiatique pour adolescent ») est plus précise et de ce fait remplie de choses intéressantes. Elle sera extrêmement utile à ceux qui veulent comprendre cette lecture adolescente, son importance, ses racines et ses enjeux.

28/06/2009

"Tout en haut du ciel"

tonneau volant.jpgLe tonneau volant
de Roland Fuentès, illustrations de Pauline Duhamel

Editions Rageot (collection Petit roman), 2009
A partir de 6 ans

(par Myriam Gallot)

Quel est le point commun entre une fille de tonnelier, une barrique qui ne supporte pas la mer, un petit garçon à la voix de sauterelle, une pierre de lune et une tulipe géante ? Réponse : un tonneau volant. Et oui, on est chez Roland Fuentès, qui nous emmène loin très loin là-haut, au paradis de l’imagination et du merveilleux.
Quand en plus les illustrations sont à la hauteur, gracieuses et poétiques, on n’a décidément pas envie de redescendre. Un petit roman enchanteur, pour les tout jeunes lecteurs.

http://www.rageotediteur.fr/

27/06/2009

L'amour n'a pas de lendemains

images.jpegDe la montagne et de la fin
Marina Tsvetaeva
Mise en scène de Nicolas Struve
Avec Stéphanie Schwartzbrod
Maison de la Poésie, Paris
Du 4 au 28 juin 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Montage de lettres et de poèmes de Marina Tsvetaeva (1892-1941) autour de son histoire d’amour de quelques mois avec Constantin Rodzevitch, en 1923, De la montagne et de la fin donne à entendre le tourbillon d’une de ces passions à partir desquelles la vie antérieure ne semble plus avoir été vraiment la vie (seulement son pâle reflet), et la vie postérieure ne plus pouvoir être qu’impossible fadeur. Nicolas Struve met en scène un amour confiné dans l’espace exclusif de l’intime et débordant du désir de se déverser sur l’univers tout entier, à commencer par Prague la ténébreuse. Une passion totale, ingérable, magnifiée dans des lettres toute d’étouffement jouissif et drolatique ; une très belle partition russe, à laquelle la comédienne Stéphanie Schwartzbrod offre une diction sauvagement précise, très particulièrement juste.

Lire la suite

Dictionnaire spécialisé

l'abécédaire des amoureux.jpgL’abécédaire des amoureux

Sandra Poirot Cherif

Rue du Monde, 2008

 

(Par Caroline Scandale)

 

L’abécédaire des amoureux décline les mots de l’amour. Il en propose de savoureuses définitions illustrées de collages désuets. L’album, accessible aux plus jeunes, s’adresse aussi et surtout aux adultes. Subtil et léger, il effeuille la passion et ses aléas de A à Z. Jamais bêtifiant, il démontre qu’en amour nul besoin d’artifices, juste des sensations, une petite dose de manque et une bonne dose d’émotion.

24/06/2009

Entretien avec Sébastien Doubinsky, créateur du Zaporogue

LE ZAPOROGUE 6 couve.jpg(par Myriam Gallot)

Sébastien Doubinsky est écrivain et enseignant à l’université d’Aarhus, au Danemark. Français de naissance, il a passé une partie de son enfance aux Etats-Unis, et écrit aussi bien en français qu’en anglais.

Pour Sitartmag, il présente son nouveau bébé littéraire : la revue Le Zaporogue, dont le numéro 6 vient de paraître.

Qu’est-ce que le Zaporogue en quelques mots ?

C’est la prolongation naturelle, après 15 d’éclipse (!) d’un fanzine littéraire gratuit que j’avais créé à Tours au début des années 90. J’avais sorti quatre numéros à l’époque – donc la revue sous sa nouvelle forme a débuté l’hiver dernier avec le numéro cinq.

Pourquoi avoir créé cette revue ?

J’avais envie de créer un espace libre, où les écrivains, poètes, artistes et autres fainéants aient tout l’espace nécessaire pour leurs créations. Un magazine sans thèmes particuliers, sans bla-bla intellectuel ou snobinard – mais où entreraient en collision une variété de styles, de voix, de langues, pour montrer que la culture est une mosaïque, qui s’enrichit de toutes ses sources.

Je voulais aussi absolument qu’elle fût gratuite, pour montrer que la culture n’était pas une valeur marchande. À l’époque des « hits », « best-sellers » et autres arnaques, il me semblait essentiel de créer un pacte de respect fondamental avec  les écrivains et les artistes – et ce pacte ne pouvait, bien entendu, fonctionner que sans argent. Comme je le dis dans la présentation de la revue et de la maison d’édition du même nom sur sa page d’accueil Myspace (www.myspace.com/zaporogue) : « Avec moi, vous ne deviendrez pas riches, mais vous deviendrez peut-être célèbres »

Quand je vois ce qui est arrivé à mes auteurs Jerry Wilson et D. James Eldon, aujourd’hui publiés par les toutes nouvelles éditions Zanzibar, je me dis que ce n’était peut-être pas tout à fait faux…

D’où vient ce nom  « Zaporogue » ?

D’Apollinaire, tout d’abord – à cause de La Chanson du Mal-Aimé, dans laquelle se trouve reproduite la fameuse lettre où ils envoient paître le sultan de Constantinople.

Des cosaques Zaporogues eux-mêmes, pour plusieurs raisons : la lettre d’insulte au Sultan, qui symbolise pour moi la liberté et l’humour, deux valeurs absolument essentielles à mes yeux. Ensuite, parce qu’un détachement des Zaporogues a rejoint les troupes anarchistes de Makhno pendant la guerre civile russe – et que mon grand-père était anarchiste et le meilleur ami de Voline, le lieutenant de Makhno.

Tu l’animes seul ?

Comme un grand.

Tu as choisi un mode de diffusion assez original, en téléchargement gratuit ou en version imprimée payante : pourquoi ?

Parce que je pense que si on veut gagner cette guerre culturelle dans laquelle nous nageons en ce moment, il faut se servir des outils que le système capitaliste nous donne pour s’en servir contre lui. C’est ce qui s’est passé avec Myspace, c’est ce qui est en train de se passer avec Facebook -  sans parler de la crétinerie criminelle d’Hadopi.  Le téléchargement gratuit est, comme je l’ai expliqué plus haut, le moyen le plus adéquat de faire connaître des inconnus. Qui va payer, ne serait-ce qu’un euro, pour quelqu’un dont il n’a jamais entendu parler ? Vous, peut-être. Moi, peut-être – mais pas beaucoup. Au moment où j’écris ces lignes, la revue a déjà été téléchargée 121 fois…

Quant à la possibilité papier, c’est un plus – pour ceux qui, comme moi, adorent les « vrais » livres.

C’est une revue internationale, écrite en plusieurs langues, à l’image de ton propre parcours entre la France, les Etats-Unis et le Danemark ?

Oui, je suis un cosmopolite pur et je le revendique. Je crois aux mélanges étonnants, aux diasporas fertiles et aux chocs étincelants des cultures.

Quels sont tes critères pour retenir un texte ou une image ? Suis-tu une ligne éditoriale ou te fies-tu à ta subjectivité ?

Subjectivité totale. Ce qui m’attire, dans un texte ou une image, c’est soit la reconnaissable proximité avec d’autres œuvres qui me sont familières, soit la surprise totale. J’aime autant être bousculé que rassuré. Par contre, il est vrai que je veux tout de même donner une certaine image du Zaporogue, qui est celle de la qualité ou du potentiel. Je veux faire découvrir.

Sais-tu qui sont les lecteurs du Zaporogue ?

Oui et non. Je connais mes ami(e)s et les ami(e)s de mes ami(e)s, mais je ne connais pas tous les lecteurs. Mais je crois que ce sont des gens curieux, qui ont envie de découvrir autre chose, de soutenir un projet un peu fou, mais sincère. Je suis très touché par le soutien de nombreux libraires, même si quelques uns me reprochent mon choix de diffusion – ce que je comprends très bien.

Des souhaits ou des projets pour les futurs numéros du Zaporogue ?

Oui, j’ai surtout un regret : que le Zaporogue soit si blanc. Certes, il est d’un beau blanc, plein de talent, mais j’aimerais vraiment qu’il se bariole et que des écrivains ou des artistes d’autres origines que le Grand Occident me rejoignent. Dans le dernier numéro, j’ai deux écrivains du continent Indien. C’est un début, mais vraiment un tout petit début. Le Zaporogue est un métèque, ne l’oublions pas. Il aime, par conséquent, la métèquerie culturelle.

 

Site du Zaporogue: http://lezaporogue.hautetfort.com/

Au sommaire du numéro 6, poésie, nouvelles, illustrations, créations, etc.

JERRY WILSON – THIBAULT DE VIVIES – ANDRÉ ROBÈR – CATHY YTAK TABISH KHAIR – MÉTIE NAVAJO – DÉBORAH REVERDY VS ENTORTILLÉE STEPAN UEDING – LIONEL OSZTEAN – LUC BARANGER – DANIEL LABEDAN – JEFF SYLVA – ALEX SCHREIBER – JONAS LAUTROP – JEAN-FRANÇOIS MARIOTTI ANNE-SYLVIE SALZMAN MARC BRUNIER MESTAS – JOHANNES HØIE –YANNIS LIVADAS – BLANDINE LONGRE – ERIC BEAUNIE – CELINA OSUNA – FRANÇOIS BONNEAU – SOFIUL AZAM – MYRIAM GALLOT – OLE WESENBERG NIELSEN – CHRIS ROBERTS – OLGA ZERI.

Le Visage Vert en cause ici http://www.zulma.fr/visagevert/?p=170

 

 

L'inquiétante silhouette de Géraldine Bouvier

40067879.jpgEt que morts s’ensuivent
Marc Villemain

Editions du Seuil, 2009
Grand Prix de la SGDL 2009

 

(par Jean-Pierre Longre)

 

C’est à la fois morbide et drôle, satirique et tendre, terrifiant et attachant. Onze nouvelles, onze héros (ou anti-héros) condamnés à toutes sortes de morts, selon des progressions différentes mais implacables, jusqu’à l’« Exposition des corps », sorte d’appendice pseudo réaliste résumant la biographie de chacun. Parmi eux, soit dit en passant, un certain Matthieu Vilmin, dont la minutieuse description de la souffrance ne peut résulter que de l’expérience personnelle d’un certain Marc Villemain ; une certaine M.D., aussi, écrivain de son état, dont les histoires « se finissent toujours mal ». Le double de l’auteur n’est jamais loin…

La diversité des noms, des situations, des conditions sociales est contrebalancée non seulement par l’unité des destinées ultimes, mais encore par la présence constante, notoire ou discrète, d’une dame Géraldine Bouvier, témoin impavide ou actrice décisive, dont la silhouette se glisse dans les récits comme celle d’Hitchcock dans ses films. Fil conducteur comme l’est la mort, bourreau involontaire ou juge sans indulgence, Géraldine Bouvier ne laisse pas d’intriguer voire d’apeurer, par sa présence à la fois unique et multiple.

Et que morts s’ensuivent se lit délicieusement au second degré, et c’est bien ainsi. Chaque détail biographique, chaque remarque ironique ou sarcastique, chaque procédé narratif est pesé au gramme près pour le plaisir masochiste, la délectation mortifère du lecteur. Le Grand Prix de la nouvelle, attribué récemment par la Société des Gens de Lettres à l’auteur pour son recueil, est mérité.

www.editionsduseuil.fr

www.marc-villemain.net

22/06/2009

Cassandre et la furie

435px-Cassandra_prophecies_MAR_Naples.jpgCassandre
Monodrame pour comédienne, ensemble et électronique
Michael Jarrell
Mise en scène de Georges Lavaudant
Livret d’après Christa Wolf
Avec Astrid Bas
Nuits de Fourvière, 13 juin 2009

(par Nicolas Cavaillès)

Statique et violente, Cassandre, vêtue de noir, clame et crie le sombre destin qui fut le sien – prédire l’avenir et ne pas être crue, connaître par avance les drames des Troyens et les voir survenir, impuissante, cantonnée dans son rôle de spectatrice trop savante pour ne pas être qualifiée de folle – âme tacite de la tragédie, conscience aphone et criante. Mis en scène par Georges Lavaudant avec une sobriété peut-être trop stylisée, sur une musique de Michael Jarrell (ensemble dirigé par Susanna Mälkki), le texte véhément de Christa Wolf que déclame la puissante Astrid Bas dans une diction rythmée, soucieuse et insistante, reconstitue l’enfance de la prophétesse, et les cruelles heures qui précédèrent la Guerre de Troie, et le cauchemar de cette même Guerre. Tout avait beau avoir déjà eu lieu pour Cassandre, dans ses tourments visionnaires, tout n’en aurait pas moins lieu. Face à quoi, Cassandre se tient, ici, excédée, statique et violente – elle que l’on imaginait pourtant faible, à jamais fragilisée, tristement lucide, jusque dans son amour. Elle qui, au cœur des catastrophes troyennes, fait figure de blanche innocente, tremblotante et compatissante, on lui prête ici une grave furie, plutôt digne de Médée, une furie de battante, d’héroïne : la douce beauté de Cassandre ne tient-elle pourtant pas justement à sa distance, dramatique, divine, à sa volonté pure et vaine d’éviter le déchaînement des furies ?

16/06/2009

Sous-bois contre la morbidité

boala_familiei_m_008.sized.jpgLa Maladie de la famille M
Fausto Paravidino

Mise en scène de Radu Afrim
Théâtre de l’Odéon
Du 11 au 21 juin 2009


(par Nicolas Cavaillès)

Porté par le grand succès que rencontre à travers l’Europe (et après Avignon 2008) sa mise en scène de Mansarde à Paris avec vue sur la mort (de Matéi Visniec), Radu Afrim, petit prodige de la scène théâtrale roumaine, débarque à l’Odéon pour La Maladie de la famille M, pièce du jeune écrivain italien Fausto Paravidino. Trois enfants, deux filles et un fils, que leur mère a laissés avec un père tout sale et tout gaga, trois jeunes en mal d’amour et de mesure, pour une tragédie morbide moderne sans, hélas, grand relief. Quoique les comédiens jouant les enfants soient excellents (Claudia Ieremia, Malina Manovici, Eugen Jebeleanu), et malgré toute l’inventivité, malgré tout le dynamisme qui caractérisent Radu Afrim (et notamment son goût pour le mouvement permanent, comme pour la danse), on peine à trouver au texte une unité et une nécessité réelles. Reste que ce spectacle pallie l’absence d’originalité de son sujet en proposant un décor (dû à Velica Panduru) d’une rare beauté, dont on ne saurait se lasser – de multiples arbustes sans feuilles dans une maison à l’abandon, comme une forêt pourvue d’une cuisine, d’un lit, d’une baignoire, maison sauvage et forêt vieilllie, finissante, dans l’orange-feu d’un automne psychique.

12/06/2009

Et si...

 9782081211698_cm.jpg
Ceux qui sauront
de Pierre Bordage
Flammarion (Ukronie), 2008

Divergences 001 (Anthologie)
Flammarion (Ukronie), 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Les éditions Flammarion ont lancé fin 2008 une nouvelle collection de romans de SF destinées aux ados, Ukronie. Une « uchronie », c’est un récit qui imagine une bifurcation dans l’Histoire : un événement n’a pas eu lieu, ou s’est produit autrement ; le cours des événements que nous a transmis l’Histoire en a été changé : l’invincible Armada n’a pas sombré, Pizarre a été chassé d’Amérique avant de pouvoir détruire des empires, Hitler a gagné la guerre, etc. C’est un thème qui connaît aujourd’hui une nouvelle faveur (voir Et si on refaisait l'histoire ? de Anthony Rowley  et Fabrice d' Almeida).
L’un des ouvrages, Divergences 001, est une anthologie. Les textes, de M. Pagel, F. Colin, L. Généfort, J. Héliot, X. Mauméjan, P. Pelot, J.M. Ligny, P. Mc Auley R. Wagner et E. Henriet, sont souvent ingénieux, parfois prenants, mais l’ensemble ne convainc pas : il semble que le genre de l’uchronie s’accommode mal de la forme brève. Faute de pouvoir inventer un univers avec toutes les conséquences matérielles, intellectuelles, esthétiques, politiques, religieuses, qui auraient découlé d’une autre histoire, les plus réussis des textes sont des nouvelles réussies, mais pas des uchronies frappantes.

Lire la suite

11/06/2009

OVNI littéraire!

Le_testament_de_Stone.jpgLe Testament de Stone
Par Celia Rees

Seuil, 2008

(par Anne-Marie Mercier)

Rarement la lecture d’un roman classé « jeunesse » aura été aussi surprenante pour moi.
Tout d’abord, l’histoire, après un prologue assez déconcertant, commence de façon lisible, intéressante même, avec l’aventure de Zillah, évadée d’un genre d’affaire du Temple solaire et poursuivie par un genre de moine fou (l’Avocat). Ca décroche avec une organisation en chapitres qui changent de points de vue et portent sur des intrigues qui ont un rapport lâche ou inexistant a priori avec Zillah. Parfois c’est celui de l’Avocat, parfois celui d’un garçon des rues et son ami clochard, puis avec Adam, un jeune homme hospitalisé au même endroit que le clochard (qui se révèle être son père, disparu depuis toujours). On change de niveau avec la lecture des lettres de Stone et de ses divers correspondants, écrites au début du XXe siècle et pleine de choses bizarres. Stone a pour prénom Brice Ambrose – les amateurs auront reconnu Ambrose Bierce, l’auteur du Dictionnaire du diable, c’est normal. Zillah et l’Avocat refond de temps en temps surface, on se dit c’est un peu compliqué, on se demande si on suit bien, si on a tout compris, on sait que non. Vous me suivez ?

Lire la suite

10/06/2009

Rater tout, et même quelque chose de plus que tout

090330_p16_faust.jpgFaust
Goethe

Mise en scène d’Eimuntas Nekrosius
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier
Du 27 mai au 6 juin 2009

(par Nicolas Cavaillès)

L’immense solitude de Faust et son immense échec, qui toujours va s’aggravant, tel semble être le sujet de l’impressionnante adaptation du chef-d’œuvre de Goethe (Faust I, en l’occurrence) par le metteur en scène lituanien Eimuntas Nekrosius, qui promène son spectacle de ténèbres et de visions à travers l’Europe depuis maintenant plusieurs années. À l’excellente scénographie, à la simplicité et à la pertinence des effets trouvés pour illustrer un drame sans âge, s’ajoute le sombre charisme du comédien principal, Vladas Bagdonas, jouant Faust : ce spectacle marque l’esprit et y imprime son atmosphère oxymorique, souterraine et éthérée, d’une rare intensité dramatique.

Lire la suite

08/06/2009

Vérité pour soi, vérité des autres


Sois près de moi
Andrew O’Hagan
Traduit de l’anglais par Robert Davreu
Christian Bourgois, 2008

(par Joannic Arnoi)

Au milieu de la cinquantaine, le père David Anderton a changé de paroisse pour se rapprocher de sa mère qui « prenait de l’âge » à Édimbourg. C’est ainsi qu’il est arrivé à Dalgarnock, dans l’Ayrshire, une région sinistrée, et travaillée par les conflits de l’Irlande du Nord si proche. Dans une Écosse prolétaire, David Anderton est immédiatement perçu, par son éducation et sa langue, comme un symbole malgré lui de l’Angleterre patricienne, et prêtre catholique sur des terres orangistes.

Son récit est d’emblée marqué par la fatalité d’un environnement hostile : « Des ennuis comme les miens commencent, comme ils finissent, dans des milliers d’endroits, mais mon année en Écosse pourrait bien servir de révélateur. Il n’y a pas d’autre façon de présenter l’affaire. Dalgarnock apparaît maintenant comme le lieu central dans une histoire qui m’était familière depuis le début, comme si chaque année et chaque heure tranquille de ma vie professionnelle n’avaient été qu’une préparation à la noirceur de cette ville, où l’espoir ressemble à une campanule dont les clochettes sonnent la nuit. » (p. 15)

Lire la suite

05/06/2009

Hélium, une nouvelle maison d'édition gonflée

Mini maxi.jpgMini-maxi, le livre des contraires, De Didier Cornille

L’oiseau patate, Jeu de Delphine Chedru

Les méli-molos, Jeu de Serge Bloch

Editions Hélium, 2009

A partir de 3 ans

  

(par Myriam Gallot)

 

Toute jeune (petite) maison d’indépendante créée par Sophie Giraud, une ancienne d’Albin-Michel jeunesse, Hélium sort ses premiers ouvrages. Son ambition ? Concevoir ses livres en artisan, choisissant « en relation étroite avec auteurs et illustrateurs le format, la fabrication, le traitement graphique »  pour « régaler » les lecteurs, jeunes et adultes, « exciter leur œil et leur curiosité ».

Le pari est plutôt réussi pour ces premières parutions dont la qualité de facture saute aux yeux.

Parmi les titres tout frais, un curieux petit livre rouge jusqu’à la tranche, pour apprendre les contraires, « Mini-maxi ». Il est conçu par Didier Cornille, professeur de design et inventeur de lampes. Dessins épurés et rigolos, mais aussi pleins de sens – il suffit de passer de rayures horizontales à verticales pour qu’un voleur se transforme en banquier (l’esprit de Mao soufflerait-il encore ?) Ou qu’un ivrogne rond se transforme en carré pour devenir gendarme. Quand la tignasse descend sur la moustache, le jeune devient vieux. Quand les fleurs montent pour étoiler le ciel, le jour devient nuit. Et voici que par un coup de crayon magique, les contraires se rapprochent. Quant aux rabats surprises, ils transforment la mini en limousine, et la maison en immeuble. Instructif, ludique et de surcroît beau, voici un petit ouvrage qui pourrait devenir grand.

 Méli molos2.jpg

oiseau patate.jpgDe petits coffrets jeux sont également disponibles. Si leurs principes sont bien connus – des stickers repositionnables, un bonhomme constitué de trois languettes interchangeables – en revanche leur réalisation est originale et graphiquement très réussie, l’humour en prime.

 

Une petite maison qui mérite d’aller loin. Souhaitons-lui bon vent !

 

http://www.helium-editions.fr/

Pandore chez les Gaulois

thumb_pandore.2.jpgNina, c’est autre chose
Michel Vinaver
Mise en scène de Guillaume Lévêque
Théâtre de la Colline, Paris
Du 28 mai au 27 juin 2009


(
par Nicolas Cavaillès)


Par rapport à deux frères vieux garçons endigués dans une vie monotone, Nina, fraîche et dynamique au diable, c’est tout autre chose ; aussi, quand celle-ci débarque chez ceux-là et qu’elle met les pieds dans le plat de rôti de veau aux épinards du mercredi, cette confrontation radicale entre les forces féminines de la vie et les raideurs viriles de la conservation promet de violentes étincelles. Écrite dans les années 1970 par l’écrivain-PDG Michel Vinaver,
Nina, c’est autre chose ravit par sa légèreté de ton et par l’originalité du développement qui est fait à partir d’une idée de base plus classique (le ménage à trois) ; car l’irruption haute en couleurs de Nina, qui n’hésite pas à d’emblée affirmer sa différence et son indépendance, c’est aussi celle de la femme dans une société française engourdie, et celle de la modernité simili-américaine dans le monde du travail : sortez vos syndicats, voilà Nina.

Lire la suite

04/06/2009

Slumdog de papier

9782264045331R1.GIFLes fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire
De Vikas Swarup

Traduit de l’anglais par Roxane Azimi - 10/18

(par Anne-Marie Mercier)

Si vous avez vu le film, Slumdog Millionaire, avez-vous pensé à lire le livre qui est à l’origine du scénario ? Si vous avez aimé le film, faites-le, vous y retrouverez une foule de choses qui ont fait le succès du film : le cadre du jeu télévisé, la peinture d’une grande partie de l’histoire de l’Inde, beaucoup d’humour et de candeur dans un univers de brutes.
Si vous ne l’avez pas aimé, c’est encore mieux : vous comprendrez encore mieux pourquoi, et le livre vous intéressera. Si le film a eu un prix d’adaptation, c’est sans doute du fait du grand travail de simplification qui a été fait à partir du livre. Adaptation très réussie, pour l’efficacité, mais quel dommage pour la subtilité et la vérité du regard porté sur l’Inde. Vous trouverez le jeu télévisé, mais une organisation des souvenirs radicalement différente, plus éclatée, ne suivant pas l’ordre chronologique. Vous verrez que ce qui conduit le jeune homme dans ce jeu, ce n’est pas un amour fleur bleue plus bolliwood que bolliwood, mais la vengeance ; voila qui est beaucoup plus intéressant !

L’Inde décrite y est encore plus impitoyable et plus complexe. La scène scatologique ridicule et invraisemblable du début du film n’existe évidemment pas. On y voit aussi les restes de la présence anglaise, à travers la tragique histoire du brave pèreTimothy qui élève le jeune héros orphelin, et le baptise «Ram Mohamed Thomas », pour ne fâcher personne (mais en indiquant au passage que les sikhs pourraient y trouver à redire. Ainsi, ce soi-disant enfant des bidonvilles est dans la version originale un garçon élevé par des anglicans qui lui apprennent à parler dans leur langue et à chanter « Twinkle, twinkle », ce qui change bien des choses pour l’avenir d’un enfant. Mais rassurez vous, les choses se gâtent très vite et très fort, au rythme endiablé qu’a conservé le film, avec un art de la coupe et du montage parfaits et un humour décapant. Et en plus, ça finit bien, mais vraiment par hasard, et personne n’est dupe.

Pauvres contemporains

Culicchia été mer.jpgUn été à la mer
de Giuseppe Culicchia

traduit de l’italien par Françoise Brun
Editions Albin Michel, 2009

(par Myriam Gallot)

On aurait tort de passer à côté des romans de Giuseppe Culicchia, contempteur amusé et désespéré de ses contemporains. Son dernier roman traduit en français ne fait pas exception, en racontant les vacances siciliennes d’un couple d’Italiens en lune de miel, pendant que l’équipe de foot nationale remporte la coupe du monde.
 Les personnages sont banals. Banalement détestables.
Elle: superficielle, envieuse, et obsédée par la conception d’un enfant
Lui : défaitiste, rabat-joie et lâche.

« Un été à la mer », c’est l’occasion pour Culicchia de décocher ses traits favoris contre le consumérisme, la misère sexuelle, le conformisme mal assumé, le fiasco amoureux. Tout cela sans jamais se départir de ce rire noir, qui excelle dans le comique de répétition et le grotesque – sa marque de fabrique. On referme son roman avec une lucidité navrée, entre amertume et jubilation.
A lire aussi, du même auteur : Paso Doble (Rivages poche), Patatras (Rivages poche) et Le pays des merveilles (Albin-Michel)

http://www.albin-michel.fr/

03/06/2009

Une ado sans peurs (et sans reproches?)

E113978.gifAilleurs
de Moka

L’école des loisirs (medium), 2009

(par Anne-Marie Mercier)

Moka (qui fait traîner son Sorcier ! en ajoutant volume après volume à sa série), livrerait ici généreusement une trilogie en un seul volume? En fait, c'est une réédition de titres parus à partir de 1991.
Les aventures de Francès, dite Frankie gagnent à être ainsi ramassées car les trois intrigues sont fortement liées par l’amour que la jeune fille de 15 ans voue à un Major de l’armée de l’air, quarante ans, veuf, et père d’un garçon à peine plus jeune qu’elle. A la fin des trois tomes, elle arrivera à ses fins. Désolée de griller ainsi le suspens, mais il faut bien dire que ce texte rompt avec les habitudes prudentes de la littérature de jeunesse.
Rupture sur bien d’autres points assez bien vus même si celui-ci est le plus risqué face aux protecteurs de l’enfance : elle fréquente des jeunes gens pas recommandables et un peu voyous, mais les héritiers des puissants de la ville sont bien pires. Elle fait une fugue et entraîne un plus jeune avec elle, et court de grands dangers, mais sauve un plus petit encore, et puis, il faut bien se faire entendre par les adultes, non ? Elle fait une vie d’enfer à sa sœur conformiste et à sa mère, mais il faut bien que celui (celle) qui a raison toujours, soit le chef, non ? et si ça va pas, on cogne. La négociation n’est pas son fort et elle n’a pas toujours tort en cela.
Bref, pas très conventionnelle, pas dans le discours, pas féminine pour un sou, ni même raffinée, mais attachante, généreuse et sincère, un ovni efflanqué en tee shirt qui lutte contre le racisme, l’hypocrisie, les pyromanes, les dragueurs, l’exploitation des enfants,… et qui n’a peur de rien.